CHAPITRE PREMIER
Fractures spontanées dans le cancer.
Dans chacun de ces chapitres, nous commencerons par l’histoire critique des faits publiés avant nous tant dans le domaine clinique que dans le domaine anatomo-pathologique, négligeant d'emblée les observations qui nous paraissent partropsuspectes, puis nous exposerons nos recherches personnelles.
A. — J. L. Petit, le premier, a attiré l'attention sur ce genre de fractures survenant sans infection cancéreuse locale.
Bérard, Vidal de Cassis ont signalé également des fractures spontanées dans le cancer et invoquent pour les expliquer l'influence du suc cancéreux.
Lebert, dans son Traité des maladies cancéreuses, admet deux formes, dont la deuxième «ne peut être démontrée ni par le scalpel, ni par l’œil nu, ni par le microscope, ni par la chimie ; cependant, elle existe absolument comme le poison du serpent à sonnettes que rien n’a pu encore découvrir, et dont l'action toxique est des plus rapides et des plus énergiques ».
Rumpelt, Malgaigne, Gurlt, admettent l'influence dela diathèse sur la résistance du squelette.
Dans son Cours de Pathologie Générale, M. le professeur Terrier décrit chez les cancéreux une raréfaclion du tissu osseux indépendamment d’une lésion cancéreuse locale. Pour M. Terrier,
cette altération du squelette explique le relard de la consolidation des fractures.
Tout en admettant l'influence du cancer sur le système osseux, Malgaigne constate que cette influence s'exerce exceptionnellement et dans des conditions encore peu connues. Dans les autopsies qu'il a eu l’occasion de pratiquer à Bicêtre sur des cancéreux avérés, il n’a jamais constaté cette fragilité des os. Le même auteur ajoute que,dans des autopsies de cancer avec fractures, Dupuytren a trouvé des lésions cancéreuses au niveau des foyers de fractures et que les autres os étaient friables,mais nullement changés dans leur forme et leur couleur.
Cependant A. Nélaton niait toute action de la cachexie cancéreuse sur le tissu osseux. Gosselin cherchant à fracturer sur la table d'amphithéâtre les os des sujets morts d’un cancer n'a jamais pu y réussir et a constaté que ces os présentaient leur consistance normale. É
Voici comment s’exprimait Bayle: « On a affirmé que le vice cancéreux ramollissait les os; on a dit qu'il les rendait friables, qu'il les disposait à se casser avec une inconcevable facilité. Cela peut être vrai dans quelques circonstances où les os deviennent le siège d’une dégénération cancéreuse ; mais, dans ces cas, le ramollissement n’a lieu que dans les endroits dégénérés et cancéreux. Le reste du système osseux n’est point fragile et, chez les individus affectés d’un cancer, les os ne deviennent pas universellement fragiles, comme on l’a avancé. J'ai examiné avec un soin particulier l’état des os chez les individus qui avaient succomhé à des maladies cancéreuses, et, quoique j'aie ouvert un nombre très considérable de ces sujets, je n’ai pas observé que leurs os fussent plus faciles à casser que ceux des autres sujets qui avaient le même âge et dont la maladie avait eu la même durée. Il est probable qu'on aura attribué au vice cancéreux loutes les lésions avec lesquelles on l'aura trouvé réuni ; dès lors, il n’est pas étonnant que chez des sujets âgés ou malades, et alités depuis longtemps, ou profondément scorbutiques, ou bien affectés de quelque maladie des
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o$, on ait observé cette extrême fragilité dont on a fait si grand bruit, et qui, dans la réalité, n’est peut-être pas plus fréquente chez les sujets cancéreux que chez les autres malades qui succombent à des maladies de très longue durée. On sait que chez les vieillards, les os se cassent ordinairement avec une incroyable facilité. La même chose arrive quelquefois à la suite des maladies chroniques qui pendant longtemps ont tenu les malades dans l’inaction. Si donc un individu qui est très âgé a un cancer, il ne faut pas attribuer au cancer la fragilité des os qui tient à la vieillesse. Il en est de même des autres circonstances dans lesquelles le cancer coexiste avec la fragilité des os sans en être la cause ».
Une telle affirmation venant d’un observateur de la valeur de Bayle donne à réfléchir; nous pensons cependant que les faits que nous allons citer démontrent suffisamment que Bayle s’est trop hâté de généraliser ses recherches nécropsiques.
Clipet, dans son élude sur les rapports des lésions traumatiques avec les maladies générales, dit que les fractures ne surviennent pas plus facilement chez les cancéreux que chez les autres sujets, à moins que les os ne soient eux-mêmes le siège de la manifestation diathésique.
John H. Packard, dans l'Encyclopédie inlernationale de chirurgie, n'admet que les lésions cancéreuses locales sans action vénérale sur le squelette,
Enfin, M. Simon conclut dans sa thèse d’agrégation que «cette friabililé osseuse que l’on rencontre chez certains malades n’est pas absolument la règle, et qu’elle ne s’observe que dans certaines condilions encore mal déterminées ». C’est, ditil, surtout, comme l’a montré Gilletie, à la période ultime de laffeclion, chez les cancéreux cachectiques, qu’on la rencontre.
B. — Parmi les observations qui existent dans la science, il faut convenir qu'un petit nombre seulement d’entre elles présente un caractère suffisant d'authenticité ; nous regrettons avec Boyer qu’on ne se soit pas plus souvent assuré de l’état