‹ Contribution à l'étude des fractures spontanéesChapitre 7 sur 40 · LAC · texte numérisé non relu

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des os par l'examen anatomique des cadavres et par les réactifs chimiques.

L'observation de Pouteau, partout reproduite, est une des premières en date, et aussi une des plus intéressantes. Nous la prenons dans son Mémoire sur le vice cancéreux et sur le moyen de le combattre, el nous la résumons :

O8s. 1. — Extirpation d'une tumeur cancéreuse ulcérée de la grosseur d’un poing que portait à la mamelle gauche l’épouse du sieur Brugnet, dessinateur, âgé de 50 ans.

Le troisième jour après l’opération, elle eut l’un et l’autre poignet entrepris par une humeur rhumatismale avec douleur, rougeur et enflure. (II semble que la malade de Pouteau ait eu un rappel de rhumatisme articulaire aigu à moins qu'il ne s’agit d’une infection articulaire peu intense, car il est stipulé que les lèvres de la plaie furent écartées par la suppuration). La cicatrisation se fit. Les arthrites du poignet disparurent. La malade eut encore quelques douleurs sur ja partie antérieure de la poitrine, quatre mois après la guérison du cancer, mais elles cédèrent aisément à quelques remèdes. Un an après, douleurs dans les hanches et les cuisses assez intenses pour forcer la malade à garder le lit dans l’impotence absolue. Cet état durait depuis un an, lorsque la malade demanda à sa servante de lui soulever une cuisse ; elle ressentit une douleur atroce et perçut un craquement sonore. Pouteau appelé trouva la cuisse si tuméfiée et les douleurs si fortes au moindre attouchement qu’il ne pratiqua pas la réduction de la fracture. Pouteau ajoute qu’il n'avait d’ailleurs aucun espoir, ayant, dit-il, eu quelques occasions de voir l’impossibilité de sonder de pareilles fractures. Il traita la malade par l’eau à la glace pour toute nourriture pendant deux mois consécutifs. Par ce régime, dit-il, (il vaudrait mieux dire, malgré ce régime) les douleurs disparurent et les pièces osseuses se soudèrent avec chevauchement. La consolidation fut suffisante pour que la malade püt se servir sans peine de sa cuisse. Pouteau ajoute que le cal était un peu exubérant. La malade survécut plus de deux ans à cette guérison et mourut hydropique.

Notons dans cette observation : les douleurs osseuses prémonitoires et la facilité de la consolidation.Evidemment une preuve manque pour affirmer la nature exacte de la fracture,c’est l’examen direct; mais la formation d’un cal solide nous semble être une raison suffisante de penser qu’il s'agissait bien là d’une fracture spontanée dans le sens que nous donnons à ce terme et non d’une localisation osseuse du cancer.

DEP” PE L'observation suivante, de Maréchal, rapportée également par

Pouteau est plus démonstrative ; ici, on a fait l'examen direct des os et on a constaté qu’il n’y avait pas de cancer local.

Ogs. 2 (Résumée). — Une demoiselle de 45 ans s’apercut d’une glande squirrheuse au sein pour laquelle elle consulta M. Maréchal, premier chirurgien du roi et M. Guérin le père. L'opération fut décidée et pratiquée par M. Maréchal après les préparatifs convenables. Guérison en 45 jours. La malade va en convalescence à la campagne. Au bout de quelque temps, des douleurs qui se firent sentir par tout le corps et qui continuèrent, la firent revenir à Paris, où elle languit pendant dixhuit mois dans des douleurs si violentes qu’elle ne pouvait se tenir dans aucune position ; elle fut enfin obligée de se mettre au lit sans pouvoir presque s’y remuer. Dans cet état,comme elle voulut un jour se tourner pour recevoir un lavement, elle ressentit à la partie supérieure de la cuisse des douleurssi vives qu’elle tomba en sy ncope.On appela MM.Guérin et Boudot qui trouvèrent la cuisse cassée à la partie supérieure, près de son col; ils en firent la réduction; mais une fièvre que la malade avait depuis longtemps et des douleurs affreuses qu’elle sentait dans l’autre cuisse plus que dans celle qui était cassée, l’affaiblirent tellement qu'elle mourut six semaines après cette fracture. En examinant cette cuisse, on trouva, au-dessus et au-dessous de la fracture jusqu’à la moitié de l'os, que la substance était ramollie et vermoulue. Le périoste était détachée de l’os, sans qu'il y eût aucun changement de couleur à la peau.

