PATHOGÉNIE
ANATOMIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE. — La face inférieure du calcaneum porte à sa partie postérieure deux tubérosités : externe et interne, celte dernière plus volumineuse où viennent s’'insérer les muscles court féchisseur plantaire et adducteur du gros orteil ; l’externe plus petite donne atlache au muscle abducteur du petit orteil. En avant de ces deux tubérosités s'étale une surface rugueuse qui se termine par la tubérosité antérieure. |
L’exostose sous-calcanéenne, quand elle est unique, siège généralement à la tubérosité interne : double, elle s’implante sur les deux tubérosités : si elle est triple, comme dans un cas signalé par Jœger, la troisième est implantée un peu en avant, sur la surface rugueuse. Elle est quelquefois bilatérale : nous en avons un exemple que nous devons à l’'amabilité de M. le professeur Soubeyran.
La forme de l’exostose est variabls : tantôt -C'est un éperon à base calcanéenne large, à sommet antérieur effilé, le «calcaneussporn » des Allemands ; tantôt c’est une courte lame osseuse aplatie de haut en bas. Reclus à, dans un langage expressif et imagé, décrit la forme de lexostose sous-Calcanéenne, telle que la découvre lPintervention sanglante. « L'aspect de l’exostose, écrit-il, Change quand on peut la palper et la voir; elle n’est pas arrondie mais aplatie de haut en bas : sa base d'implantation mesure 2 à
qe
3 centimètres, elle est lanellaire et s’avance au milieu des insertions aponévrotiques et musculaires. Elle ne ressemble pas du tout à la verge du chien (image radioscopique) mais plutôt à un outil de menuisier, la varlope où lexostose serait figurée par la lame d'acier à arêle antérieure vive qui, large et courte, se détache du bois de l'instrument ».
Dans plusieurs cas signalés par Baër,-la base de lexostose au contraire s'avancerail vers les muscles de la plante reliée au Galcaneum par une sorte de pédicule.
Eofin, un très grand nombre d’exostoses ne sont qu'ébauchées : il semble qu'elles ne soient alors que l'exagération de la tubérosité calcanéenne.
En plus de ces lésions, le calcaneum présente généralement d’autres altérations, soit une augmentation de volume dans le:sens transversal, soit un épaississement total dû à une véritable « calcanéite ossifiante », soit encore une aspérilé particulière de sa surface comme parsemée de fines aiguilles osseuses. :
Suivant la cause qui les a .déléerminées, la structure de ces exostoses diffère ; les unes sont constituées par du tissu osseux normal, d'autres présentent des lésions d'ordre inflammatoire.
ETIoLOGIE. — Les exostoses sous-calcanéennes sont loin d'être une rareté : en l'espace de quelques mois Reclus et Schwartz en ont observé quatre cas. ;
. De ‘plus, il faut tenir compte du nombre important d’exostoses indolores qui ne se manifestent que par des
symptômes très légers, et qui demeurent méconnues. ‘
Reclus examinant les radiographies prises aù hasard a trouvé 12 exostoses sous-calcanéennes plus où moins marquées depuis le simple éperon jusqu'à lexostose longue et pointue : il a examiné ensuite les squelettes de l'Ecole pratique, sur 100 calcaneums qu’il passa en revue, il en trouva 9 dont la tubérosité plantaire était tréssaill ante et
ne 2 14 dont la tubérosité était très saillante et possédant tous les caractères de l’exostose : dans un examen plus minutieux, il parvint à classer tous les intermédiaires entre une saillie tubérositaire à peine ébauchée et lexostose typique.
Labernadie a pu examiner la série de calcaneums de l'Amphithéâtre des Hôpitaux et sur 42 calcaneums en a trouvé # avec exostose lypique et 7 avec exagération de la tubérosité.
On arrive donc à une moyenne de 20/100 d’exostoses typiques et 20/100 de déformations plus ou moins accusées de la tubérosilé interne.
Elles sont plus fréquentes chez l'homme que chez la femme : sur 60-observalions assemblées et publiées par Reclus, il ne s’y trouve que six Cas se rapportant au sexe féminin. Cependant sur trois observations inédites que nous publions, il y a 2 femmes.
L'âge ne parait avoir aucune influence sur la genèse de celte maladie. I n’en est pas de même de la profession ; lexostose douloureuse est le malencontreux apanage des travailleurs qui exercent un métier fatigaut qui exige de. longues marches ou d’interminables stations debout ; elle à été très justement dénommée Ia maladie des garcons de
café ou des sergents de ville.
CAUSES QUI CRÉENT LA MALADIE. — Lehr attribuait au pied plat la formation de l’exostose ; il prétendait qu'à lépoquedelacroissance parsuite de l’éffondrement plantaire les aponévroses tiraient plus violemment sur leurs insertions et finissaient par irriter le périoste : celui-ci donnerait alors des végétations cartilagineuses qui plus tard s'ossifieraient. Il est exact que l’exostose coexiste souvent avec le pied plat : mais il nous semblérait plutôt que le pied plat soit la résultante de l’exostose : pour éviter loute douleur, le malade marche sur l’avant-pied qui supporte ainsi tout
LRU ES le poids du corps d’où affaissement de la voûte plantaire.
Nons ne citons que pour mémoire les théories de l’'arthritisme et de l’arterio selerose qui nous paraissent peu sérieuses.
Les exostoses en général pourraient se classer en trois catégories : ostéogéniques, infectieuses et traumatiques. Trois théories correspondant à chacun de ces groupes se sont élevées pour expliquer la production des exostoses sous-Calcanéennes.
12 Origine ostéogénique. — Le calcaneum se développe par trois points d’ossification : Un point primitif qui apparaît à la partie moyenne de los cartilagineux vers le quatrième ou cinquième mois de la vie intra-utérine : deux points secondaires qui n'apparaissent que de sept à dix ans et qui constituent les deux tubérosités postérieures de la face inférieure du calcaneum. Ces deux points épiphysaires se soudent au point primitif de seize à vingt ans. Chrysopathes pense qu'un noyau Carlilagineux, isolé en plein tissu osseux s'ossifieraitultérieurement en formant des exostoses, ou bien qu'un noyau secondaire serait, gràce à la traction des muscles et des liganents de la plante, attiré pour ainsi dire sous le calcaneum jusqu'à former dans certains cas
un prolongement qui n'estautre que l'éperon. Cette théorie
très séduisante n est malheureusement pas démontrée.
2 Origine infectieuse. — En premier lieu, se place la blennorragie. Baër, dans trois observations inémorables que nous relatons plus loin, à montré neltement que l'infection gonococcique était en cause : dans les trois cas. illa découvert dans les tissus même de l’exostose ou dans les tissus avoisinant la IGsion, la présence de gonocoques ou de cocci ressemblant au gonocoque.
Mais la présence elfective, rigoureusement démontrée