ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Pourétablir l'anatomie pathologiquede cette affection, nous nous servirons des recherches faites par plusieurs auteurs, notamment Janovski et Mourek, Hallopeau et Le Damany et de celles qu’a eu l’obligeancede faire sur notre cas M. le professeur agrégé Paviot.
Dans tousles cas, avec un petit grossissement, on voit déjà des modifications grossières de lépithélium, du derme et du tissu conjonctif sous-cutané.
La dilatation des lymphatiques est très considérable en divers points, particulièrement dans la couche la plus profonde du stratum reticulare ; elle est beaucoup moindre dans le stratum papillare.
Les vaisseaux sanguins sont dilatés partout. Une infiltration manifeste se montre le long des vaisseaux et forme autour des glandes sébacées et des follicules des nids ronds très importants.
Le tissu des glandes sudoripares et adipeuses n’est pas partout bien limité.
L'infiltrat présente de petites cellules rondes et quelques cellules épithéliales, plus grosses. Les cel-
ED ES lules rondes sont riches en protoplasma. Les gros nids d’infiltrat se tiennent surtout à la périphérie où sont groupées les petites cellules rondes, tandis qu'au centre il y a les cellules épithélioïdes.
On voit, de ci de là, quelques rares cellules géantes bien colorées, avec leur noyau périphérique. Il s’en : trouve même dansl'infiltrat.
Il n'y a aucun ordre dans tous ces éléments cellulaires.
L'épithélium offre des modifications essentielles. Les cellules de la couche basale sont pigmentées fortement; elies ont une forme cylindriqueallongée, ne se colorent pas bien partout et, par places, sont méconnaissables.
Dans la couche de Malpighi, on ne constate aucune modification précise; cependant la forme et Île caractère des cellules sont'essentiellement modifiés.
On constate, par endroits, la pénétration de nombreux leucocytes.
La majorité des cellules perd la forme polygonale caractéristique et montre plutôt une forme ronde.
Le protoplasma est excessivement granuleux.
Dans un grand nombre de cellules, il y a un noyau bien distinct, granuleux, grand, teinté au centre et à la périphérie, très uniformément. Les nucléoles sont aussi bien colorées et quelques-unes ont des dimensions étonnantes.
Dans les cas de Hallopeau et Le Damany, l'examen histologique a donné les résultats suivants.
Au milieu de la pièce se trouve un eschare comprenant l'épiderme et une bonne partie de l’épais-
TE seur du derme. Elle est entourée, au voisinage de la surface du moins, par un tissu de granulations.
Au-delà de la zone où se fait le travail d’élimination et, en outre, dans l’hypoderme sous-jacent à l’eschare on voit :
À. — Une inflammation diffuse du tissu dermique et sous-dermique.
B. — Des foyers et des traînées embryonnaires.
À. — L’inflammation diffuse s’accuse par une infiltration abondante d'éléments jeunes et de cellules rondes,entreles faisceaux conjonctifs,qui sonttuméfiés et entre les cellules adipeuses, plus ou moins atrophiées; cette inflammation s'étend jusqu'aux limites de la pièceet, par conséquent, à plus d’un demi-centimèêtre de l’eschare.
B. — Au milieu de ces tissus enflammés,et no: tamment, dans les parties moyennes et profondes du derme, se trouvent des amas de cellules embryonnaires vivement colorées; dans ces amas on voit presque toujours la coupe d’un ou de plusieurs vaisseaux, artérioles à parois épaissies et presqu'oblitérées, veinules thromhbhosées ou des groupes de canaux sudoripares.
Il y a donc des lésions endo et péri-vasculaires importantes, lesquelles paraissentavoir constituéle faitcapital et avoir déterminé la gangrène partielle ; ces lésions sont vraisemblablement d’origine infectieuse.
La comparaison avec des coupes de zona gangréneux permet de reconnaitre des différences très
sensibles.