‹ Contribution à l'étude des fractures spontanéesChapitre 16 sur 40 · EME) TRE · texte numérisé non relu

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Follin, c'était aussi celle de Swediauer, de Vidal de Cassis. Gosselin pense que la syphilis, loin de donner de la fragilité aux os tendrait plutôt à augmenter leur solidité par la production de periostoses et d’exostoses.

Tous les auteurs classiques qui parlent de la fracture de la clavicule insistent sur sa fréquence dans la syphilis : de fait, pas plus pour cet os que pour le reste du squelette, il n’existe d'observation absolument probante.

Dans sa thèse sur la syphilis de la clavicule M. Laporte tout en ne niant pas formellement la fracture de cause générale, la considère comme très problématique.

Ici, plus encore que pour le cancer, on doit se montrer exigeant pour les détails fournis par l'observation, par la raison que les lésions locales, celles d'ostéite gommeuse en particulier, peuvent très facilement passer inapercues à un examen superficiel, et l’on commet l’erreur grossière de considérer comme étant due à un état général dyscrasique une fracture qui est liée en réalité à une altération locale spécifique. L'étude des lésions de la syphilis osseuse n’est achevée que depuis ces dernières années grâce surtout aux beaux travaux de l’École de Lyon, en particulier, aux recherches de M. Gangolphe.

Depuis qu’on connait mieux ces altérations, survenant surtout dans la période tertiaire de la syphilis, on s’est montré plus sceptique à l'égard des observations anciennes, et nous voyons des cliniciens tels que MM. Fournier et Lancereaux nier complètement l'influence générale de la syphilis sur le squelette. En Allemagne, Volkmann rattache également les faits d’atrophie et de fragilité osseuse décrits chez les syphilitiques à des lésions d’ostéite gommeuse.

Pour trancher la question il faudrait faire un examen complet du tissu osseux en choisissant de préférence les pièces de sujets frappés pendant leur vie de syphilis grave, chez lesquels la ma- Jadie se manifeste, dès le début, parfois, par une allération profonde de l'organisme. Nous n'avons pas eu l’occasion de recueil-

lir des pièces semblables. A défaut de faits personnels, nous BOUGLÉ 6

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exposerons l’ensemble des faits publiés, parmi lesquels, quelques-uns, nous semble-t-il, ont une réelle importance.

Oss. 23 (pe Brescaer). — Il s’agit d'un cas de syphilis constitutionnelle chez un adulte qui rendait chaque jour avec son urine une grande quantité de sels calcaires et qui s'était fracturé plusieurs fois dans son lit les cuisses et les bras par la seule force des contractions musculaires. Breschet le traita au moyen du sublimé et fit disparaitre cette fragilité osseuse.

Cette élimination de sels calcaires par les urines indique que le malade était dans un état marqué de dénutrition générale ; il présentait une sorte de diabète comparable au diabète phosphaturique que J. Teissier a décrit au début de la tuberculose pulmonaire. L'influence favorable du traitement spécifique semble prouver que cet état dyscrasique élait directement lié à la syphilis. On peut donc supposer qu'il s'agissait dans ce cas de véritables fractures spontanées.

En 1847, Venot de Bordeaux a signalé plusieurs faits qui ont soulevé de nombreuses discussions. Récemment encore dans son Traité des maladies infectieuses el parasitaires des os, M. Gandolphe crilique ces observations et les rejette comme étant si peu explicites et si peu détaillées qu’elles ne sont pas démonstratives. Il en est une cependant qui a plus de valeur : l’autopsie a été faite et a montré des lésions généralisées à tout le squelette :

Ogs. 24. — Eugénie B... entre à l’hôpital le 19 janvier 1846. Agée de 27 ans. Cette femme n'avait eu que deux chancres assez bénins. Il y a 5 ou 6 ans, elle en fût traitée, mais irrégulièrement, elle ne prit à l'intérieur que de la tisane de salsepareille. Depuis lors, elle eut d’abord chaque année une rhinite au printemps et à l'automne, puis plus tard une otorrhée. Peu à peu, la carie envahit les os du nez, enfin une éruption pustuleuse générale se déclara offrant tous les caractères de la syphilis. En même temps était survenu l’amaigrissement, la prostration physique et morale, une toux sèche, la fréquence presque fébrile du pouls. M. Venot prescrivit le sirop de protoiodure de fer, les infusions de quinquina, les bains gélatino-sulfureux,uhe alimentation analeptique, un peu de vin de Bordeaux. En 8 jours, il y avait déjà un peu de mieux. Le 3 février, une infirmière, en déposant sur le lit de cette malade la boîte à pansement, l’applique juste, mais sans effort pourtant, sur sa

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cuisse droite et lui casse Le fémur, comme elle aurait brisé un tube de verre. La fracture siégeait vers le tiers supérieur. Elle fut peu douloureuse et mise de suite en appareil, ce qui n’occasionna aucune souffrance. Mais la malade absorbée par la crainte de voir ses autres os se briser tomba dans un état de stupeur qui augmenta la fièvre ; la diarrhée, la toux, l’expectoration, les sueurs nocturnes s’y joignirent ; enfin, quoiqu’on eût enlevé l'appareil, la mort eut lieu le 27 février.

