OBSERVATION VI
Carie du IVe degré. — Abcès chronique. — Extractions. — Résections apicale. — Ajustage de couronne artificielle, réimplantation sans ligature. — Guérison.
Mme R..., 54 ans, infirmière, a deux incisives du haut, les deux centrales atteintes de carie du quatrième degré avancé. Elles sont très douloureuses; la région préalvéolaire est rouge, œdématiée, sensible aux moindres pressions. Cet état dure depuis déjà plusieurs mois avec des intervalles d'acuité et de rémission. Nous avons tous les signes d'un abcès chronique, mais la localisation précise en est difficile, les deux dents sont probablement atteintes. L’incisive de gauche nous paraissant la plus endommagée, c'est par elle que nous allons commencer.
La malade, ayant un cœur très fatigué, nous nous abstenons de faire une injection de novocaine, malgré l'innocuité presque reconnue du produit. La dent est extraite le 4 avril.
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Elle nous présente une grosse carie qui a détruit tout le bord proximal de la couronne, échancrant presque comcomplètement la face antérieure. La chambre pulpaire est à nu, elle est tapissée d'une couche de dentine nécrosée, molle et épaisse. Le canal dentaire qui fait suite à la pulpe, est également noir et comblé de débris putréfiés. L’apex est pâle et rugueux sur une hauteur de quatre millimètres, et surtout sur son bord antérieur. La dent est lavée rapidement à l'eau stérilisée et placée sur un carré de gaze humidifié au sérum.
L'alvéole est lavée également à l’eau stérilisée avec une seringue. Le fond de la cavité nous paraissant suspect, nous le touchons délicatement à la teinture d’iode, nous ne croyons pas devoir le cureter. L’alvéole est ensuite tamponnée à la gaze imbibee de sérum. La dent esi décapitée au ras du collet, à la pince-gouge et à la meule, car on ne peut songer à conserver la couronne. Le canal est ruginé à la fraise largement, et l'apex malade réséqué. 11 nous reste alors un tronc de cône bien net de huit millimètres de long, traversé dans toute sa hauteur par un conduit d’un millimètre et demi de diamètre. Une couronne artificielle à pivot de platine est ajustée sur la racine ainsi préparée , elle est scellée au ciment et la dent est reconstituée.
La réimplantation a lieu sans incident et sans douleur. Comme l'organe est coincé entre les deux dents voisines, et qu'il est en proznathisme, il nous paraît utile de le consolider par une ligature.
Le soir même, douleur légère, la malade dort cependant très bien toute la nuit. Deux jours après, la dent semble déjà consolidée dans son alvéole ; la zone inflammatoire sur laquelle nous avons pratiqué une forte révulsion diminue considérablement. Mais la région préalvéolaire de l’incisive centrale droite reste aussi douloureuse qu'avant. Le troisième et le quatrième jour, la consolidation s'accentue, la dent est remontée dans son alvéole de près d’un millimètre. La jonction du pivot en porcelaine et de la racine, que l’on
pl pouvait percevoir en soulevant la gencive après les deux premiers jours ne peut plus être atteinte.
Le septième jour la malade peut manger dela mie de pain et couper dela viandetendre, sur sa dent. Le quinzième Jour, la malade mange de tout, coupe le pain, croûte et mie: sa dent donne une impression de grande solidité. Mais la région gingivale de l'incisive symétrique reste aussi douloureuse, là encore’ se trouve un foyer à réséquer, et nous en fzrons l’objet d’une nouvelle observation.