II. — Technique
Le traitement des fractures comporte deux interventions : la réduction et la contention.
La réduction est obtenue au moyen de diverses manœuvres : l’exlension, la contre-exlension et Ia coap-
lation.
On réalise l'extension et contre-extension à l’aide de lacs qu’on fixe à une certaine distance des abouts fracturés, et sur lesquels on exerce des tractions plus ou moins énergiques suivant le cas. Il est évident qu'il y a lieu de procéder à la réduction dans le délai le plus court après la fracture.
La coaptation consiste à replacer les abouts fracturés dans leur situation physiologique. : ans ce temps de l'intervention, l’opérateur applique ses mains sur la fracture et apprécie « les effets de l'extension et de
la contre-extension; indique la direction et les limites
dans lesquelles il faut les exercer, contribue par les effets de ses doigts, à les conduire à leur fin; en outre, au moment opportun, il affronte les abouts suffisamment allongés, en les poussant en sens convenable et en les y fixant. Dans les fractures obliques, les efforts des aides doivent persister, même après que la coaptation est obtenue, et Jusqu'au moment où l’appareil est suffisant pour empêcher un nouveau déplacement, mais ils doivent avoir pour but, non un allongement, plus considérable, mais seulement une situation fixe » (Lafosse).
Les abouts ainsi remis en contact doivent être maintenus dans cette situation à l’aide d'appareil contentifs.
La contention des fractures est obtenue à l’aide d'appareils amovibles ou inamovibles.
«Les matériaux à l’aide desquels on peut construire
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un appareil de fracture propre à être employé sur les animaux, sont les étoupes, les attelles et les bandes, que l’on peut employer seuls, ou associés avec une substance agglutinative, qui forme une sorte de ciment à l’aide duquel les différentes pièces constitutives du pansement sont étroitement unies les unes aux autres et à la peau par-dessus laquelle elles sont appliquées. Lorsque l’appareil contentif ne résulte que de la superposition méthodique de ces pièces, maintenues dans leurs rapports entre elles et avec la région qu’elles recouvrent, par la constriction seule des bandages, cet appareil est ce que l’on appelle amovible, c’est-àdire qu'il suffit, pour l’enlever, de dérouler les bandes contentives. L'appareil est dit inamovible, lorsque ses pièces constitutives forment corps ensemble par l’intermédiaire d’une substance agglutinative qui les maintient aussi adhérentes à la peau par celles de leurs couches qui sont immédiatement en rapport avec elle Ces sortes de pansements, une fois en place, doivent rester à demeure jusqu'à la consolidation achevée des pansements. De ces deux appareils, celui qui convient le mieux, dans la pratique vétérinaire, est l’appareil à demeure, qui a l’avantage de s’associer d’une manière plus intime avec les parties autour desquelles il est appliqué, de n’être pas susceptible de déplacement, de résister davantage à l’action des dents et aux frottements, enfin de présenter une plus grande solidité » (H. Bouley).
ANTIPRE
L'iverses substances ont été employées pour assurer une résistance suffisante à ces pansements inamovibles. Nous citerons la poix fondue associée à l’essence de térébenthine, un mélange d’alun calciné et d'alcool (Lafontaine), le plâtre, etc.
D'autre part, on donne une plus grande rigidité aux appareils de fracture au moyen de pièces solides en bois ou en fer, à l’aide desquelles les régions fracturées sont mieux immobilisées. C’est ainsi qu’on a construit différentes sortes de ferrements.
Enfin, quand il s’agit de fractures des membres, il y a lieu de compléter ce traitement par la mise en œuvre de diverses précautions. (est ainsi que les animaux doivent être transportés à leur écurie (dans un van) aussi doucement que possible, au besoin après avoir immobilisé les fragments au moyen d’un bandage provisoire. Le cheval sera maintenu en position debout pendant tout le trajet. Une fois arrivé à domicile, il sera souvent utile de prendre semblable mesure, et en tout cas on devra veiller à ce que le sujet ne prenne appui sur son membre malade.
En ce qui concerne les fractures de la première phalange, aucune masse musculaire ne faisant sentir son action, il n’y a pas chevauchement des abouts fracturés. On ne procède donc pas à la réduction comme cela se pratique pour les rayons supérieurs et l’extension et la contre-extension n’ont aucun rôlé’à- jouer, -Il-suffit
de maintenir les fragments osseux pour que la consolidation s’effectue. |
- Voyons comment cette contention a été réalisée par différents auteurs.
