‹ Contribution à l'étude des fractures des phalanges chez le cheval et à leur traitementChapitre 18 sur 22 · IV. — Pronostic · texte numérisé non relu

IV. — Pronostic

Si la gravité des fractures du paturon ne fait de doute pour personne, les auteurs des différentes époques l’envisagent pourtant de facon assez variable.

Il est remarquable que les anciens vétérinaires paraissaient moins effrayés par cet accident que les modernes. Huzard n'hésite pas à écrire : « Les frac-

tures. de l’os du sabot et de l’os de la couronne sont

très faciles à guérir, à cause de la position des os » De même Eurtrel d’Arboval enseigne : «{ ependant, cette fracture est une des plus faciles à réduire et à maintenir réduite, le peu d’étendue de l'os, le peu de volume et la forme à peu près cylindrique de la région qu'il forme favorisant l'application d’un appareil susceptible de varier, quant à la forme et à la CON bASION. »

Lafosse se contente d'avancer qu’il a obtenu plusieurs fois des consolidations très régulières chez les. grands animaux, mais Zundel paraît mieux renseigné sur la gravité de cette fracture. « Elle est une des plus faciles à réduire et à maintenir réduite... mais ces fractures ne laissent pas encore que d’être extrémement sérieuses. En raison de la brièveté des phalanges, il est rare que le jeu de leurs jointures reste libre après la consolidation; presque toujours le cal tend à empiéter au delà des marges articulaires, et on voit se former trep fréquemment des ankyloses fausses ou vraies, qui ont pour conséquence dernière des claudications persistantes. »

Pour Reul, il est absolument anti-économique de traiter les accidents de ce genre survenant chez des chevaux de service adultes ou vieux. On ne peut tenter la guérison que chez le poulain ou chez l'adulte reproducteur de choix qu'on désire conserver à l’éle-

vage.

Peuch et Toussaint émettent un pronostic aussi sombre.

Plus près de nous, plusieurs auteurs s’élevèrent contre cette façon de voir trop absolue. Certains obtinrent des guérisons pour le moins suffisantes avec un traitement approprié. Et même quelques-uns notèrent des consolidations survenues sans [a moindre intervention (Edmond, Varichon).

Silbersièpe, ayant étudié un assez grand nombre de cas, avait acquis la conviction que le paturon fracturé peut guérir dans le sens histologique et physiologique le plus absolu du mot.

Enfin Cadiot et Almy envisagent la question de façon à la fois plus précise et plus logique en se préoccupant des caractères de la fracture. « En règle. géné: ralé, disent-ils, on ne traitera point une fracture esquilleuse avec perforation de la peau, surtout si l'animal est âgé ou de peu de valeur; on doit intervenir, au contraire, s’il s’agit d’une fracture simple sur un animal jeune ou adulte pouvant être utilisé comme reproducteur où comme moteur lent. Il est vrai que la consolidation ne se fait souvent qu’au prix d’un cal volumineux, qui gêne la jointure, les tendons, et détermine une boiterie contre laquelle échouent les vésicatoires et la cautérisation. Mais par la névrectomie, la boiterie diminue beaucoup; la régularité

des allures peut même être rétablie, »

Len ot lens

Cocu eut également recours à la névrectomie haute et double, avec succès complet, sur un cheval qui avait eu une fracture du paturon et qui boitait fortement encore deux mois après l’accident. L'opération permit ultérieurement l’utilisation de ce cheval qui se comporta comme s’il n'avait jamais eu de fracture.

Plus récemment encore, H. Brédo, vétérinaire belge, ayant eu à traiter de nombreux cas de fractures pendant l’occupation allemande, démontrait que « la médecine a évolué dans ce sens, que vu le prix élevé des animaux vivants et la valeur relativement faible de la dépouille, il y a intérêt actuellement à traiter des cas qu’économiquement nous devions considérer comme incurables avant-guerre ».

Malgré cet enseignement, le plus grand nombre des praticiens hésitent à intervenir en pareil cas.

En 1926, Bouchet, de Chantilly, qui a « le fâcheux privilège » de voir beaucoup de fractures chez les chevaux de pur sang, concluait qu’il ne fallait essayer le traitement que lorsqu'il s’agit « de femelles de haute origine susceptibles de devenir des poulinières utiles ou de mâles pouvant être appelés à devenir chefs de famille, mais seulement dans des cas déterminés. » Pour lui, il est inutile de tenter quoi que ce soit pour les fractures du bipède postérieur. Quant à celles du bipède antérieur, la réussite est liée à la nervosité

de l’animal qui mange plus ou moins bien et s’accom-

Ne der

mode ou non à la suspension qui doit être, à son avis, aussi parfaite que possible. « (C'ela explique », dit-il, « que de temps en temps, on peut signaler un cas heureux pour cinq ou six échecs, dus à ce que le patient n’a pas su s'adapter ».

Quant à nous, nous estimons qu'il y a lieu d’être nettement interventionniste, hormis le cas, bien entendu, de fracture ouverte. La guérison sera longue à se produire, c’est certain; mais comme il ne s’agit pas d’une maladie nécessitant des soins prolongés ou souvent renouvelés, la dépense est minime, surtout à la campagne où le propriétaire dispose de fourrage en grande quantité, et où parfois l'animal peut être mis à la prairie pendant des semaines. EC la guérison échapperait-elle, que le sujet conserve, en général, sa valeur pour la boucherie, comme au jour de l’accident. En résumé, en intervenant, la dépense engagée est, faible, et d’autre part, assez souvent, la guérison est suffisante pour donner à l’animal une plus-välue importante par rapport au prix d'un animal de boucherie. À notre avis, il n’y a donc pas à hésiter.

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