CHAPITRE V
Gomme laque en bâtons.
Les recherches qui précèdent ont été faites simultanément sur la cire retirée de la gomme laque en grains et sur celle extraite des résidus industriels ; ces deux cires se sont montrées toujours identiques. Il était intéressant de voir si la gomme laque en bâtons fournirait le même produit, et de rechercher si l'examen de cette gomme laque, qui n’a subi aucune manipulation, ne pourrait pas fournir quelques indications sur l’origine de cette cire.
Extraction de la cire. — La préparation a été conduite comme avec la gomme laque en grains. 1 kil. du produit naturel est épuisé par 10 kil. d'alcool à 95°, l'ébullition est maintenue pendant une demi-heure ; on fait un second traitement dans les mêmes conditions avec 5 kil. d'alcool à 95°. Le résidu insoluble est épuisé par la benzine chaude. Celle-ci en refroidissant abandonne des eristaux blanes, qui ne sont pas formés d’éther myricimélissique, comme on pourrait s’y attendre. D'abord, ils sont très blanes, puis ils fondent à 94° au lieu de 92°; nous étudierons cette cire dans un instant. |
L'alcool, qui à servi à épuiser la gomme laque, dépose, par refroidissement, des cristaux de cire ; on les sépare, on les purifie par lavage à l'alcool, et la cire qu’on obtient
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rit
ainsi semble identique à celle retirée, dans les mèmes conditions, de la gomme laque en grains ; le point de fusion est de 76° dans les deux cas.
Au point de vue du rendement, on a obtenu 3 g. 3° de cire soluble et O0g.50 de cire insoluble fondant à 94°.
Cire insoluble dans l'alcool. — Ce principe est insoluble dans l'alcool et extrèmement peu soluble dans l'acide acétique bouillant ; il se dissout bien dans la benzine chaude, d’où il se dépose cristallisé pendant le refroidissement.
On a saponifié ce produit en suivant la méthode générale employée précédemment. Toutefois le sel de potasse formé pendant la saponification étant peu soluble dans l’alcoo! à 95° (0 gr. 7 par litre), l'opération est plus rapide avec, l’aicool absolu. Cette saponification a donné 43°% d’un alcool bien cristallisé fondant à 88° qu’on caractérise facilement ; c’est de l’alcool myricique.
Quant à l'acide séparé du précipité calcaire il fondait à 93-94. Pour l’étudier on a fait une nouvelle saponification sur 6 gr. du principe en question. La préparation de l’acide étant alors le but poursuivi, on a simplifié le traitement de la façon suivante :
La saponification est faite au sein de l'alcool absolu, 200 gr. pour 6 gr. de cire et 12 gr. de potasse; la saponification terminée, après huit heures d’ébullition, on ajoute 20 grammes d’eau, on filtre à chaud et on reprend le résidu par 200 grammes d’alcoo! à 90° chaud. Dans ces conditions le sel de potasse, qui est très peu soluble dans. l’alcool à 90°, reste sur le filtre tandis que l'alcool myricique est complètement entrainé. Le sel de potasse est décomposé par l'acide chlorhydrique en solution aqueuse
he
et l'acide lavé, desséché et purifié par cristallisation dans l'alcool où il est peu soluble (2 gr. par litre) ou mieux dans la benzine qui en dissout beaucoup plus.
Afin de voir si l’acide obtenu est unique, on fait un fractionnement, par la méthode de Heintz, dans la solution alcoolique chaude de l'acide ; l’acétate de baryte est employé pour obtenir 7 fractions, l’acide de chaque fraction est régénéré, le tableau suivant donne les points de fusion trouvés :
P.F. de l'acide P. solid.
après cristallisation dans l'alcool 1. 94-95° — 105° 103-102° puis 93-92° 2. 94-98° 93-92?
ae 94-105° Solid. 97-92°
Pour les acides des fractions 1 et 7 le point de fusion se fait vers 94°, mais le liquide ne devient transparent que vers 105.
