LOGE
déclanchée par vaso-dilatation paralytique. — Cette hyperémie va agir à son tour : 1° sur le tissu conjonctf, en l’infiltrant d’un œdème constant d'aspect gélatineux (l’ancien suc osseux que Haller croyait versé entre les fragments pour leur soudure) et provoquant une multiplication des cellules avec néoformations capillaires ; 29 sur le tissu osseux, en déterminant de la résorption osseuse.
Cette résorption osseuse, quoique très discrète histologiquement, constitue pour Leriche et Policard le fait biologique le plus important. (est « un phénomène fatal de la vie de l’os ou plus exactement de ses conditions circulatoires et n’a rien à faire, ni avec l’ostéite, ni avec l’inflammation ».
Ces auteurs ont, en effet, constaté que l’augmentation de la circulation détermine la résorption, tandis que l'inverse favorise l’ossification. D'autre part résorption et ostéogénèse paraissent toujours voisines dans des territoires qui vont s’ossifier. Il semble donc que le calcaire libéré en un point est utilisé juste à côté (« mutation calcique locale ») el qu'il y a transport de calcaire d’un point à un autre. — Par quels moyens ?
On a fait Jouer un grand rôle aux ostéoclastes de Kôlliker, grosses cellules de 80 à 100 # avec plusieurs noyaux, qui phagocyteraient la substance osseuse:
mais on a constaté, depuis, de nombreux cas de résorp-
tion sans que l’on puisse déceler le moindre ostéoclaste. Il faut donc admettre que des phénomènes chimiques se déroulent au niveau du territoire fracturé. Cette osléolyse (par opposition à l’ostéoclasie) n’est pas, du reste, une résorption de l’os entier, mais de certains éléments du complexe phosphocarbonate tricalcique (corps très instable) et de la substance préosseuse (matière visqueuse, non calcifiée,, voisine de l’osséine, apparaissant dès le début de la formation du cal conjonctif). Il y a rupture d'équilibre; des ions Ca et Po sont mis en liberté; d’où surcharge calcique forcément instable; le calcaire à l’état de saturation se dépose donc sur les travées osseuses.
Leriche et Policard ont représenté schématiquement les phases de ce phénomène de résorption de la façon
. suivante (la formule inverse indiquant l’ossification) :
phosphates de Ca — ions libres = phosphates de Ca insolubles <— Ca-Po# <= solubles
Le point le plus obscur de cette résorption constitue justement cette rupture d'équilibre des phosphocarbonates de chaux. Ce problème pour Leriche et Policard « est lié à toute l’histoire des équilibres humoraux, sanguins et plasmatiques ». Ce qui montre combien le problème de l’ossification est complexe,
car l’on entrevoit l’action possible de nombreux agents
(tels que Co?, matières protéiques, acides gras, pH, alimentation, lumière, etc.) pour accélérer, retarder ou même empêcher l’ossification, donc la consolidation normale d’une fracture.
En tout cas, après résorption, la matière collagène (ou trame conjonctive) demeure.
« Dès ce moment, toutes les conditions sont réalisées pour l’ostéogénèse. Un vaste milieu ossifiable est constitué et dans son voisinage de l’os en résorption libère des éléments calcaires. Il y a ce que nous avons appelé surcharge calcique locale. Des travées de tissu osseux jeune apparaissent bientôt aux angles d'union du périoste avec la diaphyse, tout près de l’os, dans le tissu conjonctif organisé dans l’ancien caillot et de là grossissent peu à peu, jusqu’à ce que les deux masses qu’elles forment arrivent à s’unir » (Leriche et Policard).
Le cal primitif est alors formé; sa solidité est assez faible, parce que formé de travées grêles, délimitant de grands espaces conjonctifs. Mais peu à peu les travées osseuses se mettent en ordre, avec augmentation de densité et de solidité. (est alors le cal définitif.
j'ans cette nouvelle interprétation de la formaton du cal, il n’est accordé aucune vertu ostéogénique spécifique au périoste et à la moelle osseuse, comme dans la théorie Jusqu'ici classique.
Quelrôle ont-ils donc, pour ces auteurs, dans la répa-
ration des fractures ; et comment ces.données nouvelles peuvent-elles s’accorder avec les étapes, jusqu’à présent classiques, de la formation du cal?
D’après les expériences de greffes faites par Leriche et Policard, « le périoste seul, sans grains osseux à sa surface interne ne s’ossifie pas. S'il est, au contraire, détaché au ras de l’os, avec semis osseux à la face profonde, le lambeau s’ossifie ».
Cela met déjà en défaut toute la théorie classique et la fameuse couche ostéogène du périoste.
Le périoste est constitué extérieurement par du tissu conjonctif lâche, tandis que la couche interne, formée de faisceaux fibreux et de fibres élastiques adhère à l’os directement sans interposition de cellules spéciales. Lorsque le périoste est irrité ou déchiré (comme dans le cas d’une fracture), cette couche interne revient à l’état conjonctif embryonnaire, apte de cefait à l’ossification. (.e qu’il y a de particulier, c’est que «ce retour à l’état embryonnaire se fait au voisinage même du tissu osseux ».
« Milieu conjonctif ossifiable, apport de matériaux calcaires, les deux conditions de l’ossification sont ainsi réalisées au niveau du périoste sous la seule influence de la congestion. De l’os nouveau se forme automatiquement sans intervention d’un mécanisme srécifique » (Leriche et Policard).
Quant à la moelle osseuse, organe de la série héma-
topoïétique, il faudrait qu’elle se vide de son contenu, puis revienne à l’état conjonctif pur afin qu’elle puisse participer à l’ossification.
Les ostéoblastes que l’on croyait dérivés de la moelle, apparaissent seulement après l’infiltration œdémateuse au niveau de la fracture. Ils paraissent donc dépendre de cet œdème, et Leriche et Policard les considèrent comme des formes de réaction des cellules conjonctives contre le nouveau milieu dû aux modifications circulatoires.
On voit donc que la moelle osseuse a un rôle insignifiant dans l’organisation du caillot primitif. Du reste lorsqu'une fracture est très réduite, on ne constate pas de cal au niveau du canal médullaire. De plus, des formations osseuses sans moelle se réparent parfaite-
ment. C’est le cas de certains os de vertébrés inférieurs.