CHAPITRE VIII
Modifications proposées par différents auteurs
A) Considérations générales
Nous avons vu que l'essai du Codex français 1908 était déjà en grand progrès sur celui de 1884.
En effet, à la suite des travaux de Disdier, de Petit, de Macquaire, de Portes et de Bourquelot il élevait le titre minimum de la pepsine, employait la fibrine sèche, matière passive relativement stable, apportait enfin plus de précision dans la marche de l’essai et dans l'épreuve azotique.
Si on ne considère que le contrôle de la réaction, cet essai en utilisant la précipitation azotique, ne se contente pas d’une dissolution plus ou moins complète de la matière passive qui, ainsi que nous l'avons vu, marque la fin des essais étrangers mais exige une digestion déjà avancée Certaines pharmacopées, il est vrai (par exemple les pharmacopées italienne et suisse) prescrivent bien le contrôle de la réaction au moyen de l'acide azotique, mais elles n'indiquent ni la quantité de cet acide qu'il faut ajouter, ni sa densité, ni la température à laquelle le contrôle doit être effectué.
L'essai du Codex français actuel paraît être le plus précis des essais pharmacologiques.
Aussi, lorsque dans son ouvrage sur les ferments protéolytyques M. Javillier dit: « L’essai du Codex français est le plus exigeant de tous les Codex », cela veut dire qu’il est le plus rigoureux, quant aux conditions dans lesquelles il doit être exécuté, mais cela ne veut pas dire qu’il détermine une pepsine plus active que celle des autres pharmacopées. Au contraire, bien que les différences qui existent entre les titres des pepsines normales ou « Standard » française et étrangères ne soient pas si considérables qu'on puisse le croire tout d’abord, il n’en est pas moins vrai que la pepsine officielle française a une activité moins grande que celle des pepsines anglaise, belge ou des Etats-Unis.
Nous ne pensons pas que l'intérêt de cette question consisterait à établir un essai international. Cette idée est prématurée, car elle obligerait à ramener toutes les pepsines françaises et étrangères au même titre. Nous estimons cependant qu'il serait bon d’ajuster cet essai à ceux des pharmacopées étrangères suivant les progrès réalisés dans les procédés d'extraction des pepsines.
Avant d'entrer dans les détails des recherches que nous avons entreprises, nous allons examiner rapidement quelques modifications proposées par certains auteurs pour rendre le procédé du Codex français plus pratique, tout en lui gardant sa précision.
B) Modifications de la matière passive
On peut dire que presque tous les auteurs qui ont étudié ja pepsine au point de vue pharmacologique ont proposé des essais différents; mais aucun de ces essais n’a été adopté parce que tous possédaient des tares résultant de certaines imprécisions des conditions dans lesquelles ils devaient être effectués.
Ces modifications portaient surtout sur la matière passive.
+ Nous rappellerons pour mémoire les essais de substitution d’albumines différentes à la fibrine ; l’albumine d'œuf par exemple, employée sous des tormes différentes, soit fraîche, soit coagulée, battue, précipitée ou desséchée, voire même la caséine et la gélatine.
Ces matières albumimoïdes, sauf l’albumine d'œuf coagulée, n’offrent pas de gros avantages sur la fibrine pour diverses rai-
sons dont les principales sont que : le blanc d'œuf frais est d’un emploi difficile dans les pesées, l’albumine battue est d’une préparation longue, l’albumine sèche est aussi longue à préparer que la fibrine sèche et plus difficile à syntoniser. La caséine a été rejetée, étant difficilement attaquable par la pepsine; la gélatine se prête encore plus mal à la peptonisation.
Déjà en 1884, M. A. Petit proposait de remplacer dans l'essai du Codex de cette épopue la fibrine par 5 grammes d’albumine d'œuf coagulée. Cette albumine devait être digérée en 4 ou 5 heures à 40° par 0 gr. 10 de pepsine dissoute dans 25 gr. Hcl dilué.
M. P. Vigier combattit alors l'emploi de l’albumine pour cet essai, parce qu'il donnait des résultats différents, suivant le degré de division de la substance [2], il était d’une imprécision remarquable et ne devait pas supplanter l'essai officiel, même avec ses imperfections d'alors. L'idée de rendre l'essai du Codex français plus pratique date par conséquent d’un certain temps.
C) Modifications de la durée de l'essai
Les auteurs qui ont étudié les essais des Codex 1884 et 1908 ont pensé naturellement à en diminuer la durée; en effet, il n’est pas toujours commode pour le pharmacien de surveiller la digestion pendant 6 heures en agitant le milieu de temps en temps.
Un essai rapide fût proposé par Byla pour remplacer celui du Codex de 1884 [7].
Cet essai était le suivant :
Sur 10 grammes de fibrine fraiche de porc exactement lavée et essorée, on verse 90 cm* d’eau à la température de 52°, on acidule aussitôt avec 10 gouttes d'acide chlorhydrique et on agite.
Au bout de quelques secondes, on voit la fibrine se gonfler et le mélange se prendre en gelée transparente de consistance ferme.
On ajoute alors la dose de ferment correspondante à celle que nécessiterait le titre recherché, pour une peptonisation régulière, c'est-à-dire :
0 gr. 10 de pepsine titrant 100.
0 gr. 20 de pepsine titrant 50.
0 gr. 50 de pepsine titrant 20.
ur GORE
Si la pepsine est au titre voulu, la liquéfaction a lieu instantanément par agitation.
Astruc propose la même modification à l'essai du Codex de 1908.
L'objection que l’on pourrait faire à cet essai, c’est qu’il n’apprécie le pouvoir protéolytique de la pepsine que d’après son pouvoir syntonisant; or, il peut se trouver parmi les pepsines commerciales, des pepsines falsifiées contenant certains acides dissolvant la fibrine; pour notre part, nous n’avons jamais rencontré ces pepsines que Brancaz, en particulier signale [7].
Cependant, si le pouvoir peptonisant de la pepsine correspond en général à son pouvoir dissolvant, nous pouvons craindre, avec des pepsines falsifiées, des mécomptes dans l'emploi de ces procédés, puisque cette dissolution de la fibrine n’est pas l'apanage de la pepsine.
D) Modifications du contrôle de l'essai
Nous rappellerons rapidement les modifications dans le contrôle de la réaction qui ont été ou qui peuvent être proposées pour apprécier la dégradation protéique dans l’essai du Codex français.
Au début de ce travail, nous avons énuméré rapidement les procédés de dosage de la pepsine; nous avons vu qu'ils étaient bien différents et que le contrôle de la réaction était fixé à une phase déterminée de la dégradation protéique. Nous allons examiner les avantages et les inconvénients de certains contrôles en eux-mêmes indépendamment des facteurs de la digestion.
1° Contrôle par l'anneau azotique. — La précipitation azotique telle que nous l’avons employée page 48 n'indique pas certainement la transformation de la matière protéique en peptones, mais marque assez bien la transformation de l’albumine en des produits plus dégradés : albumoses et peptones.
2 Contrôle par déviation polarimélrique. — La méthode de Schütz [35], qui consiste à apprécier la dégradation protéique par la grandeur du pouvoir rotatoire gauche du liquide de diges-