En présence de ce résultat, peu concluant, on recommence une précipitation fractionnée, en milieu neutre, sur deux grammes d'acide préalablement saturés par la potasse.
Pour cela, la solution alcoolique chaude de l'acide est additionnée de KOH en léger excès et l'excès de potasse est précipité par un courant de C0?. Nous avons déjà remarqué qu'on obtenait ainsi de meilleurs résultats avec les acides à poids moléculaire élevé.
La faible solubilité du sel de potasse nous oblige à opérer dans trois litres d'alcool. On précipite par l’acétate de magnésie. Le lableau ci-dessous donne les points de
fusion des acides. retirés de chaque fraction. Dans presque tous les cas le liquide obtenu par fusion est trouble, mais à une température plus élevée, le trouble disparaît. Il y a en quelque sorte une deuxième fusion. De même pendant le refroidissement on observe deux points de solidification.
a NT NN VO ee POINT SATION DANS DISPARAIT LE SE RO MAD D L'ALCOOL ROUÉEE TROUBLE SOLIDIFICATION “ | | Î 94-95° » » 93° 2 94-95° 105° QT 94-93 3 95-96° 104° 98° 93-92 ñ 95-96" 104-10$ | 97-96 93 5 97° LO;5° | 98° 96° 6 92° 102° | 96° 92° |
Au moment où nous avons fait ces expériences nous croyons avoir aflaire à un mélange d’acides gras. Or, dans la suite, nous avons rencontré des difficultés du même genre avec les acides azotés provenant de la cire de gomme laque de Madagascar. Nous avons donc recherché l’azote dans le produit fondant à 94°. Ce produit, chaufté avec la chaux sodée, dégage une quantité assez abondante d’ammoniaque. Comme l'azote ne se trouve pas dans l’alcool myricique, il est forcément dans l’acide qui éthérifie cet alcool pour former le principe cristallisé fondant à 9%.
Il est certain que, pendant la saponification, il se dégage 3 de VAzH* ; nous l’avons constaté dans une nouvelle expérience faite dans un appareil disposé pour recueillir lAzHS. L'acide serait alors vraisemblablement un acide amidé ; 4 $ son étude est peu avancée.
Quoi qu’il en soit, il est certain que dans la gomme laque en bâtons, nous avons trouvé un éther cristallisé dans lequel l'alcool myricique est éthérifié par un acide azoté. C’est Ià un fait important et nouveau ; jamais, à notre connaissance, on n'a signalé de cires azotées. Nous nous proposons de poursuivre l'étude de ce point.
Localisation de la cire. — Dans le but de rechercher si la cire, dans la laque, est intimement mélangée à la résine, nous avons utilisé l'alcool à 60° qui, à froid, dissout bien la résine tandis que la cire reste absolument insoluble. Un fragment de gomme laque, contenant une colonie d'insectes, est suspendu dans le haut d’une éprouvette remplie d’alcool à 90°. Quelques minutes après, on voit apparaître au-dessous de la gomme laque des stries jaunes produites par la solution de résine qui tombe au fond; on change l'alcool le lendemain et le surlendemain. La colonie présente alors l’aspect suivant : la surface extérieure est devenue blanchâtre, une section pratiquée perpendiculairement au rameau, présente trois assises : l’intérieure et l’extérieure sont blanches, l’'assise intermédiaire est rouge, elle est formée par les insectes dont la matière colorante est insoluble dans l'alcool à 90e.
Les deux zones blanches sont produites par une matière plus ou moins étirée en fils donnant à ces masses blanches l'aspect de pinceaux, qui partent des insectes et semblent les réunir entre eux. Les pinceaux extérieurs traversent la résine et viennent former, à la surface, ces marbrures grises qu'on observe sur les morceaux de gomme laque en bâtons. La longueur de ces pinceaux extérieure est très