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MARCHE ET RÉSULTATS DES GREFFES

D’après ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, il ressort que la greffe dermo-épidermique ou auto-plastique a été pratiquée avec succès Le plus souvent par un grand nombre de chirurgiens de tousles pays. On a fait un grand pas depuis qu'avec la greffe de Reverdin des chirurgiens attribuaient le succès de la greffe à ce que les plaies étaient mieux pansées. Il est absolument démontré aujourd’hui que la greffe dermo-épidermique prend et prend très bien quand elle est appliquée aux cas qu’il convient, et qu’elle est pratiquée selon les règles ; c’est l’avis de la majorité des chirurgiens. C’est donc une opération qui doit être vulgarisée en France comme elle l’est en Allemagne : dans ce pays, en effet, ce n’est plus une opération qui n’est faisable que dans les cliniques ou dans les hôpitaux, mais tous les praticiens emploient ce moyen de guérir les plaies.

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SI. Résultats immédiats. — Voyons maintenant la marche des greffes et comment se fait la guérison.

Tous les auteurs s'accordent à dire qu’une vingtaine de jours est nécessaire pour que les greffes soient très adhérentes, fassent corps avec le tissu sous-jacent, et offrent une vitalité normale. Il y a Cependant une différence sen sible, selon que la greffe aura été placée sur une plaie fraîche ou sur une surface granuleuse. L'organisation du tissu de nouvelle formation est plus rapide dans le premier cas ; la liaison intime des tissus est plus marquée. Lorsque la greffe doit réussir, les lambeaux ont une couleur rosée ; ils prennent une teinte jaunâtre s'ils doivent se mortifier. Il est des greffes qui mettent plus longtemps à prendre que d’autres ; on ne doit considérer qu'il y a insuccès que lorsque le lambeau est tout à fait libre de toute adhéreuce.

Il est assez rare, lorsqu'on a greffé plusieurs lambeaux sur la même plaie, qu’ils prennent tous ; dans ce cas, il faut les remplacer séance tenante. Au quatrième, jour les lambeaux sont déjà assez adhérents pour qu’on puisse exercer sur eux un léger frottement.

Après le premier pansement, la couche cornée a disparu les greffes ont l’aspect rosé, pointillé de rouge. Au bout d’un certain temps les lambeaux prennent une couleur luisante d’abord, et peu à peu prennent la couleur de la peau normale. Soit que les greffes se rétractent, soient qu’elles aient été mal juxtaposées, on aperçoit dans l’intervalledes greffes des petits bourgeons charnus, inégaux ; c’est souvent là une cause de retard dans la guérison ; de plus, si les espaces sont trop grands, il reste un tissu de cicatrice et non la peau normale qu’on cherchait. Même

LOT ayant échoué tout à fait, les greffes tres souvent activent la cicatrisation des plaies.

Presque tous les auteurs s’accordent à dire que, lorsque la greffe a été bien faite, que la surface de la plaie a été parfaitement recouverte, la peau des greffes est à peu près normale, et c’est même cette raison qui a déterminé certains auteurs à recouvrir Ja plaie en plusieurs séances,afin d'obtenir un résultat plus parfait. Moins on aura de tissu cicatriciel, moins on aura de chances de récidive.

IL est de touteutilité d'imposer aux opérés un long repos, même après une guérison apparente ; tous les chirurgiens qui se sont occupés de cette question disent qu'avant cent, cent-trente jours le travail réparateur n’est pas terminé : il y a donc de grands soins à prendre, et à maintenir un pansement protecteur pendant longtemps si on ne veut pas s’exposer aux récidives, principalement pourles ulcères de jambes où les récidives sont sifréquentes ; on imposera un exercice modéré, on évitera de prolonger la station debout. Quand les greffes ont porté sur des plaies fraîches, ou sur le tronc, les récidives sont moins fréquentes.

SII. Résultats éloignés. — Les auteurs sont à peu près d'accord sur les résultats immédiats comme ils sont d’accord sur la prise de la greffe; mais il n’en est pas de même en ce qui concerne les résultats éloignés: ici nous trouvons des divergences d'opinions.

Manceaux avait peut-être raison de dire: «Nous regret. tons amèrement que les auteurs aient surtout cherché à publier sur la greffe beaucoup d'observations, cherchant à se devancer les uns les autres, mais ne donnant jamais d’indications précises sur les suites de leurs opérations. » «Ges

greffes, dit Socin, ont pour effet d'éviter toute espece de rétraction cicatricielle subséquente: j'ai des pièces à l'appui !. »

Dans une récente discussion soulevée à la Société de chirurgie, à l’occasion de deux malades que Monod présentait, malades sur qui ce chirurgien avait pratiqué Ja greffe auto-plastique, Reclus et Lucas Championnière ont cherché à démontrer que les résultats définitifs des greffes étaient tels qu’il n’était pas possible d'espérer de cette méthode un bénéfice véritable, tandis que Monod, qui avait déjà présenté, en 1888, des malades à la Société, malades qui ne sont pas revenus, en concluait que la guérison s'était maintenue ?.

En lisant les nombreuses observations, qui ont été rapportées dans ces dernières années, de greffes faites avec succès, on est bien obligé de convenir que dans un certain nombre de cas, où ces greffes ont été employées, on aurait pu attendre de la cicatrisation spontanée des résultats aussi bons, bien que peut-être un peu plus longs à obtenir ; et on pourrait peut-être arriver à penser que les greffes n’ont d’autres résultats que de hâter la guérison des plaies capables de se refermer spontanément.

Cependant un certain nombre de faits, parmi lesquels il faut citer entre autres ceux de Grotz* pour un cas de scalp, et un autre pour une brûlure qui comprenait tout le cuir chevelu chez une enfant de deux ans, prouvent que la greffe seule a permis à l’auteur de sauver ses malades d'une mort certaine.

1 Manceaux, th. de Nancy, 1890.

? Societé de chirurgie, 1894.

3 Semaine médicale, 1895.

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Les nombreux cas de guérison rapportés par Heydenreich dans son important travail montre péremptoirement que l’on peut, par la greffe autoplastique, obtenir la guérison de plaies éteudues, dont la fermeture spontanée est généralement reconnue comme impossible : comme par exemple la perte de substance circulaire des membres, qui, Jusqu’ici était considérée comme élant justiciable de l’amputation.

D’autres auteurs — et ils sont jusqu'ici les plus nombreux — sont très satisfaits des résultats, et conseillent la greffe comme le meilleur moyen de thérapeutique chirurgicale dans les vastes pertes de substance.

Dans un temps peuéloigné de l'opération, la peau sreffée ressemble absolument à la peau normale : dans certains cas on ne saurait en faire la différence. Cependant la peau a souvent après la greffe une couleur violacée, qui dessine bien la surface greffée ; d’autres fois, elle est plus pâle, et a l'aspect vernissé, aspect qu’on altribue à l’atrophie des glandes de la peau.

Cependant, d’après Duretde Lille‘ et M. le professeur Ollier, les poils, les glandes, sont conservés, ainsi que leurs fonctions physiologiques. Lorsque les lambeaux n’ont pas été bien disposés, ou que le malade a fait des mouvements quiles ont déplacés, la greffe présente des rides, et, quoique solide, elle est plus sujette aux récidives.

Il existe une différence peu appréciable entre la peau : nouvelle et les parties environnantes au point de vue de la température : ceci est attribué à ce que les vaisseaux sont : moins nombreux dans le tissu greffe.

‘ Duret, Journal des Sciences médicales, 1889.

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