Plicque, Gaz. des Hôp., Paris
du milieu. Dans les milieux industriels ces fractures deviennent beaucoup plus fréquentes. Bardenhauer à Cologne, en a observé 7 en 3 ans. Dans les ateliers de là ‘ Compagnie du Nord à la Chapelle, j'ai observé en 2 ans 3 fractures des métacarpiens, aucune autre fracture dans ce milieu, il est vrai, tout spécial, ne s’est rencontrée avec ce degré de fréquence. En tous cas ces fractures ne sont pas tellement rares qu’elles ne méritent d’attirer l’attention du praticien ».
Sexe. — Les fractures du métacarpe s'observent presque exclusivement chez les hommes, ou du moins ceux-ci sont huit fois plus que les femmes, atteints de l'affection qui nous occupe.
Age. — Celle-ci survient généralement à l’âge adulte entre vingt et quarante-cinq ans. Cependant les vieillards et les enfants n’en sont pas indemnes. Dans ce dernier cas, il s’agit souvent comme nous l’avons déjà dit, d’une disjonction épiphysaire.
. Profession. — Ce n’est quère que chez les ouvriers, chez les individus soumis à dés travaux manuels très rudes, que s’observent les fractures des métacarpiens qui sont exceptionnelles dans la classe aisée.
-. Stège. — Nous avons suffisamment insisté sur ce point à propos de l'anatomie pathologique pour n’avoir plus à y revenir, nous rappellerons seulement que les tractures s’observent surtout sur les troisième et quatrième métacarpiens ; et qu’elles atteignent de préférence le tiers supérieur ou le tiers moyen de ces os.
Causes. — Elles peuvent être directes ou indirectes.
Les causes directes, comme Île fait très bien remarquer
Barbé dans sa thèse, peuvent agir de quatre manières différentes.
Tantôt c’est un corps contondant qui heurte le métacarpe par sa face postérieure mal protégée par les parties molles ; et alors le ou les métacarpiens atteints se
fracturent au niveau du point d'application du corps vul-
nérant qui est par exemple, soit un bâton, soit un corps.
pesant tombant d’une grande hauteur. Nous signalerons simplement ici sans insister, les fractures consécutives aux coups de feu ou aux plaies par instruments tranchants ; car alors la plaie est l’accident principal, la fracture n’est qu’une simple complication.
D’autres fois, la main se précipite en quelque sorte au devant du choc. Tel est le cas par exemple du malade de notre Observation personnelle I, qui, dans sa chute, saisit
avec la main droite étendue un robinet qu’il rencontre.
Ce mécanisme est évideinment beaucoup moins fréquent !
que le précédent, mais il est encore relativement fré= quent.
Malgré deuxobservations assez concluantes rapportées
par Barbé dans sa thèse, et que nous reproduirons tout
à l'heure, nous pensons que c’est tout à fait exception-.
nellement qu’une fracture du métacarpe est déterminée par la prise de la main entre deux corps résistants. Plus rares encore, nous semblent enfin les fractures du
métacarpe par contre-coup, malgré l'opinion suivante
exprimée par L. Sanson: « J’en ai vu plusieurs qui
avaient été produites par le choc qu'avait communiqué
à la main l’un des bouts d’un bâton ou d’une pièce de bois
dont l'extrémité opposée avait frappé rudement contre un
corps dur ou contre le sol » (1).
Causes indirectes. — L'auteur que nous venons de citer niait, ou à peu près, la possibilité des fractures indirectes : | | « D’après leur configuration, il est bien rare que les os du métacarpe puissent être affectés d’uue fracture indirecte, les quatre derniers parce qu’ils se soutiennent na- “4 turellement, le premier parce qu'il est plus court et plus 4 mobile (2) ».
| Boyer, de son côté, disait dans le même sens! « Quoique
les métacarpiens soient rangés parmi les os longs, leur longueur ne surpasse pas assez leurs autres dimensions, pour qu'ils puissent être fracturés par une cause qui KE: agisse sur leurs extrémités: genre d’effort auquel ils sont d’ailleurs rarement exposés par leur usage, et que leur rapprochement rendrait d'autant moins efficace, que cette action serait partagée par un certain nombre d’entre eux ». Aujourd’hui tout le monde admet les fractures indirec- 2 tes, et certains autenrs actuels pensent même avec Re- 4 nault du Motey (2) et Packard, qu’elles sont les plus fréquentes. Quant à nous, nous persistons à croire, avec Hamilton et le professeur Le Dentu que les fractures directes sont de beaucoup les plus nombreuses, mais qu’elles passent fréquemment inaperçues à cause de la contu-
em \ sion qui les accompagne et qui les masque souvent. Les fractures indirectes ont lieu par des mécanismes
divers.
$ 4. L. Sanson. Dict. de Médecine, 1832. Article main.
2, L. Sanson. Dict. de Medecine, 1832. Article main.
| 3. Boyer. Maladies chiruryicales, t. III, p. 226.
4 4. Th. Paris, 1851.
4 Chéron 3
Vis mes DA Es |
Presque toujours elles se produisent par exagération de la courbure normale : Un individu fait une chute sur le. poing fermé. Le métacarpe ou plutôt l’un des os qui le constituent se trouve pris entre le sol qui résiste et le poids du corps qui presse ; ilplie à l’excès, et se rompt. D’après Renault du Motey, Lonsdale et Vidal, le même mécanisme interviendrait lorsqu'un individu fait une chutesur le bout des doigts étendus ; mais nous nous demandons avec Barbé si dans ce cas la fracture n’a pas lieu plutôt par redressement de la courbure que par exagération de ja flexion. Exceptionnellement, comme dans un cas rapporté par Malgaigne, à la flexion forcée en avant se combine une traction exercée sur le doigt.
Barbé dans sa thèse rapporte quatre cas, dont un personnel, de fracture du métacarpe par redressement de la courbure. Néanmoins ce mécanisme est extrêmement rare. ILa d’ailleurs été fort bien décrit dans une excellente leçon clinique de Dupuytren, à laquelle nous devons la première observation indiscutable de la variété de fracture qui nous intéresse en ce moment. Voici en deux mots le résumé de cette observation. Deux individus luttaient sur la force du poignet, dans cette lutte les doigts s’entrelacent; les extrémités des métacarpiens étant directement opposées,et les phalanges étant repliées vers le dos de la main du lutteur opposé ; l’un des combattants, le plus vigoureux, casse le troisième métacarpien de Pautre.
Enfin dans un cas unique rapporté par Velpeau, le troisième métacarpien se fractura par traction et torsion
simultanées de l’index et du médius.