Le premier, Bourgelat eut l’idée d'employer des ferrements pour suppléer à l'insuffisance des attelles préconisées par les hippiâtres. Il imagina des bandages particuliers pour chaque région et les fit construire par ‘ habert encore élève; il les porta à la connaissance de ses contemporains dans son « Essai sur les appareils “el les bandages propres aux quadrupèdes ».
( eux destinés aux régions inférieures des membres sont formés de tiges en fer, contournées suivant la surface de la région, munies de place en place de branches ou oreilles, auxquelles sont adaptées les courroies et les boucles qui servent à les fixer. En particulier, pour les fractures du paturon, il faisait souder aux éponges du fer deux tiges métalliques réunies en arrière du boulet par une plaque concave, laquelle était doublée d’un coussin et déchargeait le paturon en supportant Ja jointure, Ge re
Ces appareils, fruits de l’imagimation et:non pas de l'expérience de leur auteur, furent. diversement appréciés. Hurtrel d’rboval les juge très sévèrement, « Le ferrement, dit-il, n’est susceptible d’être appliqué exactement que sur un membre bien sain, bien conformé,
exempt de-toute lésion. Si le membre cest malade,
Tate
il y a nécessairement une déformation quelconque, résultant de l’excès du développement inflammatoire, du déplacement de certaines parties, et dans l’une et l’autre circonstance, les pièces de fer dont il s’agit, telles qu’on les a imaginées et décrites, deviennent ‘mpraticables et par conséquent de nul effet »
Au contraire, H. Bouley écrit : « On a peut-être eu tort de proscrire d’une manière absolue les ferrements contentifs proposés et construits par Chabert..… Ces ferrements.… peuvent répondre à d'importantes indications dans les fracbures des rayons des membres chez les grands animaux ».
De même Cadiot et Almy reconnaissent que « certains de ces appareils ne sont pas sans valeur».
Pourtant, nous ferons remarquer que l'appareil proposé pour les fractures du paturon est bien inutihsable car il ne peut être question de déferrer un cheval ayant une phalange brisée et d'appliquer ensuite le fer spécial qui porte le ferrement. |
‘ux diverses époques, des praticiens firent des tentatives parfois intéressantes. Nous en citerons quelques-unes.
Huzard enveloppait la région atteinte d’une charge de poix et de résine, et d’une ligature destinée à mainfenir ces parties mobiles. Le cheval était laissé libre à l'écurie ou dans un pâturage.
“hez une jument atteinte d’une fracture de la pre-
mière phalange, Saint-Cyr entoura d'abord le paturon eb la moitié inférieure du canon de bandes qui furent recouvertes de plâtre gâché; par-dessus, il disposa une nouvelle bande, puis une autre couche de plâtre; enfin l'appareil fut terminé avec de l’étoupe et une bande enroulée de bas en haut. La bête fut laissée en liberté. Au bout de deux mois, la consolidation était complète et un mois après l’animal pouvait reprendre son service. - Dans un cas semblable (paturon postérieur) Quin applhiqua des bandes plâtrées depuis le sabot jusu’au jarret, de façon à réaliser un appareil ayant 4 centimètres environ d'épaisseur. Au bout de dix-huit jours le sujet appuyait déjà franchement.
Sur une bête déjà âgée (14 ans), Cavard appliqua un bandage confectionné avec de la tarlatane trempée dans un fort bain de plâtre; cet appareil prenait le Faut du sabot, remplissait complètement le paturon et remontait au-dessus du boulet, D'autre part, l’animal fut suspendu au moyen d’un appareil en cuir. Au bout de trois mois, la jument, quoique boiteuse reprenait son service.
Montmartin ayant à traiter une jument atlemte d’une fracture du paturon antérieur droit opéra de la facon suivante : Le membre blessé muni d’un bracele£ rembourré placé au-dessus du genou fut soulevé & l’aide d’une plate-longe reliée à une traverse de l’ap-
-pareil de soutien, de facon à mettre l’avant-bras dans
rade:
une direction parallèle au sol. Un aide fixant en bonne position, on appliqua un bandage plâtré. La suspension du membre fut maintenue 48 heures. Le pansement fut enlevé au bout de deux mois; le cal était peu volumineux, mais la marche était défectueuse. La bête fut conservée comme poulinière. :
Dans un cas semblable, /lix, opérant de la même manière, obtint un résultat identique.
