‹ Contribution à l'étude des greffes dentairesChapitre 5 sur 21 · SOI · texte numérisé non relu

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et il termine. « Ainsi fut guari de façon qu'aujourd’hui masche autant bien dessus les dites dents qu'il fit jamais ». Ambroise Paré parle également d'un cas de transplantation qui lui fut conté par « un homme digne d’être creu ». Cela ay-ie oui dire mais il ne l'ay pas veunmetesil esthvray MiNpeutNbien CSC

John Hunter en 1756 est certainement l'auteur qui s’est le plus occupé de greffe dentaire. Il y consacre une part importante de son ouvrage. Lestransplantations et les réimplantations sont particulièrement étudiées par lui. La dent pour lui doit être fraichement extraite et la greffe n’est à préconiser que pour des dents uniradiculaires. Elle est indiquée d’après lui dans les cas de caries avancées. Les abcès par exemple sont une contre-indication formelle. Il reconnaît cependant que l’alvéole abcédée n’a d’autre cause que la dent et il avoue avoir vu deux cas de guérison de « parulie » par ce traitement. Hunter a fait une expérience que nous ne pouvons que men-— tionner sans commentaire pour le moment du moins. Après avoir greffé une dent dans une crête de coq, il vit que les injections faites dans la tête de l'animal réapparaissaient dans les canalicules de la dent. Ce quitendrait à prouver que la dent réimplantée ou greffée continuerait à être irriguée.

Lecluse.en 1754, aurait pratiqué la greffe dentaire sur 300 soldats environ. Bourdet en 1757, Jourdain en 1761, Fauchard en 1786, relatent des cas de greffes par transplantation. Les grandes dames dela cour se seraient fait transplanter des dents de

savoyardes. Maury et Lefoulon plus tard ont également pratiqué quelques cas de greffes dentaires.

C'est Delabarre,en 1820 ,qui tenta pour la première fois la résection de l’apex dans un cas d’abcès chronique. En 1853, Alquié, chirurgien à Montpellier, traita par la greffe dentaire, un soldat atteint d'une fistule qui s'ouvrait dans la fossette mentonnière ét qui résistait à tous les traitements. La résection de l’apex et la réimplantation immédiate lui donnèrent le plus complet succès. En 1870, deux chirurgiens anglais Coleman et Lyons de l'hôpital Saint-Barthélemy relatent 14 cas de orefles. Leurs observations sont courtes et peuvent plutôt se comparer à des statistiques. Ils déclarent avoir eu 9 résultats favorables et 5 éliminations de la dentréimplantée. Aubry publie, dans la Gazette des Hôpitaux, de 1876, queldues cas der preflés-dentaires., Sés ‘élèves, Pietkiewicz et David, relatent des observations de 7 ans de durée. Théophile Augier, à la même époque donne un cas de guérison de fistule par greffe et résection apical, David quelque temps plus tard publie de nouvelles observations, où il affirme de nouveaux succès et un seul insuccès. En 1880, Redier apporte une grosse proportion de résultats favorables. En 1881, Aubry présente au congrès de Londres 100 observations avec leurs principaux détails et leurs résultats. En 1882, il dit avoir pratiqué 117 greffes et ne connaître que 8 insuccès (Dechambre).

La première transposition authentique et relatée complètement semble être pratiquée par Pietkiewicz

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en 1878. Il utilise une dent surnuméraire pour remplacer une incisive latérale supérieure. La même année Aubry pratique la même opération sur une jeune fille Sur 6 cas de transplantation, l'auteur aurait eu 3 insuccès. Les observations de transplan— tation ne sont du reste pas très nombreuses et ceci probablement à cause des difficultés où lon se trouve quand il s’agit d'obtenir une dent s'adaptant parfaitement à l’alvéole existant.

En 1879, Magitot, dans une communication à Îa Société de Chirurgie de Paris intitulée « de la Greffe chirurgicale dans ses applications à la thérapeutique des lésions de l'appareil dentaire », relate en 4 années 58 succès sur 63 tentatives. Magitot est, avant tout, un chirurgien beaucoup plus qu'un prothésiste et 1l insiste longuement sur la valeur réelle de la greffe dentaire. Ses nombreux ouvrages si complets et si documentés sur les anomalies des maxillaires et des dents, sur l'articulation alvéolodentaire sur la périostite expulsive, sur les greffes, montrent avant tout le clinicien et son autorité mérite d'être invoquée, dans une étude où il s’agit de réhabiliter la greffe dentaire. Il divise les greffes dentaires en 3 groupes.

a) Les greffes par restitution, immédiate et tardive.

b) Les greeffs par transposition :

D'un alvéole à un autre.

D'un individu à un autre.

D'un animal à l'homme.

c) Les greffes hétérotopiques : transport d'une dent à un point du corps autre que les mâchoires.

Le premier également, Magitot avec Legros, donne des expériences suivies sur la greffe dentaire. Ils ont pratiqué 78 expériences sur le chien. Ils ont également greffé des germes dentaires sur le chien et ont vu ces germes évoluer, partiellement du moins. C'est à Magitot encore que nous devons la première technique de la greffe dentaire expérimentale. Younger de San-Erancisco fait une greffe par implantation le 15 juin 1885. C'est croyons-nous la première greffe par implantation décrite.