Autopsie : aucun travail de consolidation n'était commencé entre les fragments. Le système osseux fut trouvé ayant une faible cohésion. La plus légère torsion des côtes suffisait à les briser. La substance dite compacte des os des membres résistait si faiblement que le radius et le cubitus se cassèrent dans une traction exercée sur le bras droit, pour soulever le cadavre.

Ogs. 25 (de CHapwicr, 1854). —- Un homme jeune, mais affaibli et cachectique, âgé de 30 ans, avait mené une vie assez irrégulière pendant sa jeunesse. Il avait commencé à s’alcooliser à 14 ans et avait contracté la syphilis à 16 ans. Jusqu’à l’âge de 20 ans, il avait présenté des accidents syphilitiques à quatre reprises différentes et avait subi un traitement mercuriel. Il se fractura l’humérus droit en soulevant de son lit un petit enfant; quinze mois après, il se fractura l’humérus gauche en retirant une casserole du feu. Pendant 7 ou 8 ans, il se fractura plusieurs fois les membres inférieurs et supérieurs, et pendant les 3 ou 4 dernières années de sa vie, il ne pouvait marcher qu'avec des béquilles. Une fois il se fractura le fémur en repoussant une chaise avec le pied.

Le fait intéressant est ici la multiplicité des fractures ; faut-il admettre autant d’ostéites syphilitiques ? ne s’expliqueraientelles pas mieux par une altération du squelette de cause générale ?

Soutenant l'influence générale de la syphilis sur le tissu osseux. Alcantara publiait en 1858, l'observation suivante, qui n’est cependant pas absolument probante :

Ogs. 26 (ALcanTARA, 1858).— N... 54 ans, admis à l’hospice des incurables depuis quelques années, ancien syphilitique, ne jouit pas d’une bonne santé, sa constitution est affaiblie.

Le 4° octobre 1836, il se promenait dans la cour de l'établissement lorsqu’en se baissant pour poser sa main gauche sur la jambe du côté opposé, il ressentit une violente douleur au bras accompagnée d’un craquement très distinctement perçu. Quand il se releva, le bras pendait inerte le long du corps, et une douleur intense dont il était le siège obligea M... à se rendre à l'infirmerie, où l’on constata une fracture complète de l’humérus, un peu au-dessous de l'insertion du deltoïde.

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I prenait de l'iodure de potassium, et se plaignait de douleurs dans les jambes : exostoses syphilitiques aux deux tibias et au bord antérieur de la clavicule. Cependant, jamais il n’avait ressenti aucune douleur aux membres supérieurs.

Huit jours après, le malade, voulant se mettre sur son séant, saisit de la main droite la corde qui pend au milieu du lit et qui sert d'appui au malade quand il doit se soulever. Tout à coup N... pousse un cri, un bruit de craquement très distinct se fait entendre et son bras tombe sans mouvement sur le lit ; il était également cassé. La fracture siégeait encore à l'humérus, au même niveau que celle du côté opposé, c’est-àdire un peu au-dessous de l'insertion deltoïdienne.

Traitement antisyphilitique et phosphate de chaux. Consolidation des deux fractures dans les délais normaux.

En 1884, dans sa thèse, M. Gellé soutenait l'influence générale de la syphilis sur le squelette et arrivait à cette conclusion :

« La syphilis acquise conslilue presque toujours à la période tertiaire une cause prédisposante aux fractures, cause qui apparait des plus nettes dans nombre de fractures spontanées soit que la syphilis ait engendré une altération générale du système osseux comme paraissent le démontrer quelques rares observations, soit qu'elle ait déterminé une lésion locale qui a diminué en ce point la résistance de l'os. Elle retarde dans un certain nombre de cas les fractures ; quelquefois elle est une cause de pseudarthrose bien que dans la majorité des cas, la fracture se consolide à la suite d’un traitement approprié ».

Les seuls faits précis publiés sur les alltérations du squelelte chez les syphilitiques sont ceux de M. Charpy. Cet auteur, sur la prière de M. Gangolphe, a fait l'examen complet d'os longs pris sur des cadavres de syphilitiques. Il étudia en particulier le péroné sain (en apparence) d’un syphilitique tertiaire porteur de lésions viscérales et de gommes dans le fémur et l'humérus. Ce péroné se brisa sous un poids de 100 kilogs dans des conditions (rupture à la flexion par pression d'un segment diaphysaire de longueur déterminée), où un péroné normal se brise vers 300 kilogs. En tenant compte de l’âge du malade (61 ans), de l’élat gras des os, on peut admettre que la ténacité

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osseuse d’un sujet normal peut à cet âge s’abaisser à 200 kilogs. Il y avait donc une diminution d'environ 50 0/0 dans la solidité du squelette.

