CHAPITRE PREMIER
DÉFINITION. — HISTORIQUE. — ÉTIOLOGIE,
Les fièvres typhoïdes constituent un groupe d’affections très contagieuses, spéciales aux équidés, apparaissant par vagues épizootiques possédant des manifestations protéiformes et des complications nombreuses. Elles sont caractérisées essentiellement par la stupéfaction, une hÿperthermie très accusée et une coloration rouge foncé, capucine ou violacée des muqueuses apparentes.
Les affections typhoïdes du cheval n’ont rien de commun avec la fièvre typhoïde de l’homme. A cause de cela il semble qu’il serait préférable d'employer l'expression de maladie typhoïde des équidés ou celle plus élégante de typhose
équine.
Je n’ai pas l'intention de faire un exposé complet de tout l'historique des fièvres typhoïdes. J’ai pensé qu’il était préférable d’insister sur des points intéressants à allure démonstrative, et parfois peu connus des praticiens. Dans l’antiquité, la typhose équine était sans doute confondue avec d’autres maladies épizootiques graves,
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Néanmoins Tite Live. semble-t-il, l'a assez bien ‘définie dans les termes suivants : Maladie dans laquelle «les chevaux tristes et abattus, sans force et sans courage, ont les yeux enflammés ». .
Depuis ce moment ; jusqu’à la fin du x1xe ne l’étude de la typhose équine est fort obscure. Elle a d’ailleurs porté les noms les plus variés : gastrite, gastro-entérite, gastro-entérite épizootique, gastro-entérite hépatique, gastro-entéro conJonctivite, fièvre gastrique, typhus, influenza.
Ce sont les auteurs italiens qui lui ont donné cette dernière épithète voulant établir un rapprochement entre une épizootie de fièvre typhoïde équine et une épidémie d’influenza ou grippe humaine.
De 1830 à 1870, des travaux parus émane cette conclusion que la typhose équine est le résultat d’une altération du sang se traduisant par de l’adynamie, de la stupeur et des localisations organiques secondaires qui suivant leur nature causent un aspect protéiforme.
À partir de 1880 grâce au génie de Pasteur qui Houètre le monde des micro-organismes, les recherches bactériologiques de la fièvre typhoïde sont entreprises. Galtier et Violet 1889-1890 isolent deux microbes pathogènes : le streptococcus pneumo-enteritis équi et le diplococcus pneumoenteritis équi. Ils estiment que ces deux germes causent les affections de pneumo-entérite infectieuse des fourrages dans
lesquelles évoluent simultanément, pensent-ils, la fièvre typhoïde et la pneumonie contagieuse.
Vers 1897-1898, M. Lignières fit des révélations qui firent grande sensation à l’époque. M. Jolly alors directeur de l'Ecole d'application des Vétérinaires de Saumur, s'exprime ainsi en 1904 en faisant allusion aux travaux de M. Lignières : « Ils ont apporté de lumineuses clartés dans l'étude des affections typhoïdes et des pneumonies infectieuses qu’elles unifient. »
Cette appréciation fort élogieuse n’est pas à retenir car depuis ce moment des contradicteurs sont venus jeter le doute sur les conclusions trop hâtives de M. Lignières.
En effet chez les animaux typhiques, M. Lignières avait isolé un microbe le coco-bacille du genre Pasteurella. L’auteur renforce sa virulence par le passage dans le péritoine du cobaye. Il Pinjecte par les voies sous-cutanée et intraveineuse à des chevaux qui succombent. Or sur ces sujets on ne découvre à l’autopsie que des streptocoques. Les cocobacilles ont disparu. Et M. Lignières de conclure que la pasteurellose a entraîné le développement de la streptococcie?
Pour lui, le coco-bacille très répandu dans le milieu extérieur vit habituellement en saprophyte sur le cheval. Par suite de circonstances particulières amenant l’affaiblissement de l’organisme du cheval, il devient pathogène et sensibihise le sujet vis-à-vis du streptocoque qui le terrasse.
Pour l’auteur, la pneumonie infectieuse est le résultat de l’association coco-bacille et streptocoque.
Le bien-fondé de cette manière de voir n’a pas été établi d’une facon péremptoire.
