CHAPITRE V
Syndromes méningés dans l’urémie
La ponction lombaire a été fréquemment pratiquée chez les urémiques ; elle a montré surtout l'excès d'urée dans le liquide céphalo-rachidien, rarement une réaction leucocytaire (Widal et Froin, Carrière, Marie et Guillain).
Cependant de Fonthbonne a pu réunir quatre observalions où il existait un syndrome méningé peu net avec ou sans fièvre, mais avec réaction cellulaire marquée. — la première est due à Lépine qui posait la question de la méningite urémique sous forme dubitative seulement.— Depuis, les observations publiées en France sont restées bien rares. |
Ce sont celles de Chauffard (urémie éclamptique aiguë et lfébrile, sans signe clinique bien net de méningite, existence d’une polynueléose rachidienne abondante, de courte durée, accompagnée de notable rétention uréique dans le liquide céphalo-rachidien. (1 g. 08 pour 1099) de fièvre, et auboutissant à une guérison rapide). Celle de Caussade et Willette (syndrome méningé peu précis, non fébrile, liquide céphalo-rachidien aseptique, urée augmentée 0,40 p. 1000).
Mosny et Pinard (observation complexe, d'interprétation très douteuse, urémie chronique chez un saturnin avec polynu cléose passagère : à l’autopsie, hémorragie cérébrale ; Nappe histologique d’hémorragie méningée. — La multiplicité des lésions, l'absence de dosages de
Pine
l’urée rendent cette observation peu probante). Enfin celle de Massary et Sézary (urémie chez un suturnin: Observation trop peu concluante).
Dans tous ces cas il y eut polynucléose pure (Lépine) ou s’accompagant d'une légère Ilymphocytose (Chauffard, Caussade et Willette). Toujours les polynucléaires avaient conservé leur finesse de structure et leurs affinités tinctoriales normales. — Enfin tous ces épanchements étaient aseptiques.
Malgré ces documents encore bien peu nombreux, la question des états méningés dans l’urémie reste douteuse « sur le terrain anatomo-pathologique, et ne l’est guère moins en clinique, étant donnée l’analogie très grande que peuvent présenter les syndromes méningés relevant de l'infection ou de l’intoxication » — Chauffard, Caussade et Willette se sont demandés si l’afflux leucocytaire et la congestion méningée n'étaient pas dûs à la présence de poisons urémiques dans le liquide cé-
WipaL ET FROIN. L'urée dans le liquide céphalo-rachidien des brightiques. Soc. de Biologie. (22 octobre 1904 p. 239).
CARRIÈRE. Etude sur le liquide céphalo-rachidien dans l’urémie nerveuse. Soc. de Biol. (29 juillet 1906) p. 239.
MaARIX ET GUILLAIN. Céphalée brightique traitée par la ponction lombaire. Soc. Méd. des Hôp., (3 mai 1901).
LÉPINE. « Existe-t-il une méningite urénique » aiguë. Semaine méd. (31 juillet 1907, p. 361).
CHAUFFARD. Urémie aiguë en polynucléose rachidienne. $Semaine méd. (nov. 1907, p. 541).
CAUSSADE ET WILLETTE. Urémie convulsive et comateuse. Soc. Méd. des Hôp. (24 juillet 1908).
MosNY ET PINaRD. Urémie chronique et leucocytose céphalorachidienne. Soc. Méd. des Hôp. (1911).
DE MAssSARy ET LEZARY. Urémie convulsive avec polynucléose rachidienne. Soc. Méd. des Hôp. Discussion de l'observation précédente. (1908).
phalo-rachidien et de plus à l’hypertension. — Mais de
nouvelles ponctions pratiquées par Chauffard chez ces . urémiques sont restées négatives au point de vue cyto-
logique. — Au contraire, Chauffard et Vincent ont pu
démontrer par la suite que les syndromes méningés. fébriles de certaines urémies aiguës relevaient d’une
autre cause que la toxémie, en particulier d'une infec-. tion surajoutée. — Ils ont noté, en effet, la superposition
à une urémie nerveuse azotèmique, d'une méningite
paneumococcique, et cela malgré la présence de polvnu-
cléaires inaltérés dans le liquide céphalo-rachidien.
OBSERVATION
CHAUFFARD ET VINCENT. Soc. Méd. des Hôp. 15 avril 1910
S... femme de trente-six ans, ménagère, entre à Ihôpital Cochin, salle Delpeuch, n° 1 pour des vomissements.
Le début de l'affection qui l'amène à l'hôpital parait remonter au milieu de l’année 1908 A ce moment, elle ressentit de légers troubles gastriques : pesanteur, renvois acides après le repas.
La conclusion du premier examen est celui-ci : gastrite et gros foie éthylique d'une part, néphrosclérose d’origine indéterminée d'autre part. La malade est soumise au régime lacté et aux alcalins.
Le quatrième jour après l'entrée, vers 10 heures du soir, elle fut prise brusquement de crise épileptiformes pour lesquelles J’interne de garde fait une saignée, et elle tombe dans le coma. Le 28, au matin, la malade présente les phénomènes suivants : une inconscience absolue, une respiraion de Cheyne-Stokes [\pique, des mouvements {ranveraux lents des glebes oculaires comme on en voit dans les états méningés, le signe de Babinski des deux côtés, et, chose singulière au cours d'un état qu'on devait qualifier d'urémique, une température de 39 degrés ; enfin des vomissements survenant de temps à autre et une incontinence d'urine qui rend impossible toute analyses d'urine. Les autres fonction nerveuses paraissent normales, les réflexes tendmeux sont normaux, il n'existe pas de Kernig, les pupilles réagissent à la lumière.
Dans l’après-mid, deux ponctions lombaires sont pratiquées ; la témpérature s'élève à 3905, puis le lendemain à 40 et la malade succombe,
En résumé, l’autopsie révélait avant tout une altération rénale ancienne avec son corollaire ordinaire, un gros cœur.
Ponction lombaire. — 28 février. — Le liquide s'écoule en gouttes rapides, est plus albumineux que normalement et clair. Polynucléaires intacts. (Contours protoplasma et novau intacts). En cultures pneumocoques peu virulents : une souris blanche inoculée sous la peau ne imeurt pas.
Cette observation montre la nécessité de recourir, pour l'analyse pathogénique, à un triple critérium clinique, cytologique et bactériologique, que l’on ne peut pas invoquer dans les observations que nous avons relatées : tantôt le dosage de l’urée, tantôt l'examen bactériologique faisait défaut. Il semble done que « la question des urémies fébriles aiguës est à reprendre avec cette notion qu'intoxication et infection ne s’excluent pas, peuvent s'associer, et sont décelables chacune par leurs stigmates particuliers ». (Chauffard et Vincent.) De même cette observation montre la nécessité de soumettre au contrôle le plus minutieux les faits de polynucléose rachidienne dans l’urémie. « L'examen bactériologique en particulier doit toujours être complet, et il ne suffira pas, pour exclure l'infection de constater l’état sain et non cytolysé des polynucléaires. La notion des polynucléoses aseptiques à polynucléaires sains, conserve toute sa valeur, mais à condition que l'infection ait eu une durée clinique suffisante, pour permettre au conflit des microbes et des leucocytes de produire des effets cytolysants. » — Dans les cas suraigus comme celui de ces auteurs (Chauffard et Vincent) le polynucléaire bien que relevant de l'infection peut en effet rester inaltéré.
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