M. Charpy examina ensuite les péronés d’un homme de 20 ans, syphililique tertiaire avec gommes viscérales et articulaires. Ces péronés parfaitement sains en apparence se brisèrent à 175 kilogs au lieu de 800 kilogs (péronés normaux).

L'examen physique ne révéla aucune altération pouvant expliquer cette fragilité : le microscope ne décela aucune lésion de structure.

M. Guérin, chef des travaux de pharmacie à la Faculté de Lyon fit l'analyse chimique de ces péronés et trouva pour l'os desséché :

Matière organique. ÉTÉ) MA DÉPERMINOTALE Er M. De ln. die ne 110000

Ces chiffres sont normaux et concordent, ainsi que le fait remarquer M. Charpy, avec les résultats de Frémy, el ceux de M. Dufourt.

Les 65,55 de cendres se répartissaient ainsi :

Phosphate tricalciqué de chaux : 2. : 57,31 PROSPRATÉNTErNMASNES RE EN re lEUE PDO DETTE ER PR NT nt era: em 0,62 Carbhonate le Chaux EUR LE Re. sc 00 40 ETTONUN EC COICUMAEEA EE NR E N . ee1:31 CLONE Re RAR CE ONE IE APE ET DCS SUCER PR Tr PR Re er UP Rent PE 0530

Le fluorure de calcium seul se trouve en quantité inférieure à la normale. Or, il résulte des travaux de Frémy, publiés en 1855, que le fluorure de calcium joue un rôle important dans la solidité de l’émail des dents. Par analogie M. Guérin pense qu'il doit contribuer à la ténacité du tissu osseux. Ce raisonnement l’a conduit à le rechercher comparativement dans des péronés du même âge, en rapprochant les uns des autres, le péroné normal, le péroné syphilitique fragile et le péroné phtisique d’une solidité anormale comme l’a montré M. Charpy et comme nous le verrons plus loin ; voici les résultats :

MA tes

Fluorure de calcium Pour 100 de cendres on trouve :

dansle péroné des phlisiques "1,.02;92 — des sujets ordinaires, . . . . . . . 2,43 — des -SYDAITIqUES RE RE Me C7

Et M. Charpy conclut en disant. « [1 est donc possible que la fragilité des os syphilitiques tienne à la diminution d’un de leurs éléments importants de résistance, le fluorure de calcium ».

Rappelons pour mémoire qu’on a incriminé le traitement mercuriel comme cause prédisposante aux fractures. Virchow, l’admit, Gurlt également. Ce dernier auteur prétendit que les mineurs d’Almaden sont très sujets aux fractures et que, d’ailleurs, celles-ci guérissent facilement. On a démontré depuis que cette action du traitement mercuriel antisyphilitique était absolument nulle. Quant aux fractures des mineurs d’Almaden, Junkers, Singer et Papenheim ont prouvé qu'elles ne sont pas plus fréquentes que chez les ouvriers qui ne sont pas exposés aux vapeurs mercurielles.

Cependant, cette action nocive du mercure fut encore soutenue récemment par M. Lewin à propos d’une fracture chez un syphilitique dont M. Kôühler présentait l'observation à la ke séance de l'Association libre des chirurgiens de Berlin. M. Kôühler incriminait une ostéite gommeuse pour expliquer la fracture du bras droit survenue sous une influence légère. M. Lewin pense que la fracture pourrait être attribuée au mercure qui dissolverait le phosphate de chaux des os. Une partie des phosphates désassimilés serait fixée dans les reins et l’autre portion éliminée par les urines.

En résumé, la question des fractures spontanées dans la syphilis est à l’étude, et, dans l’état actuel de la science il est difficile de se prononcer pour ou contre leur existence. Bien que la plupart des auteurs les nient, nous ne pouvons nous empécher d’être frappé des expériences de M. Charpy sur la résistance comparative du péroné chez l'homme sain et chez le syphilitique. De nouvelles recherches histologiques et chimiques sur

pere

des os fracturés ou non, permettront seules de trancher la question. Dès maintenant ne peut-on pas admettre, dans des cas exceptionnels il est vrai, que la syphilis agissant comme maladie générale, cachectisante, puisse entrainer une fragilité particulière du squelette, quelque chose comme l’atrophie sénile du

squelette avant l’âge, c’est l’opinion de M. le professeur Berger, nous l’adopterions volontiers.

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