PC D
Rien non plus dans l’anatomie pathologique du cas que nous rapportons ne permettait de penser à un état précancéreux.
Mais on ne peut exclure la possibilité d’une évolution néoplasique ultérieure, dans des cas analogues.
Existe-t-il d’ailleurs vraiment des états précancéreux? De nombreux auteurs ont étudié cette question, en particulier KONJETZNY, qui, sur des estomacs réséqués pour gastrite chronique, a observé le passage certain de la gastrite au cancer. Il s'agissait là de gastrites polypeuses et adénomateuses qu’il tient pour un état précancéreux véritable.
Rappelons à ce propos l’opinion de LE GAc, BÉCART et HIRCHBERG. Ces auteurs, ayant pratiqué une gastrectomie parce qu’ils soupçonnaient chez leur malade une lésion organique de l’antre, constatent, à l’ouverture de la pièce, l’existence d’une gastrite < mamelonnaire » polypoiïde qu'ils n'hésitent pas à qualifier de prénéoplasique pour les raisons suivantes : constatation de nombreuses métaplasies «+ intestinales » et surtout de plages de gastrite atrophique au niveau desquelles on peut remarquer, à la partie profonde des cryptes glandulaires restantes, des karyokinèses et des atypies cellulaires. Cependant, la basale est encore intacte.
Les auteurs insistent sur l'éventualité d’une transformation néoplasique à partir de gastrites même simples en apparence. Les lésions leur semblent d’autant plus suspectes qu'elles siègent dans l’antre, c’està-dire au niveau d’une zone où le cancer débute fréquemment.
Pour HiRCHBERG, la métaplasie dite intestinale joue-
rait un rôle de premier plan : elle exige pour se produire des cellules jeunes, fertiles, capables de proliférer sous une forme nouvelle, tant du point de vue morphologique que fonctionnel.
Or, c’est dans la partie profonde des cryptes muqueuses que siège cette zone fertile.
C’est là que débutent les métaplasies. C’est là que, pour HIRCHBERG, prendraient naissance les processus néoplasiques de la muqueuse. La région pylorique et la petite courbure au niveau des zones dites de transition, régions de moindre résistance, seraient fréquemment atteintes (HIRCHBERG).
De telles modifications histologiques seraient pour ces auteurs une indication formelle à la gastrectomie large.
B3ARNE DauL, étudiant les gastrites du point de vue anatomique et clinique, note également l'existence, dans les gastrites mamelonnées, d’un état atrophique hyperplasique, où l’on voit évoluer parallèlement l’atrophie glandulaire et l’hypertrophie des cryptes. C’est dans ces cas que l’on pourrait observer des proliférations hétérotopiques des glandes (signalées également par KONJETZNY, PUHL, SCHŒMAKER, HENNING), des épaississements polypoïdes de l’épithélium superficiel, dont la prolifération de plus en plus rapide indiquerait une tendance à la croissance atypique, et enfin une métaplasie progressive de l’épithélium.
Pour ByarnE Dax, les atypies cellulaires qu’on peut rencontrer dans ces épaississements polypeux et adénomateux, développés sur une gastrite atrophique hyperplasique, auraient la signification d’un véritable état précancéreux.