Pouteau signale encore l’observation suivante due à Morand.

OBs. 3. — Une demoiselle avait un cancer au sein dans un temps critique. M.Morand en fit l’opération et la malade fut guérie assez promptement.Elle paraissait rendue à son état naturel lorsqu'elle se cassa la cuisse dans son lit. Elle mourut quelques mois après. Le fémur fut trouvé ramolli, et, en le desséchant peu à peu à l'air, il est pour ainsi dire, tombé en poussière,

L'observation suivante due à Louis est moins probante ; notons cependant qu'il y eut deux fractures sur deux os éloignés l’un de l’autre.

OBs. 4. — Une religieuse de soixante ans eut un bras cassé par un cocher qui laidait à monter en carrosse. Sept mois après, étant assise dans un fauteuil, et laissant tomber négligemment sa main sur sa cuisse, l'os de cette partie se cassa. M. Louis n'apprit qu'après les questions

les plus pressantes sur les causes de cette fragilité des os que cette dame BouGLÉ È 3

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portait au sein un cancer ulcéré. Ces deux fractures précipitèrent La malade dans le tombeau.

Malgaigne dit, en rapportant cette observation qu’il n’y eut pas de consolidation ; cependant Pouteau, en la relatant, ne ditrien de semblable. |

L'existence ou non de la consolidation a une grande importance : il nous semble, en effet, qu’il est presque impossible d'admettre qu’il puisse y avoir consolidation lorsque la fracture est liée à une invasion cancéreuse de l'os. C’est pour cette raïison que nous attribuons une réelle valeur à l'observation personnelle de Pouteau, très complète à ce sujet.

Malgaigne cite un fait de J. L. Petit qui ne nous parait pas suffisamment concluant; mais voici une observation de Rumpelt, plus explicite :

OBs. 5. — Une femme de 60 ans, affectée, il y a huit ans de la pierre et quatre ans plus tard d’une inflammation des tissus du bassin, souffrait depuis deux ans d’une induration des glandes mammaires s'accompagnant d’une atrophie de tout l’organisme. Depuis un an elle a des douleurs dans les articulations et les lombes qui l'ont forcée à garder le lit ; il y a sept mois, il était survenu une inflammation du basventre. Dans cet état, la malade fut réveillée pendant la nuit par une douleur très vive au milieu de la cuisse droite ; à l'examen de la partie affectée on trouva une fracture qui s'était faite pendant le sommeil, dans une flexion de la cuisse sur le bassin. Le membre fut placé dans un appareil, mais l’état cachectique s’opposa à la consolidation. Quinze jours plus tard, il survint à la troisième vertèbre lombaire un abcès par congestion de la grandeur d’un écu et une eschare gangréneuse à la douzième vertèbre. Quelques jours après, la malade succomba au milieu de ces symptômes de colliquation, dans les derniers degrés du marasme, Autopsie : 10 On trouva les os du crâne et de la face considérablement atrophiés ; 20 le sternum recoquillé et comme boursouflé ; 3° les os du bassin disjoints de leurs articulations ; 4° les vertèbres lombaires déviées ; 5° les vraies côtes brisées ; 60 une double fracture du fémur droit.

