‹ Contribution à l'étude des gangrènes primitives multiples de la peauChapitre 9 sur 31 · PAYER · texte numérisé non relu

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cttrouva à côté de cellules du pus, une sorte de champignon parfaitement définie, qui ressemblait, Comme dimensions etcomme aspect, autricophyton tonsurans avec mycelium très abondant.

Mais dans la suite, de nombreux auteurs ont recherché ce parasite, et leurs recherches sont toujours restées vaines. |

Demme ne rencontre pas le champignon d’Eichhoff, mais il décrit un microbe spécifique, qui se trouvait dans les eschares gangréneuses. Nulle part ailleurs cependant, on ne relate ce bacille et il est bien certain que son existence est plutôt hypothétique.

Rotter a trouvé des bacilles gros et courts se rapprochant, par leur longueur, de celui de la morve ; inoculés au lapin ou à l’homme, ils ont provoqué des pustules et la gangène.

Ces expériences n'ont pas été reprises par un autre auteur.

Une question qui mérite d’être examinée très soigneusement, est celle de l'origine infectieuse de la maladie.

Disons de suite que nous nous rattachons à cette opinion.

Les raisons qui plaident en sa faveur sont nom— breuses, et nous nous proposons de les exposer méthodiquement.

Et d’abord, il est digne de remarque que l’on ren contre très fréquemment à l'origine de l'affection, une blessure quelconque (brulûüres et piqûres principalement). Le plus souvent, les malades ne rela-

PRO ES tent l'accident que lorsque l’on insiste beaucoup, car, pour eux, il n’v a aucun rapport entre leur maladie actuelle et la blessure antérieure.

D'ailleurs, l'intervalle de temps qui sépare la blessure de l'apparition de l'affection est très variable. Il varie de quelques jours (cas de Doutrelepont — notre deuxième cas) à deux mois, (Bayet:, trois mois (notre premier cas) et même dix mois (Hebra). Dans la plupart des observations, nous ne trouvons pas d'indications précises à ce sujet.

L'évolution de l'affection est encore une excellente preuve de sa nature infectieuse.Dans tous les cas, sans exception, elle procède par poussées. Les territoires cutanés sont successivement envahis d'une manière progressive, mais la marche de cet envahissement présente des irrégularités telles qu'il est impossible d’être fixé sur la voie prise par le germe infectieux,pour.se propager.

L'observation de notre premier malade est absolument typique à ce point de vue. Le patient a d’abord une légère ulcération au pli digito-palmaire gauche. Puis, l'éruption se montre à la lèvre supérieure, à la lèvre inférieure, toujours à gauche et enfin, près de l’œil droit.

Ensuite, on assiste à un envahissement des membres, du thorax, du cuir chevelu, des fesses. Puis l'affection se montre au bras gauche et à: l'oreille, revient au cuir chevelu et descend au scrotum et à la verge et, finalement, fait son apparition au dos et à l’avant-bras.

Cette évolution par poussées est donc un carac-

ère essentiel et tout à fait remarquable de la maladie.

De plus, très souvent, chaque poussée est accompagnée de tout un cortège de phénomènes plus ou moins bruyants, identiques à ceux qui se rencontrent dans les maladies infectieuses.

En premier lieu, nous trouvons relatée la fièvre. — Elle est plus ou moins élevée, mais on l’a vue atteindre 4lo (cas I de Janovski et Mourek). Elle se maintient jusqu’à cé que l’éruption apparaisse, puis elle cesse; quand elle revient, on peut être à peu près certain qu’une nouvelle poussée se prépare. Chez notre premier malade, cette coexsistence de la fièvre et d'une nouvelle poussée est toujours notée Les” accés /durent”/Cinqu'ousixX. jours. en moyenne.

La céphalée précède aussi souvent les poussées. Chez notre premier malade, lors de la première poussée, apparurent des maux de tête continus et extrêmement violents,obligeant le malade au repos. Ces douleurs durent cinq jours, s’atténuent et disparaissent, mais en même temps se montre la première poussée.

Toutes les suivantes sont accompagnées de la même céphalée très intense, et durant jusqu’à trois semaines.

Tous les traitements employés: antipyrine, bromure, iodure, mercure à forte dose, ne parviennent pas à l’enrayer. Seule la phénacétine a donné un ‘excellent résultat.

Dès que la poussée est installée, les maux de tête

PC cessent pour ne réapparaitre qu'à la suivante, de sorte que notre malade prévoyait ses accès d'après ce caractere.

Très souvent, des adénites se montrent en même temps que les poussées. Dans l'observation de Hallopeau, on trouve notée une tuméfaction de la région sus-hyoïdienne et une adénite axillaire suppurée. Mais l'observation de notre premier malade est absolument remarquable à ce point de vue et mérite de nous arrêter un instant.

Cet homme, qui n’avait jamais eu de « glandes » s'aperçoit d’une enflure douloureuse de l’aisselle droite. La palpation lui fait reconnaître la présence de deux ou trois grosseurs, du volume d’une grosse noisette. Cette adénite ne suppura pas et dura une huitaine, moment où debuta la première poussée.

