‹ Contribution à l'étude des gangrènes primitives multiples de la peauChapitre 27 sur 31 · C... Baptiste, âgé de 21 ans, ouvrier zingueur à Lyon · texte numérisé non relu

C... Baptiste, âgé de 21 ans, ouvrier zingueur à Lyon

Rien ne mérite d’être signalé dans les antécédents héréditaires. Tous les membres de sa famille ont toujours joui d'une excellente santé. Le père est âgé de 57 ans, et très vigoureux. La mère est morte à 38 ans.

Nous avons très soigneusement fouillé ses antécédents personnels sans rien trouver qui soit digne d'attirer l'attention. Ni lymphatisme, ni scrofulose. Pas de bronchites antérieures. Aucun signe de nervosime exagéré. Le sujet a toujours travaillé sans interruption et il affirme qu’il se trouve pour la première fois atteint d’une maladie qui l’oblige à se soigner.

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Nous avons particulièrement fouillé l'histoire du malade pendant les mois qui ont précédé l'éruplion sans rien trouver qui puisse faire croire à une affection syphilitique antérieure. Rien du côté du canal, de l'anus ou de la gorge. Jamais de dysphagie, jamais d'adénopathie inguinale ou sous-maxillaire. Ni maux de tête, ni éruptions, ni bouton isolé en quelque partie du corps que ce soit.

Tout ce que nous obtenons, c'est qu’en septembre 1900, trois mois avant l’éruption par conséquent, le malade fut blessé à la racine de l'annulaire par une bague en laiton qu'il portait habituellement. Une légère ulcération survint, qui suivait assez exactement le pli digito-palmaire. Elle était peu profonde, douloureuse, gênant les mouvements du doigt. Elle se couvrit de croùûtes qui tombèrent et se renouvelèrent. Gette lésion dura en tout un mois. Le malade n'interrompit pas son travail et ne la soigna aucunement. Elle guérit sans laisser de cicatrices. Pas d’adénopathie appréciable pour le malade.

Le 27 décembre 1900, le malade revenait de faire sa période de %$ jours. Il s'aperçut, le soir même, d’une enflure douloureuse de l'aisselle droite. La palpation lui fit reconnaitre la présence de deux ou trois glandes anormalement tuméfiées, du volume d'une grosse noisette. Il se traita avec des cataplasmes chauds. Le lendemain, persistance des grosseurs et apparition de maux de tête continus et violents, obligeant au repos.

Ceci dure cinq jours, s'atténue et disparait. Mais, en même temps, il constate sur la partie cutanée de la lèvre supérieure, à gauche, entre le lobule nasal et la muqueuse labiale, la présence d'un petit bouton rouge, plat, indolent, non prurigineux, auquel il ne prète pas grande attention. Un second bouton survient peu après, du même côté, sous la lèvre inférieure, puis un troisième près de l'œil droit, débutant par un bouton analogue au premier. Ces trois boutons évoluèrent semblablement, augmentant peu à peu de diamètre, se recouvrant de croûles jauuâtres que le malade n'osait toucher, toujours aussi indolents qu'au début. Un médecin consulté quinze jours après, donna des bains de sublimé et des pilules de proto-iodure. Puis les croûtes tombant d'elles-mêmes pour faire place à des ulcérations suppurantes, le malade fut reçu à l'hospice de

l'Antiquaille, le 26 janvier 1901, dans le service de M. le professeur Gailleton. L'affection datait d'un mois et élait en pleine période d'état.

Telle fut la première poussée. Depuis cette époque,le malade n'a à peu près pas quitté l’Antiquaille. Les poussées ont succédé les unes aux autres, plus ou moins intenses, mais toujours morphologiquement identiques à elles-mêmes. Quelques phénomènes les ont accompagnées.

Nous croyons utile, pour la clarté de notre sujet, de décrire tout d’abord l'évolution d'une de ces ulcérations et sa marche, avant d'énumérer les poussées dans l’ordre chronologique de leur apparition.

