‹ Contribution à l'étude des épilepsies giratoiresChapitre 6 sur 39 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les singulières crises de rotation sur place au cours de

l’épilepsie furent analysées par les cliniciens du siècle dernier, et nous savons même, par BOURNEVILLE et BRICON, que dès 1751, Thomas ERASTE rapportait l’histoire d’un adolescent qui, meurtri à la tempe à la suite d’une chute, faisait des crises d’épilepsie pendant lesquelles il tournait rapidement 3 ou 4 fois sur lui-même, puis se précipitait involontairement en avant si on ne l’en empêchait. |

DELASIAUVE, dans son Traité de l'Épilepsie édité en 1854 étudiant les « accès intermédiaires » écrit : « Toute une moitié du corps est affectée chez certains malades; d’autres sont soumis à un mouvement général de rotation, la convulsion peut imprimer à la tête une impulsion dans le même sens... » (p. 62 et suiv.) et il cite deux observations d’épileptiques « pirouettant plusieurs fois sur eux-mêmes ».

VuLptAN, en 1866, dans ses Leçons de physiologie du Système nerveux, note que dans certains cas de névrose convulsive, on constate parfois chez l’homme des phénomènes de rotation irrésistible plus ou moins impérieux qu'il attribue à des modifications passagères lors de chaque accès dans l’une des moitiés de l’isthme de l’encé-

SHDÈTE

phale. Il consacre une belle leçon à l’étude physiologique des mouvements de rotation.

Th. HERPIN, dans son ouvrage Des accès incomplets d’épilepsie (1867), écrit (page 128) : « … certains phénomènes qui précèdent immédiatement la chute semblent au premier abord irès singuliers : nous voulons parler des cas où le patient. avant de tomber, court ou saute en avant, ou recule de quelques pas, ou bien encore fait un ou plusieurs tours sur lui-même ; nous croyons ces actes purement instinctifs, car le sujet n’en a jamais la conscience et cèés mouvements ne sont pas convulsifs, car ils sont coordonnés... » |

Suit un essai pathogénique sur le mécanisme de ces mouvements destinés à maintenir l’équilibre : lorsqu'une vive contraction comitiale entraîne le corps en avant, le patient court pour maintenir l’équilibre; il marche en arrière dans le cas inverse; « … enfin, la rotation du malade sur lui-même a un but identique dans le cas où la tête et le corps se tournent d’un côté. La lenteur ou la rapidité de la propagation de la contracture permettant ou non ces mouvements instinctifs.. Dans le plus grand nombre des cas, les actes d’inutile préservation que nous venons d'indiquer n’ont pas le temps de se produire... »

Quoiqu'il en soit de l’interprétation pathogénique, ce passage est à souligner, car on y voit notés le caractère de rotation autour de l’axe, la déviation de la tête et le caractère tonique des phénomènes de début de ce type d'épilepsie.

À, Voisin, dans ses Leçons cliniques de 1883, écrit : « … certaines de ces auras dites motrices sont caractérisées par une impulsion irrésistible qui précipite l’épileptique

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en avant où en arrière ou lui imprime un mouvement . giratoire... l’aura peut présenter la forme giratoire, soit qu'elle précède une attaque, soit qu’elle soit le début d’un vertige. » [Il s’agit ici, d’ailleurs, demouvements giratoires au cours d'accès procursifs ou circumeursifs.

Dans son article consacré à l’Épilepsie du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales (1887), BurLu- REAUX écrit : &« … c’est encore à l’aura motrice que l’on peut rapporter les impulsions irrésistibles qui font aller le malade en avant ou en arrière, ou lui impriment un mouvement giratoire : il tourne alors sur lui-même une ou deux fois comme les moutons atteints du tournis. »

En 1887 et 1888, BOURNEVILLE et BRICON consacrent une série d’études à l’épilepsie procursive dans les Archives de Neurologie, qui allaient devenir classiques. Nous retrouvons à la lecture de ces pages, la mention que certains malades atteints d’épilepsie procursive, faisaient également des crises d’épilepsie giratoire.

CHARCOT, dans son Traité pratique des maladies du système nerveux (édition 1894, tome I, page 314), rapporte les recherches de VULPIAN et PRÉVOST : « … chez l’homme, on rencontre dans certains cas mal étudiés encore, dans certaines névroses convulsives, une tendance véritable à la rotation complète. Il y avait autrefois, à l'hôpital Saint-Éloi, un enfant qui avait des attaques épileptiformes et qui, à certains moments, présentait de véritables mouvements de rotation. Ces cas sont rares et, nous le répétons, mal étudiés. Mais la déviation conjuguée de la tête et des yeux serait déjà l’analogue de ces mouve-

ments. >»

MinNGazziNi, la même année, en 1894, consacre une

étude aux phénomènes cireumeursifs et rotatoires de l’épilepsie. Il souligne que les crises de rotation autour de l’axe chez les épileptiques sont le plus souvent négligées par les auteurs, rappelle la mention que GOWERS en a faite, ‘Lo9uvH") onb sure dans l’Étude Clinique des auras de l’accès épileptique. Il rapporte neuf observations d’épilepsie rotatoire et distingue les cas d’aura rotative dans l’épilepsie des cas où tout l’accès semble constitué exclusivement par un ou plusieurs mouvements rotatoires : l’accès ressemble alors à un accès de petit mal accompagné dans son décours d’une brève rotation.

