DIAGNOSTIC
Le diagnostic des ruptures ne présente généralement pas de difficultés, car souvent le malade le fait lui-même, sur la simple constatation d’une douleur anormale s’accompagnant de la sensation particulière comparée à la section brusque d’une baguette de verre ou de bois.
Les conditions dans lesquelles s’est produit l'accident sont parfois, au contraire, difficile à établir : les malades, obéissant à un sentiment bien naturel de pudeur, se refusent souvent à donner avec précision tous les détails concernant leur lésion. D’autres fois, les circonstances particulières qui ont déterminé l'apparition de cet accident poussent le blessé à altérer plus ou moins la vérité, à la déguiser en partie, de façon à atténuer dans la mesure du, possible l'effet moral qu'il redoute de produire chez le médecin qu'il va consulter. Quoi qu'il en soit, et se basant sur les divers symptômes qui ont accompagné ou suivi le traumatisme, on établira le plus souvent un diagnostic qui suffira pour admettre une fracture de la verge. Le diagnostic ne pourra, d’ailleurs, présenter de difficultés sérieuses si, tenant compte d’une part des circonstances dans lesquelles s’est produit l'accident et des phénomènes qui l'ont presque aussitôt accompagné, on étudie d'autre part la mobilité exagérée de la portion antérieure et de la déformation ultérieure de la verge.
Cette mobilité, peu marquée au début, mais s’accentuant de plus en plus, devient plus évidente alors que la turgescence diminue. Enfin, la déformation de la verge, apparaissant presque immédiatement, est caractéristique de la lésion. Le pénis s’infléchit diversement, suivant que la fracture à
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intéressé un seul ou les deux corps caverneux à la fois : la direction prise par l'extrémité antérieure de l'organe renseigne alors sur la nature de la lésion.
La crépitation perçue si souvent par le malade ne peut à elle seule servir de base pour établir le diagnostic. Parfois, en effet, cette sensation particulière peut passer inaperçue et même manquer totalement.
Parfois, au contraire, à l'occasion d’un traumatisme léger, comme difficulté dans l’intromission, on peut constater une petite déchirure de l’albuginée, sans qu'il y ait vraiment fracture, et s’accompagnant de cette crépitation particulière. Tout au plus, la crépitation, lorsqu'elle a précédé la mobilité et la déformation, ne doit intervenir dans le diagnostic que pour renforcer l’opinion que l’on a de la nature de l’accident.
Enfin, le point exact où siège la lésion est, en général, assez aisé à reconnaître, C’est à son niveau que siège le sommet de l’angle de flexion et que la douleur a son maximum d'intensité.
Le diagnostic différentiel ne se pose que fort rarement. Cependant, on peut hésiter au début, lorsque les phénomènes inflammatoires sont importants et masquent l'étendue de la lésion, s’opposant même à toute exploration permettant d'établir un diagnostic exact. Il ne faut pas oublier, en effet, que le pénis est une des régions les plus sensibles de notre organisme et que de simples contusions, voire superficielles, peuvent avoir un retentissement considérable, s’accompagnant de phénomènes divers pouvant simuler par leur intensité des lésions plus importantes.
La contusion simple du pénis, intéressant le tissu cellulaire sous-cutané et s’accompagnant d'une lésion des petits vaisseaux, à parfois des caractères communs avec la fracture de la verge, de même que la rupture de la veine dorsale. Ces deux lésions s’accompagnent rapidement d'une ecchymose envahissante qui tend à gagner les régions voisines. La peau devient noirâtre, livide, tout comme dans la fracture de
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la verge; l’infiltration se fait rapidement, colorant en entier la peau de l'organe. Mais dans ces conditions, la douleur, au lieu d’être violente, syncopale parfois, comme dans la fracture de la verge, reste modérée. Enfin on ne constate aucune mobilité anormale, aucune déformation du membre, si ce n'est un gonflement exagéré du pénis.
Parfois, lorsque la contusion a été violente et profonde, comme dans le cas de rupture de la veine dorsale, les vaisseaux, par leur attrition, péuvent être à l’origine d'un abondant écoulement sanguin qui, se collectant en un point, peut donner lieu à une déviation de la verge simulant même un angle dont le sommet serait représenté par la collection sanguine. Mais d'ordinaire l'écoulement est lent à se colliger et peu à peu il se forme une véritable tumeur sanguine, fluctuante, nettement localisée, n'empêchant pas l'érection et augmentant même au moment de l'érection. Cette dernière constatation doit diriger le diagnostic du côté d’une contusion suivie d’un épanchement sanguin plus ou moins considérable. L'absence de la mobilité anormale ne fait que confirmer l’opinion les jours suivants.
Quant au diagnostic différentiel avec les ruptures de l’uretre, nous n'avons pas à l’envisager ici. Tout au plus peut-on le faire entrer dans le cadre des fractures de la verge lorsqu'à celles-ci s’adjoint une rupture de l’urètre. Mais le diagnostic en est d'autant plus aisé qu'aux signes propres des fractures du pénis s'ajoutent ceux de la lésion urétrale, en particulier les urétrorragies et les troubles profonds de la miction.