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La sensibilité revient dans la plupart des cas au bout d’un certain temps. M. Delort, de Lyon, l’a toujours vu réapparaître vers le vingtième jour; M. le professeur Ollier ne saurait se prononcer si cette sensibilité est due aux nerfs mêmes de la greffe ou aux nerfs profonds de Ja surface greffée. Dans une des observations que nous rapportons, la sensibilité est examinée au niveau de la surface greffée, trois mois et demienviron après l’intervention. La sensibilité au contact et à la douleur est absolument la même que sur la peau saine. La recherche de l’acuité de la sensibilité au moyen du compas de Wèbre montre que les deux pointes sont perçues isolément avec un écart de 5 millimètres, alors que la même recherche, faite sur les parties saines avoisinantes, donne sensiblement le même résultat (obs. [X). Quelquefois la sensibilité reste obtuse, mais en général elle redevient normale « lorsque la régénération des filets nervaux est accomplie ! ».
L’expérience a montré que la peau reprenait sa souplesse et sa mobilité en raison directe de la grandeur des lambeaux, c’est-à-dire que si l’on a taillé de grands lambeaux, moins on aura de tissu de néo-formation. Certains auteurs ont même appliqué des greffes au niveau des articulations.
Selon les cas, la résistance est variable; il va sans dire que la peau résiste mieux dans les petites pertes de substance quand le lambeau est plus épais, quand la surface greffée est plus unie, ou les bourgeons moins exubérants et de bonne nature.
Les ulcères de jambe, ainsi que les larges brûlures
1 Panas, Revue d'ophtalmologie, 1891.
anciennes sont très sujets à la récidive ; par contre, les greffes faites sur des plaies fraiches donnent des guérisons durables. La solidité de la peau est en raison inverse de la grandeur de la plaie.
La complication éloignée de la greffe qui a le plus préoccupé les opérateurs, c’est la rétraction de la surface greflée.
Pour la plupart des chirurgiens, la rétraction est peu importante et n’est jamais comparable au tissu cicatriciel ; d’autres prétendent qu’elle n’existe pas, comme Socin par exemple.
Quoi qu’en dise cet auteur, les mensurations indiquent toujours un léger retrait, mais qui n'arrive jamais à une gène fonctionnelle. La rétraction se fait dans un espace de temps assez court et s’arrête ensuite.
Un auteur allemand, Helferich ?, qui a pratiqué de nom breuses greffes, insiste sur les bienfaits de la méthode de Thiersch, parce qu'avec cette méthode, les résultats sont toujours bons: « On obtient, dit-il, une peau normale qui est très difficilement distinguée de la peau environnant des surfaces greffées ». La rétraction, d'après Helferich, est absolument nulle dans la plupart des cas où la grefle a été faite selon la méthode de Thiersch.
Ad. Meyer? ne partage pas celte opinion ; d’après lui, il y a toujours rétraction. Il cite des cas où il a vu la rétraction atteindre 9 centimètres en tous sens sur une plaie mesurant 20 c. 1/2 de long, 15 c.1/2 de large, à la suite de l’ablation d’un sein ; il faut ajouter que les greffes avaient
1 Helferich, Deutsche medicinische Wochenschrift, 1894. ? Ad, Meyer, Deutsche medicin. Wochen, 1894,
été placées au fond de la plaie, sur les muscles intercostaux. l’our une même opération, il a va une plaie de 90 millimètres de long sur 70 millimètres de large, où les greffes se sont rétractées de 3 et 2 centimètres ; l’opéra tion avait eu lieu le 21 juillet 1893, la mensuration était faite le 10 août.
