‹ Contribution à l'Étude des Eaux de Luchon: Recherche Expérimentale de leur Action au Cours des Phénomènes d'AnaphylaxieChapitre 22 sur 43 · I. — ACTION DU SOUFRE · texte numérisé non relu

I. — ACTION DU SOUFRE

Il est indispensable, pour se rendre un compte exact du rôle qu’il joue dans la cure thermale, d’envi-

sager d’abord celui qu’il joue dans notre organisme.

DER ETS

À) Rôle du soufre dans l'organisme

Son importance est apparue en pleine lumière le jour où l’on s’est aperçu qu’il faisait partie intégrante de la molécule albuminoïde,. On l’a trouvé, en effet, et dosé dans la peau, la kératine des ongles, des cheveux, dans le pancréas, la taurine de la bile (cycle entéro-hépatique), les cartilages, le cerveau, les ferments digestifs. Il fait également partie intégrante de l’oxyhémoglobine, plus que le fer lui-même. Nous l'empruntons, normalement, à la fois aux albumines végétales et aux albumines animales (œil, aorte des animaux principalement) et son pouvoir trophique est si considérable qu’une alimentation défectueuse ou une maladie prolongée, aboutissant à un déficit soufré (jusqu’à 25 % dans la fièvre typhoïde) créent, de ce fait, une véritable carence sulfurée (A. Robin). Et ce manque de soufre, s’il n’est pas uniquement en cause, intervient cependant, à coup sûr, dans les troubles cutanés, la perte des cheveux, les affections des voies respiratoires (dans ces dernières, la mucine, très riche en soufre, est excrétée en quantités énormes, rhinite par carence sulfurée), dans le rhumatisme chronique (A. -Robin et Maillard) : le cartilage des surfaces articulaires renferme, à l’état normal, l’acide chondroïtine sulfurique, composé du soufre ; et, d’autre part, les diverses parties des articulations (tendons, capsule, synoviale, etc) renferment de la mucine. On peut donc penser que « la bonne et abondante utilisation du soufre n’est pas indifférente à l'intégrité de l'appareil articulaire » (Robin).

Peut-être, cette carence soufrée joue-t-elle aussi un rôle dans certaines anémies ?

B) Voies d'introduction du soufre

La voie d'introduction du soufre dans l’organisme est variable : au premier plan se placent le tube digestif et le poumon.

Voie digestive. — Il y a réduction par l'HCI des éléments sulfurés et hydratation. Il se produit HS L’absorption peut se faire par la voie rectale et Cl. Bernard, injectant dans le rectum d’un chien une solution de HS, décelait la présence de ce gaz dans sa respiration.

Voie pulmonaire. — Elle a été trop longtemps méconnue. Les expériences faites à Luchon, par Le Juge de Segrais et Hanriot, ont montré que, par cette voie, 45 % en moyenne de H'S était absorbé. Luchon l’utilise largement dans le humage.

La peau livre peu le passage aux gaz. Toutefois, le bain sulfureux ou l’étuve permettent certainement le passage de HS à travers la peau. La voie sous-cutanée ou intraveineuse n’a pas à retenir notre attention.

C) Elimination du soufre

Ainsi introduit dans l’organisme, le soufre en sort : Par les poumons : sous forme de HS, dont la pré-

sence peut être décelée dans l’air exhalé, par le noircissement d’un papier imbibé d’acétate de plomb (expériences de CI. Bernard, de Le Juge de Segrais).

Par la peau : Sous la même forme.

Par l'intestin : non seulement sous forme de HS, mais encore de sulfites, de sulfates.

Par les reins : sous forme de sulfates et d’hyposulfites. Pour CI. Bernard, H'S serait éliminé en totalité au niveau du poumon ; il n’en est rien.

De ce que nous venons de voir, il résulte que, dans la médication sulfurée, le rôle prépondérant est rempli par HS.

D) Métabolisme du soufre

Le soufre a son méabolisme propre, obéissant à des lois, dont deux au moins paraissent nettement établies.

1° Le soufre passe d’abord par l'étape chimique d'hydrogène sulfuré, avant de s’oxyder.

Cette loi paraît générale dans la nature. Tous les tissus dégagent de l’hydrogène sulfuré, quand on les broye avec du soufre, et c’est l’observation de ce phénomène qui avait amené Rey-Pailhade à penser que les tissus animaux possédaient un ferment spécial qui aurait la propriété d’hydrogéner le soufre, même à froid, et qu’il avait dénommé « philothion ». C’est la diastase d’hydrogénation de Duclaux. En réalité, des recherches plus récentes, celles d’Heffter en par-

ticulier, ont montré que cette propriété de trans-

former le soufre en HS appartient très probablement à la matière albuminoïde elle-même.

2° Le soufre subit des oxydations successives, avant

de s’éliminer.

E) Action générale du soufre sur l'organisme

Voyons maintenant l’action du soufre sur notre organisme et envisageons-la, suivant les cas, à l’extérieur et à l’intérieur.

A l'extérieur. — 11 possède une action parasiticide et bactéricide. Après Froshäuer, Niepce, Pilatte, Willemin (thèse 1888), étudiant l’action d'agents chimiques sur le bacille de la tuberculose, trouve que le polysulfure de sodium entrave d’une façon complète les cultures, Sully Jaulmes et Rodet (thèse Lyon, 1892), montrent le même pouvoir antiseptique de H°S à l’égard du bacille diphtérique. Plus récemment, les résultats trouvés par Willemin ont été confirmés par Bertier, en étudiant les effets du humage, à Amélieles-Bains. Enfin, en 1919, Dufrénoy et Molinéry ont établi l’action bactéricide spécifique de l’eau de Barèges en bains. i

A l'intérieur. — Nous avons vu que, contrairement à ce que croyait Cl. Bernard, tout l’'HS n’était pas rejeté par le poumon, à son arrivée de la veine cave. La spectroscopie montre sa présence dans le sang des

artères.

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