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CHAPITRE I

Etats méningés paratyphiques

Le début sous forme méningée des affections paratyphoïdes n’est pas rare. On le rencontrerait dans 15 à 20 % des cas sévères (Sacquépée), c'est-à-dire dans une proportion beaucoup plus élevée que dans laffection éberthienne. Cette forme méningée paraît d’ailleurs n’être que léxagération d'un syndrome de même nature, quoique d’un degré plus atténué, que l’on rencontre fréquemment dans les infections à bacille paratyphique B. (50 à 60 % des cas sévères, Sacquépée). Mais ici le début est moins brusque, la céphalée moins vive, il y à peu de rachialgie ou de raideur de la nuque. De plus le liquide céphalo-rachidien est généralement normal : deux fois seulement il existait une lymphocvtose d'abondance moyenne. C'est précisément cette modalité d'évolution qui est considérée comme caractérisant le plus habituellement les infections paratyphiques B et la forme méningitique que nous allons maintenant décrire n’apparait en somme que « comme une sorte d'exagération de leurs tendances habituelles : elle constitue leur expression clinique la plus achevée ». (Sacquépée).

OBSERVATION SACQUÉPÉE, Soc. Méd. des H6p., 29 décembre 1910, p. 831. D... vingt-deux ans, entré à l'hôpital le 19 juin 1909.

Pas d’antécédents pathologiques.

L'affection actuelle a débuté le 17 juin, d'une manière brus-

en

que, par de la céphalée, de rachialgie,; de la fièvre et des frissons.

Le jour de l'entrée, le malade accuse une céphalée surtout frontale, très violente, la tête complètement immobilisée ; raideur en barre de la colonne vertèbrale. Exagération des réflexes rotuliens ; réflexe des orteils en extension. Deux vomissements dans la journée. Constipation.

Fièvre, 39 degrès ; pouls à 78.

L'’anorexie est à peu près absolue depuis la veille. Prostation. Courbature généralisée.

Rate augmentée de volume ; légère albuminurie.

Ponction lombaire : hypertension marquée du liquide céphalo-rachidien. Le liquide clair, montre après centrifugation une réaction cellulaire discrète ; lymphocytes 85 p 100. Pas de microbes décelables par examen direct ni par les cultures.

L'’hémoculture est faite le même jour. Il se De broe le lendemain un germe qui présente tous les caractères du bacille typhique et paratyphique.

Séro-diagnostic à 1 p. 60 pour les bagilles tynhique et paratyphique.

e26 juin. — Apparition des premières taches rosées.

Le séro-diagnostic se montre posilif à 1 p. 450 pour le bacille paratyphique B. négatif pour le bacille d’Eberth,

HO RNN SOLROIS.

27 juin. — Disparition de la céphalée et de la raideur. Per-

HN de la prostation, de l’anorexie, de la Re 9604 M 380" 87s;

É juin. — Même état. Nouvelle éruption de taches rosées. 13827, 38048 7S:

+. juin. — Guérison.

P..., vingt-deux ans, entré à l'hôpital du Val-de-Grâce, le 15 octobre 1910.

Pas d’antécédents pathologiques.

Début très brusque, le 14 octobre dans la soirée, par un violent mal de tête, de la rachialgie, des frissons et une sensation de fièvre. Insomnie. Dans la nuit, quelques vomissements bilieux.

Le jour de son entrée : céphalée très vive, raideur du cou et de la nuque, signe du Kœærnig des plus nets. rachialgie. Photophobie, avec douleur à la pression des globes oculaire.

el —

Nausées persistantes ; deux vomissements dans la journce.

Température élevée, 39° 8, avec pouls relativement lent, à 76. Hypértrophie du foie (matité paramammaire = 14 centimètres) splénomégalie légère. Un peu de diarrhée.

Prostation, insomnie, courbature généralisée.

Pas de taches rosées. Légère albuminerie.

Le 16 octobre. Même état, On pratique une poction lombaire et une hémoculture.

La ponction lombaire montre un peu d'hypertension intrarachidienne. Le liquide, parfaitement clair, est centrifugé et ensemencé. Les cultures demeurent stériles ; réaction cellulaire intense ; lymphocytes 90 p. 100.

Hémoculture : bacille paratyphique B.

Séro-diagnostic négatif avec les bacilles lyphiques et paratvphique (à 1 p. 60).

Le 17 Octobre. — Amélioration légère.

Le 18 octobre. — La céphalée reprend. Même état par ailleurs.

Aucun changement appréciable les 19, et 20 octobre.

Eruption de nombreuses taches rosées, un peu boutonneuses.

Séro-diagnostic positif à 1. p. 400 avec le bacille paratyphique B. : négatif à 1 p. 50 avec le bacille d'Eberth.

Le 23 octobre.— Disparition des phénomènes méningés. Seuls persistent les symptômes d'infection générale, avec un peu de diarrhée jusqu'au 27.

Le 28 octobre. — Quinzième jaur, apyréxie définitvie. Convalescence normale.

Deuxième ponction lombaire le 29 octobre, légère Ivmphocytose.

H..., vingt-trois ans, entre à l'hôpital le 16 octobre.

Pas d’antécédents pathologiques intéressants. Début le 13 octobre, brusquement, par du mal de tête, des coliques sans diarrhée, de la rachialgie, de la raideur du cou, des frissons.

A l'entrée, 16 octobre : céphalée très vive, immobilisation complète de la tête et du rachis, rachialgie extrêmement intense, signe de Kærnig, photophobie, attitude en chien de fusil. Les coliques persistent, mais les selles sont normales. Nausées incessantes.