Toujours pour une opération semblable, plaie de 14 centimètres de long sur 11 centimètres de large, opération le 10 août, mensuration le 6 octobre qui donne 11 centimètres sur 7 c. 1/2; la rétraction a donc été de 3 sur 3 1/2. Pour une plaie ancienne de la cuisse, mesurant 25 centimètres de long sur 20 centimètres de large, opération le 22 février 1893, le 8 avril 1893, la plaie n'avait plus que 21 centimètres sur 16 centimetres ; l’auteur cite encore plusieurs observations du même genre. Il cite une observation ayant trait à une plaie de la face mesurant 6 c. 1/2 sur D centimètres: la partie greffée est unie, blanche comme neige, la peau est douce, mobile et se distingue des parties voisines seulement par son éclat, et la rétraction était nulle. Au sujet de cette observation, l’auteur fait remarquer que les greffes n’ont pas été placées sur le tissu cellulaire, ce qui l’autoriserait à avancer que la rétraction n’a pas lieu ou est bien moins apparente lorsque les greffes n’ont pas été appliquées sur le tissu cellulaire.
Comme conclusion de ces observations, Meyer dit que l'affirmation d'Helferich, disant qu’il n’yaaucunerétraction cicatricielle essentielle à la suite de la greffe de Thiersch, n’est point démontrée, mais qu’au contraire, la rétraction est très apparente quand on restaure une perte de substance ayant une certaine profondeur.
De tous les auteurs que nous avons consultés, seul Meyer
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est aussi catégoriquement affirmatif sur ce point. Quelques autres parlent de la rétraction, mais, d’après eux, elle est tout à fait insignifiante, Les conditions dans lesquelles Meyer a opéré sont peut-être pour quelque chose dans ces rétractions aussi marquées ; il est bon d'ajouter aussi que cet auteur à fait des greffes qui ne se sont pas ou presque pas rétractées.
Murray, Lange ont également constaté quelques cas où le tissu cicatriciel cemplaçait la peau greffée.
Grosser ? rapporte que la greffe a résisté à l’érysipèle et à la lymphantite.
Lejars, de Paris, dans ses cliniques #, s'exprime ainsi : «Que la membrane ainsi reconstituée ne prenne qu’en partie les caracteres de la peau, on ne saurait le nier; mais il est aisé de se rendre compte qu’elle a’est pas une membrane cicatricielle, qu’elle ne s’indure pas, qu’elle ne se rétracte pas ; avec le temps, elle reprend de la souplesse, devient mobile et contraste de moins en moins avec les téguments voisins. »
Nous venons de signaler purement et simplement lopinion des auteurs au sujet de la rétraction secondaire des greffes dermo-épidermiques ou autoplastiques. On voit que ces opinions sont en somme contradictoires, puisque les uns considèrent les greffes comme ne donnant lieu à aucune rétraction, tandis que d’autres ont vu cette rétraction.
! Murray, Lange, New-York medical Journal, vol. LVII,
? Grosser, Munchner medicinische Wochenschrift, n° 12.
3 Lejars, Clinique, 1895.
Il importe d’avoir sur cette question une idée précise pour savoir ce que l’on peut attendre des greffes au point de vue de la chirurgie plastique ; si nous nous en rappor tons aux observations qui sont le fond de ce travail, nous voyons qu’il est incontestable qu’en général les surfaces sreftées subissent une certaine rétraction. Non seulement, lorsqu'on examine la surface greffée, un certain temps après l'opération, on la trouve diminuée d’étendue, mais encore l’aspect même des greffes que nous avons vues dans un cas se présenter boursouflées, comme gaufrées, montre bien qu’il faut admettre un certain degré de rétraction des greffes (obs. VIT).
Il nous a semblé dans un cas (obs. IX) que la greffe faite sur une plaie fraiche s'était rétractée dans des proportions beaucoup plus considérables que celle faite sur des surfaces bourgeonnantes. Il faut donc compter avec la rétraction des greffes; mais il semble indéniable aussi que ces greffes entraînent une rétraction beaucoup moindre que celle qui serait produite par la cicatrisation pure et simple de la même surface, et il nous a semblé de plus que cette rétraction de surface greffée était moins résistante et se laissait beaucoup plus volontiers assouplir que du tissu cicatriciel ordinaire. Aussi croyons-nous que, malgré cette rétraction, les greffes peuvent rendre des services, même en chirurgie plastique.