‹ Contribution à l'étude des fractures des phalanges chez le cheval et à leur traitementChapitre 21 sur 22 · OBSERVATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PERSONNELLE

Notre sujet est une jument de demi-sang, âgée de 12 ans, appartenant à M. F. v. d. B.d’O.;demeurant au château du P. F. à H.. en B... (Loir-et-cher).

Le 15 septembre 1926, la bête montée par le fils du propriétaire, s’en allait au galop dans une allée du parc, lorsque brusquement elle fit une chute. Très énergique, elle se releva aussitôt et, quoique ne pouvant prendre appui sur le membre antérieur droit, elle réussit à regagner son écurie pourtant éloignée de deux kilomètres du lieu de l’accident.

Ma visite eut lieu quatre heures environ après la chute. À ce moment, la jument était dans la position décubitale qu’elle avait prise dès l’arrivée. Klle était couverte de sueur et paraissait en proie à une vive souffrance.

À l’examen du malade, je découvris une cassure de la première phalange. Sans trop de difficulté, je pus me rendre compte qu’il y avait une fracture transver-

sale située près du bord supérieur de l’os. À ce niveau,

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sur une hauteur de 1 em. 1/2 environ, le phalangien paraît avoir été détruit, pulvérisé. Sans le moindre doute, il y a là toute une série d’esquilles de dimensions réduites. En tenant compte de cette particularité, et aussi du fait que la brisure est à proximité de l’articulation métacarpo-phalangienne, il est évident qu’une reconstitution satisfaisante de l’os est bien peu probable.

Sur la demande expresse qui nous est faite, nous décidons pourtant de traiter, après avoir conseillé, je l’avoue. l’abatage au sujet.

La première indication à réaliser était de remettre la jument debout et de la maintenir dans cette position. Je ne jugeais pas à propos de suspendre la bête au sens absolu du mot, car j’ai souvent remarqué qu’en cette circonstance, le patient se laisse aller sur la sangle, ce qui a rapidement un mauvais effet sur la santé générale. J’ai donc essayé de maintenir l’animal de façon qu'il garde un contact franc avec le sol; mais qu'il puisse prendre cependant toutes les positions de repos dans la station quadrupédale. À cet effet, je fis confectionner par un sellier deux fortes sangles (toile pour moissonneuse-lieuse) de deux mètres de long sur 25 centimètres de large, recouvertes d’un feutre de 2? centimètres d'épaisseur, et munies d’un large anneau à chacune de leurs extrémités. Par ailleurs, quatreanneaux.

destinés à supporter l'appareil de soutien, furent fixés

à distance voulue au plafond du box. Lorsque la jument fut relevée et amenée à la place choisie, une sangle fut passée sous le thorax, en arrière des membres antérieurs, et la seconde sous le ventre en avant des grassets. L'appareil fut enfin amarré aux anneaux au moÿen de longes solides.

Il nous était alors possible d'intervenir sur le membre malade. L’avant-bras étant maintenu en position horizontale par un aide, j'ai d’abord confectionné un pansement avec de l’ouate de tourbe et appliqué trois attelles (deux latérales et une postérieure) constituées par des lattes à plâtre, et maintenues sommairement à l’aide de ficelles. Sur ce premier bandage, j’ai enroulé successivement deux épaisseurs de bandes plâtrées, et ensuite de la gaze trempée dans du plâtre à modeler. Puis, le tout fut recouvert d’une couche de la même substance, de façon à donner plus de régularité et une épaisseur suffisante à ce pansement que nous voulions inamovible et qui s’étendait de la couronne à la partie supérieure du canon.

Enfin, pour éviter tout accident possible, pensionsnous, à la fois pour protéger le plâtre que nous venions de faire et donner plus de fixité aux abouts osseux, nous avons complété ce bandage au moyen d’un ferrement. Celui-ci, exécuté d’après nos plans, se composait de trois tiges en fer, reliées entre elles et maintenues

par deux demi-cercles de même métal (voir les deux

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photographies de l’appareil. La partie inférieure a été ajoutée ensuite, comme nous le verrons plus loin). La mise en place et l'ajustement en étaient faciles, grâce à des courroies qu'il était possible de serrer au degré voulu. |

Ce ferrement fut appliqué de facon que l’extrémité inférieure vint toucher le sol.

Dans les jours suivants, la souffrance paraissait abolie. L’appétit était revenu, la bête était gaie et ne semblait nullement incommodée par l’appareil de suspension, le bandage et le ferrement.

Vers le 5e et 6e jour, la gêne était si peu marquée que la jument commençait à gratter le sol avec son membre brisé. 48 heures après, la pince du pied était amenée en contact avec la terre et ébauchait un commencement d'appui. Cette constatation, pour attendue qu’elle soit, ne faisait que confirmer notre impression défavorable du début. Si cet état de chose n’était changé à bref délai, l’échec était certain, que nous assistions à l’évolution d’une pseudarthrose ou d’un cal vicieux.

Dans ces conditions, nous avons complété notre appareil de la façon suivante : les trois tiges primitives furent prolongées vers le bas au moyen de trois lames fixées aux premières et qui, en se recourbant en dedans pour former un 1 rigide, constituaient ainsi, à unedizaine de centimètres au-dessus de la sole, un point d’appui

suffisamment solide et qui empêchait parfaitement

Une des premières sorties de la jument accidentée. Quelques jours après sa libération de l'appareil (30 octobre 1926)

Photo de la jument prise le 10 novembre 1928 (2 ans aprés l'accident,

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le pied de venir toucher le sol. (Cf. les deux photos de l’appareil définitif.)

Après mise en place de ce ferrement modifié pour éviter la fatigue du bipède antérieur et rétablir l’aplomb, je fis enlever les pavés au-dessous du membre fracturé.

Par la suite, l’évolution fut favorable. La jument con-

servait sa gaieté, l’appétit était excellent et nous n’avons jamais constaté de signe de fatigue. En plus de la ration journalière nous fimes donner :0 grammes de préparation phosphatée iautre part, si la bête frappait le sol de son membre malade, il n’en résultait à peu près aucun inconvénient, la région fracturée étant parfaitement immobilisée et protégée.

Aussi, le 25 octobre, c’est-à-dire trente neuf jours après l'accident, nous décidons de libérer notre patient. Nous enlevons alors ferrement et bandage et nous avons l’agréable surprise de constater que la fracture était totalement consolidée par un cal assez volumineux, mais résistant.

Dans ces conditions, la bête, ayant son membre libre, fut encore laissée dans l’appareil de suspension pendant 5 jours. Enfin, le 50 octobre, elle fut conduite dans un box et laissée en liberté.

À cette date, la boiterie était naturellement très accusée, mais pourtant, au cours du faible appui, le

jeu du membre paraissait régulier.

Notre malade fut laissée à l'écurie pendant tout

1} tr s Ga ps RARES , 2e s à . À l'hiver, puis à partir d'avril, elle fut mise au pâturage.

Instantané pris le 10 novembre 1928.

Enfin, un an après l'accident (septembre 1927), la jument étant exercée au trot, on put constater que si elle boitait visiblement au départ, la claudication devenait imsignifiante au bout de peu de temps. Nous donnerons une idée de la guérison satisfaisante que nous avons obtenue, en précisant que depuis cette époque, la bête a été montée à nouveau et que maintenant (août 1928) elle saute parfaitement (cf. photo prise lors d’un saut d’obstacle).

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