LS ES
« J'ai le plaisir de vous informer que votre intervention sur M... a donné un résultat au delà de toute attente. L'érection est revenue à tel point que votre opéré va régulariser une situation et convoler en justes noces dans le courant du mois prochain. »
Nous avons eu nous-même ultérieurement des nouvelles du malade qui nous fit part de sa récupération fonctionnelle absolue et totale au point de vue génital.
Cette observation nous semble extrêmement intéressante et tout à fait instructive.
D'abord, sa rareté à elle seule méritait qu’elle fût rapportée. En effet, la rupture de la verge, c’est-à-dire selon la définition « la déchirure sous-cutanée de l'enveloppe et de la substance des corps caverneux produite par une flexion de la verge en érection ou une pression de la verge exercée sur elle en ce moment », est extrêmement rare et les cas publiés se comptent.
D'autre part, il est classique d'admettre, et c’est écrit dans tous les livres, que cet accident ne se produit exclusivement que dans l'érection et généralement au cours du coït. Nous n'avons trouvé nulle part mention d’une rupture de la verge à l’état normal et à la suite d’un traumatisme tel que celui subi par notre malade.
Enfin l’anatomie pathologique de la rupture de la verge, si nous en croyons du moins les traités classiques, nous est connue par l’unique autopsie qui fut faite dans une observation de Huguier, qui nota une déchirure de la capsule des corps caverneux et un large extravasat sanguin.
Nous n'avons pas connaissance qu'une intervention chirurgicale ait jamais été pratiquée dans un cas de rupture de la verge.
Marion écrit à ce sujet « qu'il y aurait intérêt au moment de l'accident à aller évacuer l’épanchement de sang et suturer l’enveloppe-des corps caverneux. La chose n'a jamais été faite, mais ce serait certainement le meilleur moyen d'éviter les conséquences ultérieures de la rupture ».
RAS Ven
Legueu pense au contraire que cette conduite ne mettrait pas à l’abri de la déviation consécutive. Pour ce qui est de la pathogénie, les auteurs qui ont abordé la question (Demarquay, Witner) pensent que la rupture de la verge implique une altération préalable des corps caverneux, une dégénérescence antérieure et spéciale des corps caverneux et de leurs . parois.
Notre observation montre incontestablement qu'il n’en est rien, puisqu il s’agit, contrairement à tous les cas publiés jusqu'ici, d’une rupture chez un homme jeune, non atteint de rétrécissement urétral, ni d'aucune tare locale ni générale, survenue par traumatisme en dehors de toute érection.
Un deuxième point, extrêmement important, concerne l’in-. tervention thérapeutique que nous avons appliquée à la lésion, à savoir la résection de la portion du corps caverneux qui était le siège d'un hématome enkysté entouré d’une coque fibreuse, pseudo-kyste hématique avec suture et restilutio ad integrum anatomiquement et physiologiquement.
Alors donc que la section des corps caverneux semble devoir interrompre son système circulatoire et sa neurotrophic»té, notre observation montre irréfutablement qu'un corps caverneux peut être sectionné complètement puis suturé sans dommages. La reproduction du tissu aréolaire est extrêmement rapide, son élasticité rend négligeable une perte de substance pas trop considérable et enfin la section des plexus sensitifs périartériels ou des terminaisons motrices du système cérébro-spinal n’influencent en rien par la suite son équilibre fonctionnel.
C’est là, à notre avis, une constatation tout à fait instructive qui permet d'envisager avec intérêt et confiance la chirurgie du pénis. -
(Cette observation, encore ‘inédite, a été adressée à la Société française d’urologie par le docteur H. Blanc, de Bordeaux, en novembre 1931.)