‹ Contribution à l'étude des fibromes du cordon spermatiqueChapitre 5 sur 9 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Le fibrome du cordon est unique, sauf dans le cas de Fergusson et dans celui d’ANDRY où la tumeur était double. Ses dimensions sont variables. Dans la plupart de nos observations, la tumeur au moment de l'opération avait acquis le volume d’un gros poing ; il n’en a pas toujours été de même : dans l’observation de Dubois, d’Abbeville, le fibrome avait seulement le volume d’un gros œuf d’oie ; dans celle de Fergusson, comme il le dit lui-même: « la tumeur était extrêmement volumineuse ». Le poids varie naturellement avec le volume de la tumeur ; celle de Bruneau et Condo pesait 190 grammes, celle d’ANDRY, 1.125 grammes, la nôtre, 370 grammes.

Le siège de la tumeur n’est pas constant ; si nous divisons le trajet du cordon spermatique en deux parties : la première qui s’étend de la queue de l’épididyme à l’orifice externe du canal inguinal et que nous appelons partie scrotale ; la seconde qui comprend tout le trajet du canal inguinal et que

nous appelons partie inguinale, nous constatons que la tumeur siège beaucoup plus souvent sur la portion scrotale que sur l’autre portion, dans la proportion de 8 sur 9. Dans une seule observation, celle de Bruneau et Condo de Satriano, elle a débuté dans le canal inguinal.

Quel que soit le point de départ, il est toujours possible de retrouver le cordon. Si 1a. tumeur se développe dans les bourses, elle laisse libre la plus grande partie du cordon qui l’aborde par son extrémité supérieure ; il est facile de le reconnaître. Si la tumeur est trop volumineuse et ne peut se loger dans les bourses, elle remonte vers la partie supérieure jusqu’à l’orifice externe du canal inguinal, comme dans l’observation de Fergusson. Le cordon, dans ce cas, est plus difficile à trouver; il faut le chercher au pourtour de la tumeur. Exceptionnellement, la tumeur prend naissance dans le canal inguinal, mais n’y reste pas cantonnée. Elle sort à la façon d’une hernie sous l’influence de l’effort et de la toux, se réduit facilement jusqu’au moment où toute réduction devient impossible, par suite de son énorme développement. C’est ici, à la partie inférieure, que nous pourrons retrouver le cordon. Dans le cas de Dubois, d’Abbeville, le cordon a pu être reconnu à son entrée et à sa sortie de la tumeur.

Le développement de la tumeur se fait d’une façon régulière, mais très lentement; elle met plusieurs années à acquérir le volume du poing. Elle

est indolore spontanément ou à la pression. Elle ne détermine aucun trouble fonctionnel ; mais il peut arriver un moment où le coït devient difficile, même impossible, par suite du développement énorme qu’a pris la tumeur. Les phénomènes de gêne et de pesanteur, que l’on a notés chez la plupart des malades, sont des phénomènes d’ordre physique qui sont occasionnés par le poids de la tumeur, et que l’on pourrait faire disparaître par le port d’un suspensoir.

Macroscopiquement, la tumeur se présente sous l’aspect d’une masse régulièrement arrondie, com*plètement lisse, dure, de consistance ligneuse, sans fluctuation, sans transparence, sans adhérences à la peau du scrotum, qui présente son aspect normal, sans lacis veineux superficiel, sauf dans le cas d’Aubry, où « la peau était sillonnée de grosses veines. » Elle est entourée d’une capsule fibreuse, dense, épaisse, qui l’isole complètement des organes voisins.

Le testicule et l’épididyme sont sains : ils ont conservé leurs dimensions et leur consistance normales. Ils sont accolés contre la tumeur et contractent assez souvent avec elle des adhérences. Leur situation, par rapport à la tumeur, est variable ; ils sont situés tantôt en avant, tantôt à la partie inférieure, tantôt à droite ou à gauche du fibrome.

Le cordon est le plus souvent augmenté de volume ; arrivé sur la tumeur, il se dissocie en ses divers éléments ; le canal déférent seul s’enfonce dans celle-ci. On peut le suivre pendant quelques centi-

mètres, parla dissection, à l’intérieur du néoplasme; le plus souvent, après un trajet plus ou moins long, il disparaît, et il est impossible de trouver son abouchement avec la queue de Fépididyme.

A la coupe, ces tumeurs se présentent sous l’aspect d’un tissu blanc-nacré, sec, dur, criant sous le scalpel, à fibres concentriques ou entrecroisées. Le raclage ne ramène aucun suc. Dans l’intervalle des faisceaux fibreux se trouve un tissu de coloration plus foncée. La surface de section présentait, dans le cas de Bruneau et Condo de Satriano, des cavités kystiques à contenu puriforme.

