PRONOSTIC
Le pronostic des états méningés est d'une façon générale bénin. La stérilité du liquide céphalo-rachidien semble être dans la majorité des cas une raison de bénignité de l'affection. La ponction lombaire en la révélant, au cours d’une symptomatologie parfois très grave, comme nous l'avons vu, diminue ce que le pronostic pouvait comporter de sombre. Elle donne donc des résultats encourageants.
: Cependant, ici, ce sera l'étude des antécédents étiolo- ’ giques, les données sur l’état antérieur du malade, la considération de l'affection primitive qui a déterminé la réaction méningée qui nous éclareront sur la gravité ou la bénignité du pronostic.
Les épisodes méningés tuberculeux pourront être d’un pronostic immédiat, quoad vitam bénin, mais malgré tout que de menaces permanentes sur la tête de ces malades, même une fois complètement guéris de leur affection méningée. Beaucoup de ces malades auront des rechutes, parfois malgré le traitement le plus rationnel, sous l'influence de causes impossibles à éviter : un traumatisme cranien, par exemple, comme dans le cas de Rilliet. Certaines de ces rechutes seront encore guérissables, mais d’autres pourront emporter le malade. En tout cas:le pronostic dépendra de ce que sera le traitement ultérieur, de la façon dont seront exécutées les prescriptions hygiéniques, diététiques ou au-
tres. C’est pourquoi il est du plus haut intérêt, en raison de la localisation méningée particulièrement redoutable de la tuberculose, d'imposer aux convalescents des règles de vie physique, intellectuelle, hygiénique capables d'empêcher le réveil de cette tuberculose et de la guérir.
Le pronostic des états méningés dans la syphilis, doit être envisagé à un point de vue immédiat et non à un point de vue éloigné. Au point de vue immédiat les opinions sont variables. Suivant les auteurs, les uns avec Cornil sont pessimistes. Le pronostic pour eux étant agravé « par les affections intercurrentes qui emportent souvent le malade ». Les autres sont. optimistes (Neumann). Cependant il faut admettre que les lésions méningées dans la syphilis sont assurément moins graves que dans les autres infections, au moins au point de vue immédiat. Le traitement agit dans ces cas.
Encore faut-il se méfier des guérisons apparentes et sournoises que la clinique n'arrive pas à déceler et que la biopsie révèle. La lymphocytose persistante, voilà le principal point noir des états méningés de la syphilis, surtout au point de vue éloigné. Une poussée terminée, une autre peut lui succéder et emporter le malade (cas de Sicard). En outre ces lésions méningées coexistent avec des lésions d’artérites qui peuvent amener la mort (Goujat ,Sicard et Rosny, Malloizel). Il faut donc tenir compte de cette association artérielle et méningée dans le pronostic de la syphilis. Ici enfin se pose la question de savoir si cette atteinte méningée n'est pas une raison de plus pour ces malades de devenir des tabétiques ou des paralytiques généraux.
Dans les affections à méningocoque, sans infection du liquide céphalo-rachidien, les syndromes méningés ne sont pas d'un pronostic défavorable. De même dans la polimyélite, la forme méningée est le plus souvent cu-
rable (Leegard, Collins), quoique pouvant entrainer la mort. Dans les intoxications la guérison est la règle; il en est de même dans les oreillons, dans la. scarlatine, dans la fièvre typhoïde. C’est à la gravité de l'infection qu'est subordonnée la gravité du pronostic.
Dans les états méningés d’origine indéterminée, la guérison a toujours été observée. De même dans les états méningés d'origine otique. Quand l'infection de l'oreille ne coïncide pas avec l'infection de la cavité rachidienne, le pronostic n’est pas forcément très sombre. La guérison survient fréquemment. Cependant la connaissance de l'existence du foyer d'infection entraîne comme corol- Jaire la nécessité de sa disparition. Faute de quoi d’autres poussées peuvent survenir et à un moment donné l'infection de l'oreille gagnera les méninges. C'est ce que nous avons observé dans un cas chez un malade qui n’a pas voulu se laisser opérer. |
Dans la méningite purulente aseptique, Remlinger a toujours observé la guérison. EAN
Enfin, dans tous ces états, dans l'élaboration du pronostie, il faudra toujours avoir présente à l'esprit la possibilité de complications. Certaines séquelles peuvent en effet survivre à leur guérison.
Les états méningés tuberculeux peuvent donner naissance à des épaississements des méninges responsables de paralysie de l'œil, des membres, de la face ; des troubles de la réflectivité, de la marche, de la parole. Chez l'enfant ils provoqueront les céplaées dites de croissance, des arrêts de développement de l'intelligence (Barbier et Gougelet). Enfin l'avenir nous dira, car ceci est un chapitre d'attente, si l'opinion de certains neurologistes tels que Klippel, Anglade, Bour, Roubinowitch, qui voient un rapport de certaines formes de paralysie générale juvénile ou de démence précoce avec ces formes de méningite tuberculeuse est une opinion exacte,
Dans les états méningés lyphoïdiques, Widal et Weil ont observé de l’amaurose au début d’une fièvre typhoïde. \
Dans les états méningés indéterminés, on peut aussi observer des séquelles. La malade de Widal et Brissaud présentait de l'abolition des réflexes six mois après la guérison.
Celui de Widal et Philibert présenta de la céphalée intermittente, un fréquent état d'apathie, une exagération constante des réflexes rotuliens, une dissociation du pouls et de la température de type inverse, et surtout une inégalité pupillaire inconstante, de la photophobie, l'absence de réaction à la lumière et à l’accomodation. Ces troubles durèrent trois mois et demi.
David et Poitou ont observé un cas de surdité persistante.
OBSER VATION
A. Davin et Porrou. — Journal des sciences médicales de Lille, ? janvier 1909, n° 1, p. 5-14.
Syndrome méningé. — Liquide céphalo-rachidien à polynuléaires nombreux, altérés, stérile. guérison, surdité.
Claude et Lejonne ont montré que les centres nerveux peuvent être atteints en même temps que les méninges.
La lymphocytose peut persister parfois à titre de séquelle tenace ; aux cas signalés il nous faut en ajouter un personnel. Nous avons observé avec notre maître, le professeur Ardin-Delteil, un malade qui, trois ans après avoir présenté un syndrome méningé d'origine indéterminée, ayant provoqué une paralysie faciale transitoire, avait encore une lymphocytose abondante de son liquide céphalo-rachidien, coïncidant avec des douleurs radiculaires dans le bras droit.
On peut se demander si ces malades, du fait de la per-
EE Pre
sistance de cette lymphocytose rachidienne, ne sont pas exposés au développement de quelque affection nerveuse dans l'avenir, au même titre que certains syphilitiques, offrant la même lymphocytose chronique. Des observations plus nombreuses sont nécessaires avant de conclure.
ka