Au point de vue sémiologique, MiINGazziNI déduit de l’étude de deux cas présentant des phénomènes visuels avant la giration, que le côté vers lequels se dirige lépileptique est le côté sain et que le départ a lieu du côté malade. Il note cependant qu’un autre de ses malades faisait un ou deux mouvements rotatoires de droite à gauche ou vice versa. Nous y reviendrons plus loin ainsi que sur ce détail intéressant qu’un autre de ses malades tournait par terre et parfois sur ses pieds. Au point de vue pathogénique, MiNGazziNt se basant sur les expériences de POURTOUR pu PETIT, MAGENDIE, LUCIANI, admet dans l’aura rotatoire un trouble circulatoire ischémique dans les rameaux de l’artère cérébelleuse irriguant les pédoncules cérébelleux, d’où le spasme diffuserait en cas d’épilepsie, tout se bornant à ce trouble ischémique dans la crise rotatoire simple.

SCHUSTER et MENDEL, en 1899, consacrent un article à l « Epilepsia Cursoria » et rapportent trois observations d’épilepsie rotatoire. La première a trait à une jeune fille qui, à côté d’accidents épileptiques typiques, présentait d’autres crises au cours desquelles la malade tournait

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autour d'elle-même plusieurs fois dans son lit, sans que la conscience soit complètement éteinte. La malade fut trouvée un jour dans son lit, morte, étendue sur le ventre, la tête fortement enfoncée dans l’oreiller.

La deuxième observation concerne une femme de 39 ans qui, à l’âge de 3 ans, fit une chute grave avec perte de connaissance. A l’âge de 9 ans, elle présenta des pertes de connaissance sans convulsions. A l’âge de 29 ans elle fit presque quotidiennement des crises caractérisées par une perte de connaissance au cours de laquelle elle se levait, criait et tournait plusieurs fois sur elle-même du côté gauche. Pas de convulsions, pas de perte des urines. Au moment de l’observation, la malade faisait de 2 à 8 crises par jour, tantôt sous les traits d’une épilepsie typique, tantôt de la façon suivante : la malade pousse un cri, se tourne du côté gauche et tourne en cercle, les bras étendus de façon tonique, le visage angoissé. Les crises s’accompagnaient d’obscurcissements de la conscience. Avec le bromure à haute dose, les crises s’espacèrent. |

La troisième observation est celle d’un homme de 25 ans qui, dès l’âge de 13 ans, fit des crises avec perte de conscience. Au cours de ces crises, le malade faisait un

tour complet sur lui-même, ensuite quelques pas en avant, enfin tombait et faisait des convulsions toniques et cloniques.

Analysant les mécanismes invoqués à l’origine de ces crises d’épilepsie giratoire, SCHUSTER et MENDEL rappellent le rôle qu’on a fait jouer au cervelet, au corps strié (MAGENDIE), au noyau caudé (CARVILLE et DURET), à cértaines parties du corps strié (NOTHNAGEL) où aux pédoncules cérébraux (BOURNEVILLE et BRICON).

LABELS

Depuis cette époque, l’épilepsie giratoire a acquis droit de cité.Cependant, sa place reste encore modeste, le plus souvent réduite à une simple mention dans beaucoup d'ouvrages modernes. Les observations en sont rarement rapportées. Henri Rocer et J. REBOUL-LACHAUX en rapportent pourtant une observation typique en 1927: crises de déviation conjuguée de la tête et des yeux vers la gauche, renversement du tronc en arrière et à gauche, rotation deux ou trois fois autour de l’axe en sens antihoraire, puis affaissement ou simple obnubilation. Le malade ayant été atteint antérieurement d’otorrhée, la -constatation d’une hypo-excitabilité vestibulaire ‘droite fait discuter par les auteurs l’atieinte des voies cérébellolabirynthiques dans de pareilles crises giratoires.

Von BoGaAERT, dans un mémoire consacré aux mouvements forcés complexes, donne deux observations d’épilepsie s’accompagnant de rotation autour de l’axe. Il rapporte l’histoire d’un sujet atteint d’abcès sous-dural en plaque dans la région pariéto-angulaire gauche, atteint de crises jacksoniennes gauches avec hémiplégie gauche, au cours desquelles les yeux se révulsaient vers la gauche, puis la tête se tournait vers la gauche autour de son axe. Enfin, le spasme se relâche, les yeux restent déviés pendant demi-heure, mais pas toujours dans la même direction : ils sont tournés tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Ces accès épileptiques avec torsion autour de Taxe se produisent certains jours du côté droit en l’absence de clonisme prémonitoire. L'auteur ajoute que la déviation conjuguée de la tête et des yeux et l’enroulement du corps peuvent se dissocier; la déviation oculaire pourrait se faire tantôt à droite, tantôt à gauche (observation ]).