Au microscope, l’ensemble de la tumeur est constitué par des faisceaux conjonctifs épais, tassés les uns contre les autres, en général ondulés, disposés d’une façon concentrique ou entrecroisés. Ce tissu conjonctif renferme des éléments cellulaires en nombre très variable.

La vascularisation n’est pas la même dans tous les cas. A côté des vaisseaux sanguins se trouvent des canaux lymphatiques que l’on reconnaît à leur structure et à leur contenu; ils renferment, en effet, une masse grumeleuse, due à la coagulation de la lymphe, et dans cette masse on trouve des leucocytes.

Les vésicules graisseuses sont en plus ou moins grand nombre.

Le fibrome du cordon peut subir, comme dans toutes les autres parties du corps, des dégénérescences diverses qui sont la transformation muqueuse, séreuse, graisseuse et même calcaire.

Cette tumeur, bénigne de sa nature, peut subir l’évolution sarcomateuse ; elle peut être frappée d’inflammation, de gangrène.

Le développement du fibrome se fait sans retentissement sur l’état général, ni sur le système ganglionnaire.

Nous avons vu, au point de vue histologique, les différents éléments qui entrent dans la constitution du fibrome. Se présentent-ils toujours dans les mêmes proportions ?

Si nous relisons l’étude microscopique des différentes observations que nous possédons, toutes sont unanimes à reconnaître l’abondance des fibres conjonctives et l’absence du tissu élastique.

Quant aux éléments cellulaires, leur quantité est variable. Nulle part ils ne sont aussi nombreux que dans notre observation. Cette abondance tient probablement à ce que la tumeur n’avait pas acquis ses proportions définitives. Elle était encore en voie d’accroissement et aurait acquis un volume beaucoup plus considérable peut-être, si l’opération avait été retardée.

La vascularisation, tantôt riche, tantôt pauvre, varie d’une observation à l’autre. De même le nombre des cavités lymphatiques. Quant aux vésicules adipeuses, elles existent toujours en très grand nombre.

Il nous reste à parler d’un point intéressant. Quels sont, parmi les éléments du cordon, ceux qui donnent naissance à la tumeur?

Voyons d’abord ce qu’on entend par cordon, et quels sont les éléments ’qui entrent dans sa composition?

D’après Testut, on désigne en anatomie topographique, sous le nom de cordon spermatique, l’espèce de pédicule auquel se trouve suspendu le testicule. Il comprend le canal déférent, des veines et des artères, le tout réuni par un tissu conjonctif, reste du canal vagino-péritonéal, et entouré d’une membrane fibreuse. Il a comme limite, à la partie supérieure, l’orifice interne du canal inguinal ; à ce niveau, ses divers éléments se dissocient pour suivre, dans la cavité abdomino-pelvienne, un trajet différent pour chacun d’eux.

Autour de la membrane fibreuse, se trouvent les quatre couches que l’on rencontre au niveau des bourses : crémaster, couche celluleuse, dartos et peau. Ces enveloppes s’arrêtent au niveau de l’orifice externe du canal inguinal, dans lequel le cordon pénètre seul.

Ceci étant posé, d’où vient la tumeur? Jusqu’à présent, on a considéré le tissu conjonctif, qui réunit les différents éléments du cordon, comme étant le point de départ du fibrome. Nous partageons cet avis et nous pensons que ce dernier tissu est seul en cause.

En effet, si les enveloppes intervenaient dans la formation de la tumeur, il aurait été impossible de les isoler, comme dans l’observation de Dubois, d’Abbeville ; pourquoi, d’un autre côté, la tumeur

aurait-elle débuté à l’intérieur du canal comme dans l’observation de Bruneau ‘et Condo de Satriano, puisque à ce niveau les enveloppes manquent, le cordon étant réduit au canal déférent, à ses vaisseaux réunis par le tissu conjonctif, et à son enveloppe fibreuse? Une tumeur ne peut pas prendre naissance aux dépens d'un tissu là où ce tissu n’existe pas. Enfin, les éléments du tissu conjonctif que nous trouvons dans le fibrome, sont une dernière preuve que cette néoplasie est formée aux dépens de ce tissu.

La capsule fibreuse, qui entoure la tumeur, n’est peut-être pas autre chose que la membrane qui entoure le cordon. Sous l'influence de l'irritation produite par le développement de la tumeur, cette membrane s'est épaissie, elle s'est accolée au néoplasme auquel elle adhère intimement et s’est développée au fur et à mesure que celui-ci grandissait.

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