Voici les caractères des lésions, telles que M. le Dr Carle, chef de clinique, put les observer.

Le début est toujours des plus insignifiants et, si le malade n'était prévenu, il n’y prêlerait aucune attention. Un petit bouton rouge, gros comme une tête d'épingle, prurigineux et indolent, survient spontanément, en un point quelconque des téguments.En quatre à cinq jours,ce bouton s'étend et devient grosse papuüule, en même temps que son centre se couvre d'une petite croùtelle blanchâtre et lamelleuse, laissant dépasser une aréole rouge à la périphérie. La croûte soulevée montre de fines pointes, qui pénètrent assez profondément le tégument sous-jacent. Dans les huit jours qui suivent, la bordure érytkémateuse s’élargit excentriquement, refoulée par la croûte centrale qui s’épaissit visiblement. La lésion peut alors évoluer en trois sens différents :

10 La croûte blanche centrale croît régulièrement jusqu’au diamètre d’une pièce de un franc, toujours bordée d'une aréole rouge, dont la teinte vive se fond peu à peu avec celle des tégeuments voisins. Cette croûte est lamelleuse, miciée, non furfuracée, assez adhérente, resistante aux lavages, ne s'enlevant pas sans écorchures. Ni inflammalion, ni douleur spontanée ou provoquée, pas du prurit.

Au bout d'une quinzaine de jours, l’accroissement est terminé, la lésion reste stationnaire pendant une à deux semaines, puis la croûte se détache d'elle-même, petit à petit, découvrant une macule infiltrée rouge vif.

Cette couleur s'atténue, passe au lie de vin, puis au rose

Fe es foncé, mais persiste des mois. Aucune de celles que nous avons vu naître, si minime qu'elle soit, n'a encore disparu.

20 Même évolution jusqu'au quinzième jour, mais à celle époque :

a) La lésion s'infiltre, se surelève légèrement, la palpation de la zone érylhémateuse périphérique, donne une sensation de lissu épais, presque indurée, l’auréole s'étend, devient plus rouge et se délimite mieux, sans transition avec le tissu ambiant.

b) La croûte devient jaunâtre, épaisse, grasse, également infiltrée. Elle quitte l'allure psoriasiforme pour se rapprocher de celle de l’ecthyma, moins grise cependant et moins dure. Puis, elle se détache peu à peu d'elle-même, facilement, au bout d'un mois, sous forme d’un détritus putrilagineux.

Au dessous d'elle apparaît une ulcération peu profonde, sanieuse, à fond irrégulier, à bords peu marqués, émettant un pus sanieux strié de sang.

Traitée, elle persiste environ un mois, puis le fond se déterge, la réparation se fait rapidement, en cinq ou six jours.

Une tache rouge, assez fortement infiltrée, persiste indéfiniment. Quand l'ulcère a été profond, la cicatrice devient à la longue blanche et atrophique, non infiltrée, veinée de bleu, bordée (l’un légér cercle brun à la périphérie.

30 Enfin, l’évolution peut être franchement et rapidement nécrolique, soit spontanément, soit après avoir passé par les deux stades précédents. Dans ce cas, vers la fin de la troisième semaine, après le début de l'ulcération, la croûte change presque subitement d'aspect (et le malade prévoit maintenant fort bien l'évolution d'après ce changement). Après avoir passé par un stade d'infiltration puriforme, la croûte devient grise, puis noirâtre. Un sillon se trace, qui sépare peu à peu ce tissu central devenu escharotique d’avec l’aréole érythémateuse périphérique. La lésion est alors profondément infiltrée. Au fur et à mesure que la croûte se resserre au centre, l’ulcération apparaît, profonde et rouge, avec des bords taillés à pie irréguliers, croûteux et épaissis. Le pus sanieux, très odorant, sanguinolent, arrive les premiers jours en grande abondance, puis s'atténue. L’ulcération peut persister ainsi de six à huil semaines, suivant sa localisation et la rigueur du traitement.

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