La deuxième poussée fut accompagnée d’une adénite sous-maxillaire, douloureuse, avec ulcérations profondes des amygdales. Puis nous trouvons notées

au fur à mesure des poussées, une adénite mastoïdienne énorme, une amygdalite suppurée et enfin une épidydimite douloureuse. :

Nous insistons encore une fois surce fait, que la céphalée et les adénites diminuaient, lorsque les efforescences apparaissaient,

Quelle est la nature de l’agentinfectieux, et comment cette infection se propage-t-elle ?

Comnie nous nous l'avons déjà dit, certains auteurs ont décrit des champignons et des microbes Spéciaux qui n’ont jamais été retrouvés par d’autres observateurs. |

rt | Nous

Toutes les analyses bactériologiques faites, dans les cas autres que ceux précédemment cités,et qui sont beaucoup plus nombreuses, constatent que les microbes trouvés, sont des microbes banals (streptocoques et staphylocoques) en plus ou moins grande quantité.

Il est très probable, que l'infection se propage par auto-inoculation. En effet, dans l’observation de Hallopeau et dans la nôtre, on a vu apparaître des plaques gangréneusesaux places où avaient été pratiquées des biopsies.

Nous concluerons que l’étiologie de cette maladie, bien que présentant encore plusieurs points obscurs, permet de faire de cette affection une maladie

infectieuse banale se propageant très probablement par auto-inoculation.

ù DIAGNOSTIC

Si la première efflorescence est unique, si elle est accompagnée de fiévre, on peut songer à une pustule maligne. Dans notre cas, la localisation à la face du premier bouton et l'intensité des phénoménes généraux avaient un instant éveillé cette idée. L'apparition rapide des autres plaques l’écarta sans peine.

Limitée à une seule région, l’éruption ressemble a un zona gangréneux ou à une tropho-névrose zostériforme, nom donné par M. Hallopeau à cette maladie, dans sa première présentation (1894). Les poussées consécutives, la dissémination des lésions sans ordre, sur les territoires les plus éloignés, n’est pas compatible avec l’idée d’une tropho-névrose ou d’une affection limitée à un territoire nerveux.

La limitation à la face de l'affection pourrait encore faire songer à une éruption nécrotique, d'origine folliculaire, bien étudiée par Boëck sous le nom d'acné nécrotique, dont le siège ordinaire est la la lisière des cheveux, la racine du nez, les sillons hasaux, la région acnéique en général. La lésion

RSI AN EE débute uniformément par une petite pustule centrée d'un poil ; il y a, en certains cas, de la rougeur et de la gangrène centrale consécutive. C'est une affection d’ailleurs rare, limitée à la face et n'ayant jamais le degré d'extension du centre gangréneux.

En pareil cas on a souvent incriminé l'hystérie. Trop souvent même, car nous avons trouvé dans le mémoire de Janovski et Mourek quelques cas où l'étiologie hystérique paraissait univoque à défaut de toute autre On doit rechercher soigneusement les stiogmates et toute autre manifestation possible de l'hystérie. De plus le caractère des plaques n’est pas le même. La plaque esthystérique de premier abord livide, exsarigue, blanche, insensible à la viqûre, puis secondairement se fait la séparation, le sillon éliminateur, l’eschare, à moins que toutne rentre auparavant dans l’ordre. On ne retrouve pas l’allure inflammatoire et echtymateuse, croûteuse des lésions que nous allons étudier.

Il ne s'agit pas de misère physiologique. Les malades sont en général de solides gaillards, que plusieurs mois de poussées gangréneuses ne parviennent pas à affaiblir ét qui jouissent dans les intervalles d'une santé excellente. |

L'examen des urines élimine le diabète.

L'ensemble des lésions évoque surtout l'idée d'echtyma syphilitique. La guérison centrale des vieilles plaques, leur circination, les infiltrations tuberculeuses de la périphérie sont autant d’indéniables points de ressemblance. Quelques spécialistes étrangers auxquels le malade a été montré

=) — n’ont, d’ailleurs, pas hésité à le qualifier de syphilitique, malgré l'absence absolue des antécédents rigoureusement fouillés. Nous croyons même que le nombre des gangrènes echtymateuses primitives de la peau augmentera considérablement le jour où on ne les fera plus systématiquement spécifiques.

Quoiqu'il en soit, l'évolution n’est pas celle des syphilides, malgré leur spontanéité et leur indolence relative ; les poussées précédées et accompagnées de phénomènes fébriles, de céphalée, d'engorgements ganglionnaires douloureux ou suppurants, d’inflammation de diverses glandes, indiquent une infection toute autre que la syphilis. De plus, il est fort rare de voir des syphilides persister pendant deux ans avec ce même caractère de plaque gangréneuse et une évolution aussi systématique dans ce sens. Que quelques echtymas syphilitiques se gangrènent, le fait n'est pas une rareté; mais la durée de l’éruption, le nombre des éléments nécrotiques, l’uniformité de leur évolution, ne se retrouvent pas dans la syphilis.

En somme, sans nier des points nombreux de ressemblance objective qui existent entre ces deux affections, nous croyons qu’en présence de plaques inflammatoires ou gangréneuses, infiltrations ou echtymas disséminés, on doit rigoureusement suivre l’évolution des poussées et connaitre Îles phénomènes concomitants,avant d'affirmer l’origine syphilitique. Le traitement mercuriel pourra être essayé. Chez nos malades, il n’a jamais donné de résultats.

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