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Chez un autre de ses malades, atteint de ramollissement cortical de la face supérieure de l'hémisphère cérébelleux gauche, conditionnant un syndrome cérébelleux, des crises d’épilepsie s’accompagnaient de torsion axiale avec enroulement en spirale vers la droite (observation XI).

URECHIA rapporte, en 1937, un cas d’épilepsie rotatoire chez un enfant atteint d’hémiplégie gauche avec jacksonisme gauche, qui fait lors des crises rotatoires, un mourvement de torsion du tronc, avec rotation vers la gauche. L’existence de troubles labirynthiques gauches fait que l’auteur se demande si les troubles végétatifs et les Spasmes vasculaires ou la congestion précédant l'attaque d’épilepsie, n’excitent pas le labirynthe en donnant lieu aux symptômes de torsion et de rotation. URECHIA souligne également, à côté de l’intervention labirynthique possible, celle du lobe frontal lésé et rappelle les données de physiologie expérimentale moderne sur la terminaison préfrontale des voies vestibulaires.

Dans un remarquable article paru dans le Paris Médical en 1941, consacré à l’Épilepsie giratoire, R. GARCIN et M. Kiprer font une mise au point de la question. Ils présentent quatre observations personnelles dont voici un bref résumé.

LES OBSERVATION Î Il s’agit d’une femme de 42 ans présentant depuis peu des crises d’épilepsie généralisée à prédominance gauche,

avec jacksonisme facial gauche et déviation conjuguée de la tête et des yeux vers la gauche. Peu de.temps après,

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la malade se mit à faire des crises de déviation forcée de la tête et des yeux vers la gauche, puis des crises giratoires antihoraires avec déviation de la tête et des yeux vers la gauche sans perte de conscience, avec obnubilation post crise légère. Un peu plus tard les crises jacksoniennes faciales gauches avec déviation conjuguée de la tête et des yeux vers la gauche, se mirent à alterner avec des crises giratoires antihoraires. À l’occasion d’un nouvel examen et trois ans après les premières crises, on décèle une stase papillaire bilatérale, la présence d’un signe de Babinski gauche et d’une parésie faciale gauche. Le diagnostic de tumeur froniale droite est posé. À l'intervention, on découvre un gliome hémorragique de la partie supérieure de la frontale ascendante et du pied des deux premières frontales qui infiltre presque tout l'hémisphère droit, dont il ne respecte que le quart postérieur.

% *k*X - OBSERVATION II

Un jeune homme de 16 ans présente depuis deux ans n 7. 13 e. A LA Li s e des crises d’épilepsie généralisée typiques, sans aura. Les examens neurologiques, oto-labirynthiques, sérologiques, P. L., sont rigoureusement négatifs. Le malade est mis au Se | ; ee €

gardénai. Quatre ans après l'apparition des premières crises, la symptomatologie se transforme et les crises aug-: mentent de fréquence : à la place des grands accès, le patient fait des crises giratoires antihoraires sur place, sans tomber. La conscience est obscurcie lors des crises. Après les crises, on note un signe de Babinski gauche transitoire, une légère anisocorie (G.?Dr) et des secousses nystagmiformes verticales spontanées également transi-

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toires. Malgré 0 g. 30 de gardénal, les crises continuent. Le malade, suspect d’une lésion hémisphérique droite, devait subir une ventriculographie lorsque la guerre éclata,

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OBsERVATION III

IT s’agit d’un blessé de guerre par éclats d’obus dans la région fronto-pariétale supérieure gauche. Dès la blessure, monoplégie du MS droit sans perte de conscience. On pratique une esquillectomie et l’ablation d’un éclat superficiel : deux jours après,-le MI droit, la face du côté droit se paralysent à leur tour.

La radiographie montre la persistance d’un projectile profond au tiers supérieur de l’hémisphère G. à un pouce de la ligne médiane; le malade est opéré de nouveau. Un mois après la blessure, régression de la paralysie du M.I. et de la face : le malade peut marcher. Quinze jours après, étant au lit, le malade fait une crise de rotation forcée de la tête et des yeux vers la droite, précédée de secousses cloniques des globes oculaires et de la cuisse droite, sans perte de connaissance. Un mois et demi plus tard, deuxième crise précédée de jacksonisme de la moitié droite du corps débutant au pied droit. Le malade qui était assis se lève, présente une rotation forcée de la tête et des yeux vers la droite et se met à faire trois tours sur lui-même, décrivant autour de l’axe vertical un petit cercle de 50 em. de rayon dans le sens horaire. Conscience intacte pendant la crise giratoire, puis le malade tombe sur son lit et fait une crise convulsive généralisée. L’examen vestibulaire a montré des labirynthes d’excitabilité

égale et normale,

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