C. — LEs EAUX TRÈS PURES ATTAQUENT LES MÉTAUX
Comment s'expliquer ce phénomène? On a remarqué depuis fort longtemps que les eaux très pures; pauvres en chaux, mais riches à la fois en oxygène et gaz carbonique, et tout particulièrement les eaux acides ayant longtemps séjourné dans les terrains tourbeux riches en acides humiques, corrodent facilement le plomb si couramment employé pour sa malléabilité, le fer, le cuivre, le zinc, etc.
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L'attaque du plomb est évidemment celle qui nous occupera en premier lieu, en raison de sa gravité et de son importance dans le problème des eaux d'Arcachon. Le saturnisme qu'elle provoque n’est pas une maladie contemporaine; de tous temps, on en a constaté les effets sans d’ailleurs s’en émouvoir outre mesure, jusqu'en A849, date à laquelle la famille d'Orléans, séjournant au château de Claremont, fut intoxiquée par des eaux provenant de citernes en plomb. A l'analyse, les eaux incriminées contenaient 44 milligrammes de plomb par litre. De ce jour, le saturnisme fut soumis à une surveillance plus rigoureuse, ce qui ne l’empêchera pas de commettre, chaque jour, de nouveaux méfaits. Nous citerons de graves et très nombreux cas de saturnisme survenus en 1913 à Guisborough, ville de 7.000 habitants, du Yorkshire. De même, l’eau de Wakefield est si acide qu'elle dissout en 12 heures 0 g. 55 à À gramme de plomb par litre. Mentionnons encore que la station balnéaire de Gornia-Banä, en Italie, et la ville de Saïgon furent souvent visitées par ce genre particulier d’épidémie (L. Vernin).
L'attaque des métaux est due, comme nous l'avons signalé, à un certain degré d'acidité des eaux, acidité de CO? libre et aussi, nous en avons la conviction, acidité des acides humiques; les terrains des Moorlands anglais sont, en eîfet, avec les terrains des Landes ceux qui présentent la plus forte teneur en acides humiques. Ceci explique que les propriétés corrosives des eaux d'Arcachon sont dues, en grande partie, à ces acides et non exclusivement à un excès de CO? libre, non saturé du fait de l’absence de chaux.
Ces eaux acides dissolvent non séulement le plomb pur, mais le plomb allié à d’autres métaux, et sont, il est vrai, d'autant plus corrosives qu'elles contiennent plus d'oxygène et de gaz carbonique; avec l’aide de ces derniers, prennent naissance des oxydes de plomb, partiellement transformables en carbonates de plomb. Ajoutons que la dissolution est favorisée par la présence de chlorures et de nitrates.
Les eaux trop pures et trop acides et, en particulier, les eaux
de ruissellement collectées sur le plateau landais peuvent donc, après contact prolongé avec des tuyaux en plomb, provoquer de sérieuses intoxications. Lorsque ces eaux ne doivent leur agressivité qu'à une hyperacidité d’origine humique, tout en présentant une composition chimique normale, en ce qui concerne la chaux et par suite C02, la corrosion ne peut être de longue durée. Elle tend vite à s’atténuer et à disparaître. Beaucoup d'eaux naturelles ont, en effet, une compo sition telle qu'il se dépose à l’intérieur des tuyaux de plomb une couche protectrice; c’est notamment le cas des eaux riches en carbonate acide; par catalyse, celui-ci se décompose en acide libre et en carbonate neutre, qui forme un dépôt cristal- Bin et adhérent, ceci d'autant plus rapidement que la teneur en carbonate. acide est plus élevée. En ce qui concerne les eaux du lac de Cazaux, il ne faut rien espérer d’une amélioration progressive par formation de cet enduit : leur trop grande douceur alliée à leur forte acidité humique s’y oppose absolument, et c’est à cette situation défavorable que nous faisions allusion au début de ce paragraphe en disant : la pureté des eaux, c'est-à-dire leur manque de matières minérales, peut parfois amoindrir leur potabilité. Il n’est donc pas exagéré de dire que les hygiénistes et la municipalité d’Arcachon se trouvèrent aux prises avec de graves problèmes du jour où l’eau de Cazaux fut captée pour l’alimentation de la ville.
Notons, en passant, que les intoxications jusqu'alors assez peu nombreuses, et, de ce fait, peu alarmantes, ne se révélèrent jamais si multiples qu’au printemps 1896, plus de 10 ans après la fin des travaux. À cette époque, une sécheresse anormale provoqua une baisse sensible des eaux du lac, si bien que l’eau captée par la prise se trouva être l’eau de surface, riche en CO? et en NO?H et attaquant le plomb au maximum (Mérignon). Cette recrudescence s’atténua avec la venue de l'automne, mais les cas de saturñisme n’en demeurèrent pas moins à l’état endémique, trop graves et trop nombreux.
En résumé, bien que consommant une eau originellement