OBSERVATION VII
Fièvre intermittente négligée. — Accès pernicieux ; perte complète de connaissance; insen- Sibiité absolue ; résolution des membres. Mort dans le coma 1? heures après.— Autopsie.— Gongestion des méninges et de l'encephale, — Sérosité rougeâtre dans les ventricules.
(Thèse du D' Ouranow.)
Gérard, soldat au 37° de ligne, âgé de 29 ans, en Afrique depuis cinq ans, est doué d'une excellente constitution qui lui a permis de supporter sans la moindre indisposition la fatigue d’une longue expédition. à
De retour dans sa garnison, il ft quelques excès, commit quelques imprudences, et ne tarda pas à contracter des accès de fièvre intermittente tierce, qu'il négligea.
Le 27 juillet au matin, se sentant un peu affaibli, il prit avec ses camarades deux petits verres d'eau-de-vie pour se donner du ton ; mais bientôt il fut pris d’un violent mal de tête qui le força à se coucher. Deux heures après, comme on allait l'éveiller pour déjeuner, on le trouva sans connaissance, et il fut transporté à l’hôpital. — Voici quel était son état à son arrivée. Perte complète de connaissance, insensibilité sbsolue, résolution des membres ; pouls très irrégulier, tantôt petit et presque imperceptible, tantôt se relevant brusquement et offrant pendant quelques pulsations beaucoup de fréquence et de dureté.— État vultueux de la face, respira-
, tion stertoreuse et bruyante; lèvres violacées, un peu d'écume rougeñtre ; la langue est d’uno teinte foncée et se dévie du côté droit; la tête pencho aussi du même côté; la pupille est largement dilatée. On diagnostique un accès pernicieux paralytique, et l'on fait la prescription suivante : — Potion avec sulfate de quinine 28,40, à prendre en deux fois ; 20 sangsues derrière l'angle de la mâchoire, 10 de chaque côté promener en même temps des sinapismes aux membres inférieurs,
Le sulfate de quinine ne peut être ingéré, le malade le rejette à mesure qu'on le verse dans la bouche. On l’administre en lavement, à la dose de 3 gram. ; fomentations froides sur le front, vésicatoires aux mollets.
Mais biontôt la respiration s’embarrasse de plus en plus, les extrémités deviennent froides, le malade meurt dans le coma, à 8 h. du soir.
AurTorsie douze heures après la mort. — On trouva les sinus de la dure-mère gorgés d'un sang noir et poisseux; tous les petits vaisseaux qui rampent dans l'épaisseur des méninges cérébrales, violemment congestionnés, laissaient couler à l’incision le sang qui les avait distendus; la substance grise offrait une teinte rougâtre, les coupes dû cerveau présentaient cet aspect sablé que l’on regarde comme le signe évident de la congestion, et laissaient perler de toutes parts de petites gouttelettes de sang. Deax cuillerées au moins de sérosité rougeâtre distendaient les veutricules latéraux.
La moelle épinière offre les mêmes lésions, tant dans ses méninges que dans son tissu propre ; seulement, ici, nous constatons de plus un véritable épanchement sanguin .qui, commençant un peu au-dessous du bulbe, se prolonge environ 5 à 6 centim., sous forme de traînée momiliforme.
Les poumons sont gorgés de sang noir, ainsi que le cœur et les gros vaisseaux, qui sont distendus par ce liquide, comparable, pour l’aspect et la consistance, à celui que l'on trouve chez les personnes qui ont succombé à l'asphyxie, et n’offrant que des caillots mollasses, difluents et poisseux.
La rate est énorme, ramollie, facile à déchirer, se laissant pénétrer avec le doigt sans aucune peine, et le liquide qu’elle renferme est tout à fait analogue ; son tissu nous à même paru déchiré vers son tiers supérieur, et contenir un véritable foyer apoplectique ; mais comme ses adhérences ont été détruites sans précaution, nous n'oserions pas affirmer que ce n’est pas la conséquence des efforts de traction opérée par l’infirmier qui nous servait d'aide. ;
OBSERVATION VIII. 4 Aphasie durant un accès de fièvre intermitteute. (D Vian. — Note hygiénique et mé-
dicale sur l’Attique, in Progrès Médical, 1870, n° 16.)
Il nous a été donné d'observer, à Athènes, le curieux fait suivant, provoqué par l'influence paludéenne. Il s’agit d’un pope qui était depuis longtemps sujet à des
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accès de fièvre intermittente. Bien que vaquant chaque jour à ses occupations, il ressentait cependant, tous les deux jours, un frisson suivi d’un sentiment de lassitude générale, mais qui ne l’obligeait pas à garder le repos. Un matin, il se leva pour aller accomplir une cérémonie religieuse ; au milieu de la cérémonie, il perdit subitement connaissance et fut transporté à l'hôpital.
En revenant à lui, il avait perdu l’usage dela parole, tout en conservant son intelligence intacte. Lorsqu'on l’interrogeait, il répondait par signes. Les antécédents du malade étaient connus : le sulfate de quinine fut administré, et l’on vit, sous son influence, céder comme par enchantement cette aphasie passagère. C’est ici le cas cas de citer l’adage bien connu: Naturam morborum curationes ostendunt.