Température élevée, 39° 3 ; pouls à 88.

Prostation ; un peu de délire.

etes

Légère albuminerie. Pas de taches rosées.

Ponction lombaire : liquide clair, renfermant quelques flocons très petits ; hypertension marquée, réaction cellulaire intense, lymphocytes 95 p. 100. Pas de bacilles visibles à l'examen direct ; les ensemencements demeurent stériles.

Hémoculture : cuiture pure de bacille paratyphique B.

Séro-diagnostic négatif à 1 p. 60 pour les bacilles {yphiques et paratyphiques.

Du 17 au 21 octobre, même état. La température dessine un plateau irrégulier entre 38°2 et 4001.

Le 22 diminution des phénomènes méningés.

Le 23, apparition de tâches rosées peu nombreuses.

Séro-diagnostic positif à 1 p. 250 pour le bacille paratvphique B. ; négatif à 1 p. 60 pour le bacille d’'Eberth.

Le 25, disparition des phénomènes méningés.

Du 27 octobre au 3 novembre, la maladie suit son évolution régulière. La courbe thermique continue son plateau inégal aux environs de 3895.

Une deuxième ponction lombaire faite le 29 octobre, donne un liquide clair avec légère Ivmphocytose.

Chute brusque de température le 4 novembre : anyrexie définitive le 5, vingt-quatrième jour de la maladie. Convalescence uormale.

B..., 23 ans, entré à l'hôpital le 22 octobre.

L'affection actuelle a débuté dans la journée du 29 octobre par de la céphalée, de la rachialgie et des coliques.

A l'entrée, 29 octobre, mal de tête violent ; raideur de la nuque ; rachialgie ; signe de Kernig très accusé. Photophobie.

Pempérature, 38°7 ; pouls à 96. Légère albuminurie.

Ponction lombaire : hypertension intra-rachidienne très accusée.

Réaction cellulaire très vive, avec prédominance de lymphocytes (80 p. 100). Pas de microbes visibles à l'examen direct, les ensemencements demeurent stériles.

Hémoculture : bacille paratvphique B.

Séro-diagnostic négatif à 1 p. 60 avec les bacilles typhiques et paratyphiques.

Le 27 octobre, atténuation marquée de tous les symptômes. Température : 37 4, 3702.

ZT 18b

Le 28 octobre (neuvième jour) apyrexie et disparition des troubles morbides.

Il n’a jamais été constaté de tâches rosces.

Comme on peut le voir par ces observations, il s’agit d'une maladie qui débute par le syndrome méningé le mieux caractérisé, et qui évolue par la suite comme une infection paratyphique B. Le syndrome méningé apparait rapidement. Il débute brusquement par des frissons, de la céphalée, de la rachialgie, de la fièvre. Il est bien vite très complet et ne se différencie pas de celui d'une méningite cérébro-spinale : céphalée violente, profonde, contracture marquée de la nuque, Kernig, photophobie, douleur à la pression des globes oculaires et du crâne, constipation, bradycardie relative, nausées, vomissement, rien n'y manque. En outre, la fièvre est constante, élevée (39 à 40 °), il y a de l’anorexie, de l’insomnie, une courbalure générale. Le foie, la rate sont en général hypertrophiés, témoignant de la nature infectieuse de la maladie, Les urines sont souvent légèrement albumineuses.

Cette allure inquiétante persiste pendant quelques Jours, puis les phénomènes méningés s'atténuent et disparaissent, les symptômes généraux prenant au conaire la première place.

Le tableau clinique dès lors est celui d'une paralyphoïde B ordinaire. Elle n’est pas aggravée du fait de son début méningé.

Les taches rosées n'apparaissent que lorsque les phénomènes nerveux ont disparu.

A côté de cette forme de la pratyphoïde qui finit toujours par se révéler par l'apparition de ses symptômes ordinaires, il en est d’autres où la phase méningée conslitue à elle seule toute la maladie : La phase typhoïde n'existe pas. On conçoit combien il doit être alors difficile de poser un diagnostic (Observation IV de Saequé-

pée).

mile

Le tableau méningé impose en général la ponction

lombaire. Elle donne un liquide clair, limpide, pouvant présenter de petits flocons grisâtres. Il est hypertendu: et cette hypertension est soit modérée, soit considérable. IL existe toujours une hyperalbuminose notable. La formule cyfologique est le plus souvent lymphocytaire. La lymphocytose est d’ailleurs discrète ou abondante. Les polynucléaires y sont rares, elle est presque pure.

L’ensemencement de ce liquide est toujours resté stérile en tous les mlieux, y compris ceux qui permettent la culture du méningocoque (Sacquépée).

Le séro diagnostic à ce moment est le plus souvent négatif. Sacquépée ne l’a trouvé positif qu'une fois sur six. Mais l’hémoculture vient fournir des renseignements précis en donnant, en 2% heures, une culture pure de bacilles paratyphiques B.

Ce n’est que par la suite que le séro-diagnostic devient positif. L’incubation dans l'infection paratyphoïde B doit être assez courte, de telle sorte que les agglutinines n’ont pas le temps de se développer dans la phase d'infection latente qui précède la maladie (Sacquépée).

On voit done que sans la ponction lombaire et surtout sans l’hémoculture, ce diagnostic serait à peu près impossible, car l'affection simule à s'y méprendre les états méningés méningococciques, el les états méningés d'origine indéterminée. Nous ne croyons pas d’ailleurs que ces derniers puissent être considérés comme des états méningés paratyphiques. L'hémoculture ayant été toujours négative dans ces cas.

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