‹ Contribution à l'Étude des Gommes Laques des Indes & de MadagascarChapitre 15 sur 29 · DAT · texte numérisé non relu

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variable, elle est faible dans les morceaux de gomme laque de faible épaisseur, elle s’accroit quand l'épaisseur de la résine augmente. Sion observe deux insectes voisins, de taille inégale, le plus court porte des pinceaux plus longs ; il semble que ces masses blanches s’allongent toujours jusqu’au contact de l'air. Un fragment de ces masses blanches, placé dans une goutte de benzine sur une lamelle, est examiné au microscope, il paraît formé de filaments blancs, ayant assez l’aspect de la soie. Ces filaments sont plus ou moins accolés de façon à former quelquelois des plaques. L'aspect varie un peu suivant le point où l'échantillon a été prélevé, mais ce qu'il y a de constant, c’est que si on chauffe la lamelle, une partie plus ou moins grande de la masse blanche disparait et par le refroidissement de la benzine, des cristaux de cire se forment in situ. Quelquefois la totalité du produit disparaît dans la benzine chaude, d'autrefois une sorte de réseau reste à la place. Essayons de préciser ces différents cas.

Quand on examine, à la loupe, la colonie, préparée comme il est dit plus haut (1), il est facile d’en séparer les différents individus ; on constate alors que chacun d’eux présente des pinceaux blancs à la partie antérieure de chaque côté du corps et surtout à la partie postérieure, qui est en quelque sorte englobée dans un édifice de cire. Les masses blanches détachées de Ia partie antérieure ont l’aspect d’une sorte de bouclier dont les bords sont transparents, leur surface extérieure est brillante tandis que la surface intérieure a un aspect plus cotonneux.

(1) La colonie immergée dans l'alcool est très fragile, la- moindre secousse détache les insectes et leurs appendices. La dessiccation leur rend une certaine solidité ; mais pour examiner les insectes, il est bon de les laisser préalablement séjourner dans une atmosphère saturée d'humidité, sans cela ils sont trop cassants.

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La benzine chaude dissout la bordure transparente et la surface brillante, la partie insoluble semble formée d’un réseau de poils très-fins entrecroisés; des cristaux de cire se forment pendant le refroidissement.

La cire, qui occupe la partie postérieure des insectes, présente une disposition différente et plus compliquée. Si on dissocie, à la loupe, à l’aide d’aiguilles, cet édifice de cire, on trouve que l'extrémité du corps de l’insecte se termine par trois proéminences (1), légèrement coniques, recouvertes de cire plaquée à leur surface. Cette cire, que FJ’on détache par morceaux, se dissout entièrement dans la benzine chaude. Autour de ces trois papilles se trouvent des filaments blancs dirigés parallèlement et qui s’anastomosent à la surface extérieure de la laque. Ces filaments, traités par la benzine chaude, cèdent à celle-ci une grande quantité de cire, mais il reste une sorte. de membrane qui conserve la forme de l'édifice précédent.

Il résulte de cette observation que dans la gomme laque en bâtons, la cire et la résine ne sont pas mélangées et que, si l’origine de la résine est encore indéterminée, il est certain que la cire est une secrétion de l’'insecte. Quel est l'utilité de ces houppes de cire? Jouent-elles un rôle dans la respiration?

Carter, qui a étudié et décrit l’insecte de la gomme laque, signale les trois papilles, dont nous venons de parler, d’où se détachent les houppes qu'il considère

(1) Au milieu, entre ces trois papilles, se dresse une sorte de poil, invisible à l'œil nu et qui au microscope présente une forme bien spéciale. La base légérement conique occupe les deux tiers de la longueur, l'autre tiers est formé par un renflement plus ou moins globuleux que termine une pointe acérée.

comme des trachées extérieures. La plupart des naturalistes pensent que ces papilles sont des filières.

« Les filières sont plus ou moins nombreuses, et leur disposition, assez fixe dans un mème groupe, mais fort variable d’un groupe à l’autre, constitue un excellent caractère de classification que Signoret n’a eu garde de méconnaître; à son exemple, Targioni Tozzetti, Courstock et Riley lui ont attaché aussi la plus grande importance.» (1)

Nous ne chercherons pas à approfondir cette question qui, par sa nature, s'éloigne de nos occupations habituelles, il nous suffit d'avoir établi que les papilles et les houppes décrites par Carter sont bien le siège de la cire qu’on rencontre dans la laque.

En étudiant ces faits nous avons été amené à constater dans la gomme laque, la présence fréquente d’un hôte qui semble un ennemi des insectes producteurs de cette résine. N'ayant pas rencontré ce fait signalé dans les ouvrages que nous avons pu consulter, nous rapportons cette observation, toutefois les recherches bibliographiques que nous avons faites n'ayant pu porter que sur un nombre de recueils insuffisant, il se pourrait que ce fait a été aperçu avant nous. :

Un très grand nombre de morceaux de gomme laque en bâtons présentent des trous circulaires de 2 à 3" de diamètre; si on casse le morceau à ce niveau, on trouve à l’intérieur un cocon de 13 à 14" de long placé presque toujours parallèlement au rameau, au sein même de la gomme laque, à la place que devaient occuper les insectes

producteurs de cette résine. Le cocon est vide et l'orifice

de sortie correspond exactement à l’un des trous circulaires

(1) R. Blanchard. Les coccidés utiles, p. 7.

Gascard, — 7.

mentionnés, et à chaque trou correspond toujours un cocon vide. Les cocons sont assez résistants et leur extérieur est tapissé de petits corpuscules lenticulaires d’un diamètre de Onn8 de diamètre environ qui sont évidemment les excréments de l’insecte qui a tissé le cocon et qui, arrivé à l’état parfait, a perforé la gomme laque pour s'échapper.

La position de ces cocons mous porte à penser qu'ils ont appartenu à un ennemi se nourrissant du corps de ces insectes. Le fait suivant est une preuve à lappui de cette manière de voir.

Les excréments signalés précédemment renferment en effet une assez grande quantité de matière colorante de la gomme laque à laquelle ils doivent leur couleur foncée (1) ; une solution étendue de carbonate de soude dissout facilement cette matière colorante. Or, on sait que la matière colorante de la gomme laque siège dans le corps même de l’insecte qui produit cette résine et ne se trouve pas dans la plante. La présence de cette même matière colorante dans les excréments de l’insecte qui a tissé le cocon nous paraît un argument indiscutable en faveur de l'hypothèse précédente (2).

En cassant un grand nombre de morceaux de gomme laque des Indes, nous avons rencontré de semblables cocons non perlorés que rien ne révélait à l'extérieur et dans lesquels on trouvait une chrysalide morte. Nous avons adressé ces chrysalides à M. le professeur Targioni Tozzetti, dont la compétence est bien connue.

(1) On ne saurait confondre ces corpuseules avec les œufs de l'insecte de la laque qui sont aussi de couleur rouge très foncé, mais beaucoup plus petits.

(2) Les cocons ne peuvent pas être considérés comme la demeure des males, leur dimension est beaucoup trop grande, *

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