CHAPITRE PREMIER
Dans les malformations vaginales résultant des cloisons longitudinales, 1l faut distinguer plusieurs catégories.
D'abord, la cloison peut être ir7complète, c'est-àdire s'arrêter à la partie supérieure du vagin, l’utérus étant simple.
Ou bien elle peut remonter,sans solution de continuité, jusqu’au fond de l'utérus, celui-ci étant bipartite, c'est-à-dire constitué par un seul corps divisé intérieurement en deux loges, ou didelphe c'est-àdire composé de deux corps accollés.
Un certain nombre de cas ont pu laisser croire que, même pour un utérus double, la cloison vaginale pouvait être incomplète; mais il parait probable que, dans ces cas spéciaux, l'observateur a été victime
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d’uneillusion tactile; du reste, après l'accouchement, on se rend facilement compte qu'il n’y a qu'un seul col. On a comparé cette singulière illusion du toucher à celle qui consiste à prendre une seule bille pour deux billeséquivalentes et contiguës, alors que, ramenant le médius sur l'index, on touche cette bille unique avec les deux doigts ainsi déplacés.
Qu'elle soit complète ou incomplète, cette cloison longitudinale, dont nous parlons, est généralement antéro-postérieure; elle est probablement toujours médiane à la naissance. A l’âge adulte elle divise souvent, au contraire, le vagin en deux parties très inégales, si bien que le coïtse pratique toujours dans le même demi-vagin, à l'exclusion de l’autre.
Parfois, cependant, les deux demi-vagins sont égaux, et le coït peut avoir lieu indifféremment dans l'un et dans l’autre; témoin cette prostituée, soignée par le professeur Richet, qui, par une singulière aberration du sens moral, croyait rester fidèle à son amant, en lui réservant le privilège exclusif d’un de ses conduits vaginaux et en consacrant l’autre à un usage plus général.
Quoiqu'il en soit, chacun des deux demi-vagins admet toujours facilement le doigt, et il s'ensuit que la malformation reste souvent inaperçue pour le médecin qui se contente de l'examen digital. C’est ainsi que Le Fort rapporte le cas d’une femme, au sujet de laquelle deux médecins ne pouvaient se mettre d'accord, l'ayant successivement touchée par les demi-vagins.
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Enfin, une troisième catégorie de malformations
congénitales constituée par une cloison longitudi-
nale, est celle que l’on appelle vagin borgne interne; c'est elle que nous étudierons plus spécialement.
Le vagin borgne interne, ou vagin borgne latéral (atresia vaginæ lateralis) est constitué, dit Pozzi (1), par le développement rudimentaire d’un des conduits de Müller, ayant formé un demi-vagin, qui demeure fermé du côté de la vulve, tandis qu’en haut il reçoit un des cols de l'utérus double ou bicorne. Cettelésion siège presque toujours à droite (20 fois sur 28 cas, d'après Puech) (2). Ainsi se trouve constituée une poche plaquée contre la parot du vagin principal, où élle demeure perdue et ignorée jusqu’au moment où elle se remplit de sang à l'époque dela puberté, ou de pus à la suite d’une infection qui s'est communiquée à elle par un point faible de la paroi. De la sorte prennent naissance ces collections bizarres qui déroutent longtemps le diagnostic, et qu'on a appelées hématocolpos et pyocolpos latéraux; les premières dues à la rétention des règles, les secondes
dues à un amas de pus.
Il existe encore une autre variété de vagin borgne interne ; c'est celle où le demi-vagin borgne, du côté de la vulve, est accolé à un autre vagin borgne du côté de l'utérus. Ainsi le vagin entier se trouve divisé en deux loges, ou demi-vagins, dont l'un, ouvert en
(1) Pozzi. — Traité de Gynécologie, livre XVI. (2) Purcx. — Atrésie des voies génitales de la femme. | 2 0
24e avant et fermé en arrière, est celui où s'effectue le coit, et dont l’autre est fermé en avant, mais ouvert en arrière; c'est ce dernier qui recevra l'enfant, comme nous allons le voir.
Parfois, ces malformations n'amènent pas de troubles appréciables, même au moment des règles; mais, au moment de l'accouchement, elles deviennent un obstacle tellement sérieux qu'elles ont entraîné la mort de la mère dans un cas et, dans un autre des troubles tellement pénibles et douloureux que Îla malade a dû subir une opération et, dans ce dernier cas, la mère a dû son salut, croyons-nous, à la présentation de son enfant par les pieds. ÿ
Aucune observation n'a été publiée, sur cette variété de systèmes, avant celle de M. Gangolphe, chirurgien des Hôpitaux, relatée dans sun Précis des opérations d'urgence. M. le Dr Destot a eu l'amabilité de nous en communiquer une seconde, qui est encore inédite.