En 1900, M. Lanartic vétérinaire militaire, licencié es Sciences naturelles dépose à la Société Centrale des Vétérinaires un volumineux travail dans lequel il cherche à identifier la fièvre typhoïde du cheval et la grippe humaine. L'auteur avait constaté que lors d’une épizootie de typhose équine, de nombreux conducteurs avaient été atteints de grippe. De plus il avait rencontré sur les chevaux atteints un coco-bacille du genre pasteurella. Toutefois il n'avait pu ‘transmettre expérimentalement la maladie.
M. Nocard rapporteur très qualifié de la question établit qu’il y avait certainement coïncidence entre le développement des deux affections, mais que la contagion d'espèce à espèce n’élait pas prouvée ; en général les autres conclusions de M. Lonarlic ne semblaient pas justifiées.
RE |oenés
En 1907, M. Charron vétérinaire en premier au 6e euirassiers publie devant la même compagnie une note sur la typho-anémie infectieuse des chevaux de l’armée. La publicalion de cette note donne lieu à une discussion à laquelle prennent part MM. Vallée, Jacoulet, Cadéac, Basset, Even, Drouin, Brun. Les avis étaient très divers : certains auteurs confondaient encore Ja fièvre typhoïde du cheval avec la typho-ânémie infectieuse. ;
En 1908 à la séance du 2 avril, M. Lignières reprend la discussion sur la dualité des fièvres typhoïdes et de la typho-anémie infectieuse. Il reconnaît que de nouvelles recherches bactériologiques sont indispensables pour établir l’étiologie de la fièvre typhoïde et que d’autre part il faut différencier la fièvre typhoïde et l’anémie pernicieuse. Il propose même de donner à cette dernière maladie un nom qui ne rappelle plus l'aspect typhique.
Il semble qu'il ait été écouté : le dernier grand ouvrage de Pathologie Vétérinaire publié en 1925 par MM. Cadiot, Lesbouyries et Ries, emploie la locution : Anémie pernicieuse
des Equidés et la définit ainsi :
«Maladie infectieuse contagieuse inoculable à évolution subaiguë ou chronique aboutissantle plus souvent à la mort, »
Le 21 août 1911 à l'Académie des Sciences, el à la Société Centrale de médecine vétérinaire, le 15 septembre 1911, M. le professeur Bassel publie une note très importante intitulée :
Cause déterminante de la fièvre typhoïde du cheval, influenza, grippe, fièvre épizootique maligne, pasteurellose, pfederstaupe, Pink eye typhoïd fever.
M. Basset avait eu l’occasion de faire des recherches bactériologiques sur des chevaux typhiques grâce à l’amabilité de M. Mollereau qui possédait dans sa clientèle très étendue plusieurs écuries atteintes de fièvre Lyphoïde, Les conclusions de son travail sont les suivantes :
16 La flevre typhoide du cheval est inoeulable :
20 Elle est déterminée par un virus filtrable,
Elles sont basées sur deux faits très nets :
a) L'inoculation du sang d’un typhique atteint d’une forme bénigne a déterminé chez un animal neuf après quatre jours d’incubation une fièvre typhoïde typique à forme suraiguë qui évolue en huit jours.
b) L'inoculation du sang typhique filtré sur bougie Berkfeld a déterminé chez un cheval neuf après trois Jours d’incubation une fièvre typhoïde typique à forme aiguë,
c) Un troisième fait avait été constaté :
Une atteinte antérieure de la maladie immunise les animaux.
Le 15 février 1912 et le 30 avril 1912, M. Basset complétait les déclarations ci-dessus de la façon suivante :
1° Le virus filtrant peut être conservé longtemps à la glacière, pendant au moins quatre mois,
29 Ce virus persiste longtemps dans le sang après la guérison apparente (Lrois mois au moins).
39 La fièvre typhoïde du cheval n’est pas réimoculable,
Enfin, dans le Bulleiin de la Sociélé Centrale de médecine vélérinaire du 30 décembre 1919, M. Basset publie une étude comparée de la fièvre typhoïde et de l’anémie infectieuse du cheval et il conclut ainsi :
Fièvre typhoïde et anémie infectieuse sont entités morbides distinctes et radicalement différentes.
La fièvre Lyphoïde est, essentiellement, une maladie aiguë. Après guérison, encore que le virus persiste, dans le sang, pendant plusieurs mois, on n’observe pas de rechute.
L’anémie infectieuse est, essentielle ment, une maladie chronique. Les rechutes sont fréquentes. L’organismeinfecté est en état d'équilibre instable que des causes diverses peuvent troubler et d’où résultent les rechutes, justement, les crises spontanées ou provoquées,