‹ Contribution à L'étude des Fractures de la VergeChapitre 14 sur 30 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Docteur Arrvazatos, Société de Chirurgie, 15 févr. 1911.)

Le cordonnier C... (A.), âgé de 30 ans, vient consulter au mois de novembre dernier pour un accident qui venait de lui arriver

quelque temps avant son entrée à la Polyclinique, Ce malade

avait l’habitude de se masturber chaque matin en se levant. Le jour de son accident, au moment de l'éjaculation, ayant pressé brusquement et fortement la verge entre ses mains, il sentit immédiatement une douleur très vive : en même temps, il entendit un bruit sec, analogue à la rupture d’une baguette de verre. L’éjaculation ainsi que l’érection cessèrent aussitôt; la verge s’est courbée à angle aigu, elle est devenue violacée, flasque, molle et pendante, et fut envahie par un gonflement mou donnant la sensation d'une crépitation sanguine.

Examen. — 1° Du côté de l’urètre, rien de particulier : pas d'urétrorragie, la miction se fait régulièrement; 2° à la réunion des deux tiers postérieurs et du tiers antérieur de la verge un sillon transversal d’une longueur de 2 em. 5 à 3 centimètres, pérmettant

à la verge des mouvements anormaux de flexion et d'extension.

Antécédents héréditaires et personnels. — Rien à signaler,

“excepté un léger état arthritique. Devant ces quatre symptômes,

douleur vive et brusque, sensation d’un bruit sec, sillon transversal et mouvements anormaux, le diagnostic de rupture sous albuginée est porté.

Tiaitement. — Immobilisation de la verge dans une petite gouttière en carton, applications de compresses froides.

Le soir même de l'accident : persistance de souffrances, vaste ecchymose s'étendant sur les bourses et la région hypogastrique jusqu’à l'ombilic. D'après la structure anatomique des corps ca-

verneux l'étendue de l’hématome est explicable : la rupture des aréoles produit une hémorragie très abondante, le sang s’infiltre par rupture de l’albuginée et du fascia pénis dans le tissu cellulaire voisin, scrotum, région hypogastrique.

Pour arrêter la marche envahissante de l’hématome ainsi que la production tardive du tissu fibreux consécutive à l’accumulation du sang dans les tissus et qui auraient amené un obstacle réel à l'érection, intervention :

Anesthésie intrarachidienne et stovaine de 0 ce. 08.

Incision de 3 centimètres, parallèle au sillon de la rupture, ouvrant ainsi le foyer de fracture.

Nettoyage du foyer de rupture : on enlève les caillots, ce qui permet de voir une rupture totale des deux corps caverneux, qui continuaient de saigner.

Le corps spongieux est à peine éraillé.

Par trois sutures au catgut, on réunit le foyer de la rupture, arrêtant en même temps l'hémorragie, puis fermeture de l’incision cutanée par un surjet au catgut.

Pansement aseptique et immobilisation du pénis dans une gouttière en carton.

Les suites postopératoires furent normales et la réunion par première intention fut complète le dixième jour.

Les premiers jours de l'opération, l’érection se faisait rien qu'à la partie postérieure, tandis que la partie antérieure de la verge restait flasque.

Mais, au fur et à mesure de la consolidation, la partie antérieure de la verge commençait petit à petit à prendre part à l'érection, de sorte que le huitième jour après l'intervention l'érection se faisait en deux temps, c’est-à-dire qu'après l'érection de la partie postérieure se faisait l'érection de la partie antérieure.

Vers le vingtième jour, érection complète et simultanée. Depuis le mâlade ne présente aucun trouble dans l'érection, l’éjacula-

tion, “etc.

Le traumatisme, dans la plupart des cas, se produit dans des circonstances telles que la fracture est à peu près inévi-

table. L’érection favorise beaucoup la production d’une semblable lésion si elle ne la conditionne pas. Si, dans cet état, le pénis vient à subir l’action d’une force étrangère dont l’in- tensité est relativement grande, on voit, à coup sûr se produire la rupture, car toutes les conditions favorisantes se trouvent alors réunies et par leur ensemble contribuent à la déterminer.

OBsERvATION VI (Personnelle).

M. X..., âgé de 23 ans 1/2, maître d’internat au Collège de X.., est allé, le 13 mai 1930, consulter un médecin pour un accident survenu à sa verge dans la nuit du 12 mai.

Il dormait profondément, allongé sur son dos, lorsqu'il fut réveillé en sursaut par le cri d’un jeune élève dont il avait la garde dans le dortoir de l'établissement. Il se leva et, se rendant compte de l’insignifiance de l’émoi du jeune élève, se recoucha aussitôt. Mais pendant ce laps de temps si court, il sentit sa verge, déjà en état de rigidité, entrer en érection plus forte encore, les vaisseaux si gonflés de sang, dit-il, qu’elle semblait prête à éclater.

Se jetant sur son lit, il appuya de tout son poids sur le côté droit, position de prédilection pour s'endormir. Brusquement, sa verge butant contre le plan du lit, il sentit une vive douleur dans sôn pénis, à À centimètre environ du pli de l’aine gauche, avec la sentation d’une rupture tout à fait comparable à la cassure d’une règle en bois. Il eut ensuite l'impression que du sang coulait dans l’épaisseur de son organe, pour former la collection de la grosseur d’un œuf environ au niveau du point douloureux. Après quoi, cette hémorragie s'arrêta d'elle-même. Sa verge prit aussitôt des proportions considérables. Il attendit, plein d'inquiétude, le réveil des élèves.

Sa verge présentait à ce moment un aspect noirâtre, violacé, semblable, nous-dit-il, à du sang coagulé.

Le médecin consulté ordonna le repos et le fit entrer à l'hôpital de la ville où il demeurait. Ce jeune étudiant, par ailleurs bien portant, dit avoir eu, il y a quelques années, une blennorragie. Le traitement. institué par le médecin qui le vit le premier consista

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uniquement en bains de siège chauds et l’immobilité absolue. Après huit à neuf jours de traitement, lé jeune malade quitta l'hôpital pour se rendre chez lui. Lé médecin dé famille, consulté de nouveau, conclut à une imprudence de voyage, fit prolonger une demande de congé jusqu’au 28 mai avec ordre de garder la chaise longue. A cette date, il put reprendre normalement son service, mais longtemps encore, plusieurs semaines durant, sa verge garda son aspect noirâtre et légèrement œdématié. Depuis, le jeune malade a retrouvé l'intégrité complète, il ne ressent plus aucune gêne

et a presque perdu le souvenir de son accident.

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