CHAPITRE II
Mesure de lActivité protéolytique de la Pepsine
A) Gonditions d'Action
L'activité de la pepsine depend de conditions multiples, dont les principales sont la température et la réaction du milieu. Nous p’entrerons pas dans les détails de cette question; nous nous contenterons de résumer les conclusions des nombreux ouvrages publiés sur ce sujet.
Au point de vue de l’action directe de la température sur la pepsine, on peut dire que ce ferment résiste mieux à la chaleur sèche qu'à la chaleur humide.
Elle ne perdrait pas ses propriétés protéolytiques à la chaleur sèche à 100° [23].
La température optima d'action diffère suivant les conditions expérimentales, le substratum, et même l’origine de la diastase [23]. On peut dire seulement qu’elle est comprise entre + 47 et + 50° et qu’à + 60°, la pepsine perd ses propriétés.
De même, l’activité de la pepsine change avec la réaction du milieu. Alors que la papaïne agit en milieu alcalin ou acide, que la trypsine agit en milieu neutre ou alcalin, la pepsine n’agit qu’en milieu acide.
Les nombreux auteurs ayant étudié cette question ont établi les points suivants :
1° Il existe une acidité favorable à la digestion pepsique. Cette acidité optima dépend de la matière albuminoïde employée
SO ER vs
comme matière passive [10], de la teneur en pepsine [33]; ainsi, de même qu’un excès d'acide, un excès de pepsine peut entraver la digestion pepsique.
2 L’acide chlorhydrique est l'acide le plus favorable à l’action de la pepsine ; c’est l'acide qui en solution est le plus dissociable en ions H et CI. En somme l’activité de la pepsine dépend surtout de la quantité d'ions H mis en liberté dans le milieu; elle présente un P. H. optimum d'action.
B) Titrage de la Pepsine
Dans chaque procédé de titrage de la pepsine, les auteurs ont fixé la fin de la réaction à des phases différentes de la dégradation protéique; les uns, s’arrêtant en stade syntonine, les autres au stade albumose.
Nous allons passer en revue quelques-uns de ces procédés
Bidder et Schmitt [38] faisaient diriger à la température de 45° des petits cubes de blanc d'œuf coagulé d’un poids connu par une solution chlorhydrique de pepsine à 2 0/0. La perte de poids de ces petits cubes donnait, d'après eux, la mesure du pouvoir digestif de la pepsine.
Grünhagen [18] faisait gonfler de la fibrine dans de l'acide chlorhydrique à 2 0/0, jetait la gelée épaisse sur un entonnoir bouché par du coton de verre, exposait le tout dans une étuve chauffée à + 45° et faisait tomber sur cette gelée un nombre déterminé de gouttes de solution de pepsine à essayer. Sitôt que la fibrine était liquéfiée, elle tombait goutte à goutte de l’entonnoir et d'autant plus vite dans un temps donné, que la pepsine était plus active.
Le procédé de Mett [1] consiste à faire agir une solution acide de pepsine sur de l’albumine coagulée dans un petit tube et à mesurer la hauteur du cylindre d’albumine dissoute. L'activité de
- Ja pepsine est déterminée par cette hauteur.
Le procédé de Léon Meunier [26] consiste à mesurer le temps qui s'écoule entre le moment où l’on introduit une corde de filandre d’un calibre bien déterminé dans un milieu digestif et celui où elle est complètement dissoute,
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La filandre est fabriquée uniquement avec la couche musculaire de l'intestin du mouton. Elle diffère du catgut qui est constitué par les couches muqueuses et sous-muqueuses de l'intestin, et par conséquent, plus hétérogène.
On se sert pour cela d’une petite bille de verre, colorée au bleu de méthylène, enveloppée dans du caoutchouc très mince ligaturé au moyen d’une corde de filandre. Ce nouet est introduit dans une solution acide de pepsine et on porte le tout à l'étuve à + 37°. À un moment donné, la filandre est complètement dissoute, la membrane de caoutchouc se déploie et la bille de verre ainsi en contact avec le liquide, le colore en bleu. Si on a eu soin de noter le temps qui s'écoule entre le début de l'opération et la coloration bleue on connait ainsi la vitesse de la digestion pepsique.
Dans les procédés décrits ci-dessus, on ne tient compte que du pouvoir dissolvant de la pepsine, c’est-à-dire, de la transformation des matières passives en albumines solubles et non du pouvoir de peptonisation de la pepsine, c’est-à-dire de la transformation de l’albumine en albumoses et peptones.
La méthode de Jacoby [12], consiste à faire agir, soit à froid, soit à + 37°, une solution chlorhydrique de pepsine sur une émulsion de ricine et à noter le moment où l'émulsion s'éclaircit; à ce moment la ricine est digérée.
Dans la méthode de Fuld [16], on fait agir la pepsine sur une albumine végétale retirée du chanvre appelée édestine.
On opère la réaction à la température ordinaire du laboratoire.
On met dans de petits tubes de même calibre (genre tubes à hémolyse) une dose fixe de solution d’édestine, on y ajoute une solution chlorhydrique de pepsine à doses croissantes. On maintient la même concentration dans chaque tube au moyen de doses décroissantes de solution chlorhydrique; on précipite au bout d'un temps donné l’édestine non transformée par une solution de chlorure de sodium. On remarque le tube à partir duquel le trouble n’est plus apparent; la quantité de pepsine correspondant à ce tube répond à l'essai. On opère comparativement avec une pepsine à titre connu.
Michaëlis [27] fait agir à 40° du suc gastrique dilué suivant une
CSS + UE
progression arithmétique (1/1 1/2 1/4 1/8 1/16) sur du sérum de mouton dilué rendu opalescent au moyen d'acide sulfosalicylique, la fin de la réaction correspond à l’éclaircissement du sérum.
On opère également avec une solution chlorurée de pepsine à titre connu qui sert d’étalon. Si la dilution 1/8, par exemple, s’éclaicit en même temps que le tube étalon, on dit que le suc gastrique contient 8 unités de pepsine.
Un procédé signalé par Bertrand et Thomas dans leur guide pour les manipulations de chimie biologique, exige une digestion plus complète des matières albuminoïdes du sérum sanguin Ces auteurs, pour comparer l'activité de diverses préparations de pepsine, les font agir dans des conditions bien déterminées sur un excès de sérum de cheval et dosent ensuite, par la méthode de Sœrensen, la quantité de groupements aminés mis en liberté [4].
Tous ces procédés de titrage diffèrent les uns des autres en ce que leurs conditions sont différentes et qu’ils utilisent des albumines différentes, soit de nature animale comme la fibrine, l’albumine d'œuf, le sérum sanguin et la filandre, soit d'origine végétale comme l’édestine et la ricine; mais ils ont tous ceci de commun, à savoir qu’ils ont tous besoin d’une solution étalon de pepsine commé terme de comparaison. Il était cependant intéressant de signaler ces procétés de titrage, car ils peuvent être employés pour déterminer l’activité d’une pepsine commerciale comparativement avec une autre pepsine à titre connu.