CHAPITRE XIHI
Etats méningés d'origine otique
Les suppurations de l’oreille se compliquent souvent d'accidents méningés. — Ces suppurations peuvent d’ailleurs elles-mêmes se développer au cours des maladies infectieuses et expliquent alors comme nous l’avons vu, certains états méningés (dans la pneumonie, par exemple).
L'infection des méninges d'après Lannois et Perretière se fait de trois façons : 1° Par la voie canaliculaire et vasculaire (conduit auditif interne, acqueducs) ; 2° par voie osseuse (carie du temporal, effraction de la paroi en ses points de moindre résistance ; 3° par ouverture d’une collection purulente dans la cavité arachnoïdienne.
De cette façon peuvent se développer des méningites purulentes ou séreuses, microbiennes ou aseptiques. — On sait aujourd'hui, après avoir longtemps tenté d'’essayer d'opposer ces deux formes qu'il n'y à en réalité aucune opposition à établir entre elles. — IT n'y a pas une différence de nature, il n’y a qu'une différence de degré.
Cliniquement elles se traduisent par des symptômes communs, la ponction lombaire seule permet de les différencier.
Parmi les observations que nous avons pu réunir, peu sont complètes au point de vue bactériologique. Il est donc imposible de dire si elles sont septiques ou asep-
OL
tiques. Nous avons pu en recueillir où des examens bactériologiques consciencieux n’ont pas permis de déceler le moindre microbe. Nous y avons joint un cas recueilli dans le service de M. le Prof. Ardin-Delteil.
OBSERVATION
ARN. KNapP. — Arh of. otology.vol. XxXxI n° 6.
Otite moyenne purulente avec Complication intra-cranienne, ponction lombaire. Guérison.
Jeune fille de 16 ans. Otorrhée à la Suite d’une scarlatine. Opéralion extra-durale, Guérison.
Un mois après. Syinplômes méningés. Une ponction 1ombaire évacue un liquide très troœuble dont la cytologie n’est pas indiquée mais qui ne contient pas de microbes. Guérison.
RisT. — Société médicale des Hôpilaux, 19 juillet 1906
Rist a observé des épanchements puriformes aseptiques chez des Sujets atteints d’otite suppurée.
MASSARY ET WEILL. — Soc. méd. des Hôp. 1907.
Réaction méningée aseptique au cour d'une otite moyenne suppurée. Intégrité des polynucléaires. Guérison.
B. E., 40 ans garçon de cuisine, entré le 12 août 1907. Salle Corvisart (Hôpital de la Charité) dans un état d’obnubilation complète.
Après quelques jours de prodromes. Le malade est dans un état de prostration très marquée. Syndrome méningitique complet. ; :
Atütude en chien de fusil, céphalée, raideur de la nuque, Kernig, raie méningitique, constipation opiniâtre, tradycardie (54 pulsations, température 38° 9.
Liquide céphalo-rachidien, hypertendu louche, puriformé, polynucléaires intacts, pas de microbes décelables à l'examen direct, par culture très variées aérobies et anaérobies ou par inoculation au cobaye. |
Paracentèse du tympan gauche. Guérison.
Dire S
Service de M. le Prof. ARDIN-DELTEIL
Etat méningé d'origine otique. Réaction méningée à po-. lynucléaires intacts. Guérison. Ün mois plus tard, méningite. à polynucléaires altérés : mort.
André Jos.…, 29 ans, entré salle Trousseau n° 37 avec le diagnostic de méningite. Le 29 janvier 1911.
Rien dans les antécédents héréditaires, à la suite d’un furoncle du conduit auditif.
Depuis 10 jours. 1% janvier. — Le malade souffre de l'oreille droite.
En outre céphalées, fièvre, délire, constipation.
À l'examen, syndrome méningitique net, céphalée intense, empêchant le malade de prendre le moindre repos, raideur de la nuque, pas de Kernig, raie méningitique nette. Contractures des membres supérieurs. Pas de Babinsky.l Les réflexes rotuliens, achilléens sont exagérés, au membre supérieur les réflexes sont brusques.
Du côté des yeux, les pupilles sont irrégulières, les réflexes photo-moteurs sont lents, incompiets. ;
A l'examen du fond de l'œil, veines turgescentes. (D' Trabut). ‘ si
Examen de l'oreille. — (D Aboulker Henri). — Le furoncle initial est guéri. Le conduit auditif présente une chute de la paroi postérieure, carie de la caisse. Le Romberg pa-. raîit positif.
L'irrigation d’eau hate à droite et à gauche à peu d’action sur le côté correspondant. L'irrigation d’eau froïde dans l'oreille gauche, fait paraître à droite (oreille malade) des secousses nystagmiques horizontales amples et régulières.
L'épreuve de rotation provoque quelques secousses nystagmiques à gauche et à droite. après 60 tours.
Légère diminution fonctionnelle du labyrinthe droit. :
Ponction lombaire : Liquide louche, lactescent. —’Soustension normale. — Légère hÿpéralbuminose. |
Après centrifugation : culot abondant puriforme.
Examen cytologique : Polynucléose. Les polynucléaires très abondants sont intacts. — Ils ont conservé leur contour net et leurs affinités tinctoriales. —
L’ensemencement de ce Dès sur gélose et en bouillon peptoné reste stérile.