Malgaigne fait remarquer que la lésion osseuse est parfois partielle et locale, et cite le cas suivant :

Ops. 6. — Une femme à laquelle il avait emporté un cancer du sein

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succomba à la récidive ; il fit l'autopsie et trouva les côtes sous-jacentes tellement amincies qu’elles n'avaient pas deux millimètres d’épaisseur. Elles étaient de plus ramollies, gorgées de sang, faciles à plier et à rompre, d’ailleurs sans aucun vestige de dégénérescence. Les côtes

de l’autre côté et le reste du squelette étaient dans un état tout à fait normal.

Ogs. 7. — (in Lancette française, 1832.) — M. H. Bouvier, agrégé de la Faculté, dans sa leçon de mardi dernier sur l'inflammation a présenté aux auditeurs le squelette d’une femme qui entra à l’hôpital Beaujon pour se faire traiter d’un cancer qu’elle portait au sein.

L'extirpation en fut pratiquée par M. Blandin ; l'opération faite et la plaie pansée, la malade se disposait à regagner son lit lorsqu’elle se fractura soudainement le col du fémur sans aucune cause apparente.

Cette femme ayant succombé, l’ouverture cadavérique fut faite et l’on trouva le fémur fracturé vers l’union du col avec le corps de l'os. Ce col était converti en une espèce de coque osseuse qui recélait une substance adiposéreuse, compacte, résistante, criant sous le scalpel comme de la couenne de lard, d’une couleur jaunâtre à la circonférence et rosée dans le centre. En un mot, cette substance présentait tous les caractères de l’induration qu’on a nommée grise. La subslance compacte du fémur et des autres os est d'une friabilité telle qu'on peut, sans le moindre effort, le réduire en fragments plus ou moins gros ; le canal médullaire des os longs renfermait, au lieu de moelle, une substance semblable à celle qu’on avait trouvé dans le col du fémur qui s’est fracturé spontanément.

Les os du crâne eux-mêmes qui, dans l’état normal offrent unfe orte résistance étaient tellement ramollis que lorsqu’on ouvrit la cavité crânienne, un seul coup de marteau, légèrement donné, suffit pour les entamer,

M. Borel, dans sa thèse rapporte un cas observé par Verneuil et communiqué oralement à M. Bourras.

OBs. 8. — Une femme de 35 ans, petite, chétive, mal portante, mais encore assez active pour s'occuper des soins de son ménage entra dans le service de M. Verneuil vers le mois de juillet 1877, pour une fracture de la diaphyse du fémur droit. L'accident avait eu lieu la veille, en quelque sorte spontanément car il avait suffi à la malade de se retourner brusquement dans sa chambre pour se rompre l'os. Elle ne tomba pas néanmoins, et, malgré la douleur se traina jusqu’à son lit. La fracture siégeait sur des os sains en apparence (pas de tumeur préexistante appréciable), en outre : cancer ulcéré du sein qui datait de 18 mois et qu'elle n'avait jamais voulu laisser opérer. L’extrémité supérieure du fémur gauche présentait depuis deux ou trois mois une tuméfaction dif-

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fuse que M. Verneuil jugea être une tumenr cancéreuse secondaire, Mort le septième jour après l'accident, Autopsie, fracture légèrement oblique du fémur ; la diaphyse de cet os avait des parois fort minces et un très ample canal médullaire, mais on ne trouvait pas de cancer au niveau de la rupture osseuse.

Voilà une observation bien démonstrative ; nous regrettons que l'examen histologique et chimique des os n'ait pas été fait.

Os. 9. — (in thèse BorgL). — Cancer. — Fracture spontanée. — Le professeur Richet fit dans une de ses cliniques le récit du cas suivant : la dame d’un grand personnage s’étant fracturé la cuisse en montant en voiture, M. Richet appelé par M. Oulmont constata la fracture et trois semaines après la malade lui montrait une tumeur squirrheuse du sein qu’elle portait depuis plusieurs années. Néanmoins la fracture se consolida au bout de deux mois. On n’avait pas trouvé de tumeur sur le fémur.