Le cheval traité par Fayet fut placé immédiatement dans l’appareil de suspension, avec un bandage provisoire et soumis à l'irrigation continue. Le lendemain on appliqua un appareil en plâtre allant de la couronne jusqu'au milieu du canon. ( et appareil fut laissé pendant deux mois après lesquels le cheval fut mis en liberté dans un box. Le résultat n'étant pas satisfaisant l'animal fut abattu 150 jours après l’accident.
Hôrmer, dans un cas de fracture phalangienne, a utilisé avec succès un appareil de soutien. (elui-ci consiste en deux tiges de fer demi-rond, formant béquille, situées l’une à l’intérieur, l’autre à l’extérieur du membre fracturé, prenant point d'appui par en haut sur la partie-inférieure-du génou,-par en bas Sur le sol. Ces tiges sont fixées à une sorte de cuvette rembourrée qui emboîte la base du carpe, et leur longueur est calculée dé telle sorte que leur extrémité inférieure reposant sur le sol, les rayons inférieurs au genou restent
libres et soustraits à l'appui. Elles sont-reliées entre
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elles par trois courroies, dont l’une près du genou, une autre dans le voisinage du paturon, et la troisième vers la couronne. Le cheval traité par ce moyen ne boïtait plus six mois après le début.
Silbersièpe nous apprend comment, en pareil cas, on procède à l'Ecole de Berlin. En premier lieu, on combat l’æœdème inflammatoire au moyen de compresses astringentes et antiseptiques ou de pansements à la terre glaise vinaigrée. Ces pansements sont complétés par l'application immédiate d’une botte ouatée munie de deux éclisses en bois ou en fer blanc dont l’extrémité supérieure atteint la base du
carpe et du tarse. Au début, le cheval est seulement
attaché au râtelier, puis, au bout de quelques jours,
on le place dans l’appareil à suspension qu'il ne quittera plus avant la consolidation de la fracture. Lorsque l’ædème inflammatoire a disparu, on applique un bandage plâtré qui a pour point de départ les éponges du fer et qui s'étend jusqu'à la base du carpe et du tarse; il doit être épais et bien matelassé. Silbersièpe, d'accord avec Eberlein et Frôhner ne se montre pas partisan des béquilles préconisées par cértains auteurs, car il estime que ces appareils im- . les patients et exposent ainsi les praticiens à des insuccès. Au-bout de- trois ou quatre Semaines, le bandage plâtré est renouvelé. -H:-sera
supprimé après la formation définitive du cal, soit
environ au bout de deux ou trois mois. Enfin, pour favoriser l’ossification, l’auteur recommande l’administration journalière d'huile phosphorée.
Roy n’est pas partisan des appareils plâtrés ou silicatés qui comprimeraient les tissus mous et provoqueraient souvent de la gangrène. {hez un percheron de cinq ans, atteint d’une fracture longitudinale de la première phalange A. D. il appliqua depuis le milieu du canon jusqu’à la couronne, un appareil confectionné avec une large bande de toile trempée dans un mélange d’eau blanche et de teinture d’arnica. Ce bandage fut arrosé trois fois par jour avec cette même préparation. Il fut enlevé au bout d’un mois et demi; à ce moment le cal était très réduit et il ne persistait qu’une légère boiterie.
Pour en terminer, nous citerons une observation de Fôrsell, dans laquelle une méthode toute différente fut employée. Chez une jument de trait, une fracture de la première phalange est découverte. Sous la protection d’une asepsie minutieuse, on fit une incision de cinq centimètres intéressant la peau, le périoste et la partie inférieure de la gaine métacarpo-phalangienne. vec un foret ordinaire, on pratiqua un trajet perpendiculaire au plan de fracture de façon à permettre l'introduction d’une vis à bois de longueur suffisante. La place de la tête de vis avait été mé-
nagée par fraisage et la vis fut fortement serrée.
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Le périoste fut suturé au catgut et la peau avec de la soie. Enfin on appliqua un pansement. La guérison de la plaie opératoire se produisit par première intention et le membre opéré s’améliora nettement en l’espace de trois mois. Six mois après l’accident la bête fut remise aux travaux agricoles et continua son service. Cela dura huit ans au bout desquels elle fut sacrifiée. À cette époque, une radiographie montra
nettement la vis implantée dans l'os.