Il a été fait quatre autres one lombaires, le 21, 28,
27 Janvier. — Elles ont donné les mêmes résultats.
À la suite de ces ponctions, les symptômes diminuent progressivement d'intensité : le malade sort guéri, le 20 février.
Le 15 Mars il retourne à l'Hôpital :
Le 11 Mars, brusquement, il a été pris de douleurs dans les reins et dans les cuisses. — Les céphalées violentes ont reparu, ainsi que la fièvre.
A l'examen, même tableau clinique que la première fois. — L'examen des yeux en particulier donne les mêmes renseignements. .
La ponction lombaire révêle un liquide puriforme à polynucléaires altérés cette fois.
Le 16 Mars l'état s'aggrave : — Les symptômes se précisent, il y a du Kernig frès marqué. —Le pouls bat à 120. — La-température est à 39°. — Le malade est revu
par NM Aboulker. Opération. Mort.
ARN, KNapP. Arch. of. olology, Vol. XXXIN, n° 6.
Jeune fille de seize ans, avant une double otorrhée depuis une scarlatine à seize ans, avec surdité complète, elle présente en outre les stigmates de syphilis héréditaire.
À l'opération du côté gauche, nécessitée par l'apparition de troubles aigus du côté de mastcide, on trouve de la carie osseuse, du chclestéatome, une perforation du canal semicirculaire externe, une fistule du toit de l’antre avec abcès extra-dural.
Un mois plus lard, après qu'on avait curellté des granulations dans la profondeur de la plaie, les accidents réapparaissent ; céphalée, nausées, frissons, etc. Une ponction lorubaire évacue un liquide très trouble dont la cytologie n'est pas indiquée, mais qui ne paraît pas contenir de bactéries. Peu à peu, après un état grave de plusieurs jours, tout s'atténue et la malade gutrit.
NEUMANN. Soc. Autrichienne d'otologie, 28 janvier 1907.
Jeune femme, vingt-trois, est opérée d'otite moyenne suppurée chronique gauche, pour carie complète de la paroi interne de la caisse. Examen fonctionnel avant l'opération ;
voix haute 0,10 ; voix chuchotée, 0, Diapason A n'est pas
entendu. Limite supérieure abaissée. Gamme continuelle des sons permet de constater une surdité complète. Nystagmus spontané bilatéral, plus prononcé du côté malade.
A part un peu de céphalée, la malade va bien et quitte l'hôpital au bout de dix jours. Trois jours plus tard, elle y est ramenée avec vertiges, céphalte, vomissements, troubles de la connaissance, rigidité de la nuque, haute température, inexcitabilité de l'appareil vestibulaire, grand nystagmus du côté sain. Diagnostic ; labyrinthite. A l’opération on trouve du pus fétide dans le labyrinthe, des granulations, un petit séquestre près des canaux semi-circulaires. Après l'extraction de ce séquestre, une fistule conduit vers le canal postéireur. On enlève de même la paroi postérieure du vestibule sequestré. Incision de la dure-mère de la fosse cérébrale postérieure, qui laisse échapper un liquide louche. La ponction lombaire donne un liquide louche avec un sédiment riche, mais sans microorganismes.
Quelques jours après l'opération, surdité complète à gauche. La méningite a été arrêtée au début par l'intervention rapide.
LAPOINTE, Rapport Legneu à la Soc. de Chirurgie 1907.
Jeune femme de vingt et un ans, atteinte depuis trois ans d’un écoulement de l'oreille droite, est prise, à la suite d’un refroidissement, de douleurs irradiées dans tout le côté droit, avec fièvre et frissons ; quinze jours plus tard, rachialgie intense. Pas de modification de la région temporomastoïdienne. Malade très abattue, couchée en chien de fusil sur le côté gauche, elle saisit bien les questions et y répond clairement. Pas de paralysie oculaire, pupille normales nuque raide et céphalée occipitale avec douleur surtout localisée dans le dos, le long du rachis ; pas de paralysie ni contracture, pas de Kernig. Deux vomissements en quarantehuit heures. T. : 38°. 4 p.92:
Ponction lombaire : liquide d'aspect purulent sous tension normale. Para aires, 95 pour 100. Lymphocytes 5) pour 100. Pas de microorganismes.
Intervention immédiate. Antre large, plein de pus fétide avec cholestéatome. Evidement de la caisse, plafond intact mais perforation de la gouttière sigmoïde et ablation de deux pelits séquestres. Immédiatement du pus s'écoule pro-
venant d’un abcès extra-dural situé contre le genou du sinus. Ce dernier est mis à nu ; bien qu'il dans le pus, ül parait sain et on he constate à son voisinage aucune trace de perforation durale. Lapointe ne croit pas devoir. s’en tenir là, ik dénude la dure-mère en dehors du sinus, sur une étendue de 2 centimètres. Une incision durale pratiquée à ce niveau donne issue à deux cuillers à café de pus fétide.
Revue cinq mois plus tard, la malade était CAES guérie.
Dans ces cas de méningites otogènes aseptiques, on devra se contenter de la ponceiton lombaire répétée et surtout se garder de faire une injection intrarachidienne colloïdale ou autre, qui ne ferait qu'aggraver les accidents (de Massary et Weïel), Mais le plus souvent on sera obligé de recourir à la suppression du [Qu infectieux causal.
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