Cette observation est intéressante, quoique incomplète ; cette consolidation faite à peu près dans le délai normal nous porte à penser qu’il s'agissait bien là d’un cas de fracture spontanée avec le Sens que nous donnons à ce terme.

OBs. 10. — (Extraite du Bulletin médical des Vosges, 1892. Doct. Larpier). (Résumée.) — Mme P..., âgée de 55 ans, atteinte de carcinome de l’utérus depuis trois ans. Pleurésie gauche dans les premiers jours de décembre. Au bout de deux mois l’épanchement s'est presque complètement résorbé sans thoracentèse. Sur ces entrefaites, la malade toussant toujours, devenue absolument cachectique, ne se levant plus, dans le cours de la nuit du 31 décembre 1883 au {er janvier 4884, dans un effort de toux un peu plus violent que les autres, sentit subitement un craquement au côté droit de la poitrine, accompagné d’une douleur vive. L'examen direct permit de constater la présence d’une fracture siégeant au niveau de la grande courbure de la 5° côte droite : crépitation très nette. Immobilisation du thorax à l'aide d’un bandage de corps. Pas de consolidation au bout de trois semaines. On supprime le bandage gênant la respiration et la malade conserva sa fracture de côte jusqu’au jour de sa mort qui eut lieu le 12 mars 1884.

OBs. 11. — (Ibidem.) (Résumée.) — Mme G..., âgée de 46 ans, porte depuis de longues annnées un cancer utérin. Elle à un carcinome secondaire du sein gauche avec infection ganglionnaire multiple.

Le 3 février 1880, Mme G..., après s'être levée quelques instants, remonte dans son lit, ayant placé son genou droit sur le rebord du sommier, elle fait un léger effort pous soulever le corps entier, en s’aidant de ses deux membres supérieurs, quand brusqnement un craque-

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ment se produit à la partie supérieure de la cuisse droite. M. Lardier appelé constate une fracture intra-capsulaire du col du fémur gauche.

Mortpeu de temps après. Aucune consolidation, mais le lieu de la fracture pas plus que dans le cas précédent, n'avait été le siège d’aucun travail inflammatoire, d'aucune poussée néoplasique. L'autopsie ne put être faite.

Dans les réflexions qui suivent ces deux observalions M. Lardier insiste pour faire remarquer que bien que l’autopsie n'ait pu être faite, les signes cliniques observés pendant la vie témoignent qu'au niveau des deux fractures constatées, il n’exislait aucune localisation cancéreuse ; et M. Lardier conclut à deux faits d’ostéoporose cancéreuse.

Telles sont les seules observations que nous avons pu rassembler.

La plupart sont de date déjà anciennes. Si les chirurgiens en ont publié si peu dans ces dernières années, c’est peut être que, depuis qu’on connait la fréquence des cancers osseux secondaires, on a négligé de chercher systématiquement à l’autopsie la présence ou non de lésions manifestement cancéreuses.

L'histoire clinique de ces fracturés spontanées peut se résumer en quelques mots. Elles répondent bien à leur qualificatif de « spontanées », car elles se produisent sous la plus légère influence. C’est un accident rare survenant chez les sujets âgés, des femmes surtout, atteints de la forme lente du cancer. Il est quelquefois précédé de douleurs localisées dans le point de l'os qui doit se briser. La consolidation se fait dans les délais normaux, le plus souvent avec un certain relard. On a beaucoup insisté sur le retard de la consolidation dans les fractures spontanées liées au cancer; cela est surtout vrai pour les cas. de cancer osseux, nous pensons même que la consolidation doit être tout à fait exceptionnelle dans ces conditions. Malgaigne rapporte que Dupuytren a vu nombre de fois des fractures se consolider dans l’espace de temps requis, chez des femmes affectées de cancer du sein ou de l’utérus. IL est probable qu'il s'agissait de la variété de fractures que nous étudions en ce moment.

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