Ces derniers temps, nous trouvons éparses dans la littérature odontologique, des observations multiples qui relatent des cas de greffe pratiqués un peu partout. Mendel Joseph et Dassonville, dans un article paru dans l’Odontologie et reproduit dans le bulletin de la Société anatomique du 9 mars 1906, essaient d'expliquer le mécanisme de la reprise des dents greflées, nous verrons plus loin ce qu'ilenest.

Nachmias Gerson, dans une thèse de Paris 1906- 1907 intitulée « Greffe dentaire », donne quelques indications de la greffe et plusieurs observations.

M. L. Quintin, de Bruxelles, cite dans l'Odontologie du 30 septembre 1906, 12 observations de greffes qui sont, à notre connaissance, les plus détaillées qui aient paru depuis cette époque. Il rappelle que le D' Frey, en février 1906, essaya de vulgariser la greffe dentaire en insistant sur ce qu'il en avait obtenu et sur ce que l’on pouvait encore en attendre. Le Dr Pont enfin, dans un récent numéro

= °gue de la Province dentaire relate avec beaucoup de détails une observation qui offre le plus grand intérêt. I1 s'agit de deux dents arrachées dans un traumatisme et qu'il a pu réimplanter avec succès deux jours après, bien qu'elles fussent restées dans la terre tout ce temps-là.

Le docteur C1. Martin, semble cependant n'être pas partisan de ces interventions, il trouve que Îles indications en sont très limitées et que toutes les lésions radiculaires se peuvent traiter sans l’extraction préalable. Nous montrerons, dans le chapitre des indications, ce qu'il couvient de penser de ces méthodes.

Nous devons rappeler enfin certaines tentatives citées récemment par des dentistes et qui consisteraient à inclure dans les maxillaires des blocs métalliques ou en ivoire et sur lesquelles on fixerait des couronnes artificielles. Il ne s'agirait plus ici évidemment de greffes et nous sortirions du cadre que nous nous sommes imposé Si nous voulions trop nous étendre sur cette méthode qui rentre dans la catégorie des prothèses, et que nous ne croyons pas appelée à des résultats efficaces et durables.

Malgré les conseils de Magitot, les exhortations du docteur Frey,les succès presque constants qui suivent ces interventions et leur simplicité relative, la greffe dentaire semble de nos jours tombée dans l'oubli. À l'heure actuelle, les praticiens l'utilisent peu, les écoles l’indiquent à peine et les manuels y consacrent quelques pages au plus.

CEPAPERR ET

Anatomie

Avant d'entrer dans les détails de la technique, il sera utile, croyons-nous, de rappeler quelques notions de l'anatomie des régions maxillaires inférieure et supérieure et de dire quelques mots de la forme et de la situation réciproque des dents. Nous terminerons ce paragraphe en insistant enfin sur le moyen d'union du maxillaire et de la dent sur l’articulation maxillo-dentaire.

Les blocs osseux qui composent les maxillaires supérieurs sont situés de part et d'autre de la ligne médiane. Leur anatomie de détail ne nous intéresse guère et nous ne parlerons que des sinus, en raison des rapports qu'ils affectent avec les dents. Le sinus maxillaire, comme nous le savons, est une vaste cavité creusée au sein même du bloc osseux. Il affecte la forme d'une pyramide à base interne et orientée vers les fosses nasales ; son sommet répond

à l'apophyse pyramidale; son bord inférieur, qui est le plus directement en rapport avec les dents et que l'on décrit sous le nom de plancher de l’antre, constitue la partie la plus déclive du sinus.

[1 descend en général un peu au-dessous d’un plan horizontal passant par le plancher des fosses nasales. Il répond à la partie postérieure du bord alvéolaire du maxillaire supérieur. Les deux premières grosses molaires et la deuxième prémolaire sont tout particulièrement en rapport avec le sinus, leurs racines font saillie sous le plancher de la cavité sinusale et parfois même, percent la mince couche de tissu spongieux qui les en sépare. Du côté des incisives, de la canine et de la première prémolaire, le bord inférieur va en se redressant rapidement, de sorte qu'une couche d'os relativement épaisse est interposée entre le sinus et l’extrémité des racines. Du côté de la deuxième et de la troisième grosse molaire, le bordinférieur se redresse également. Les deux points les plus facilementatteints par une tré— panation correspondraient donc par ordre de facilité à la seconde prémolaire et à la première molaire. Nous avons mesuré l’espace qui sépare le bord alvéolaire du sinus, sur plusieurs crânes. Nous avons toujours trouvé une distance égale à un centimètre aux endroits les plus faibles, épaisseur suffisante pour le forage d'un alvéole.

Nous rappelerons que l'innervation du maxillaire supérieur se fait par le nerf maxillaire supérieur. Branche moyenne du trijumeau,il se détache du ganglion de Gasser entre l’olphtalmique et le maxil-

0e laire inférieur, de là, il se porte d'arrière en avant et de dedans en dehors vers le trou grand rond. Il sort du crâne par cet orifice et arrive dans la fosse pétrygo-maxillaire, il la traverse et s'engage dans la gouttiere sous-orbitaire, laquelle se transforme en un canal complet jusqu’au trou sous-orbitaire où le nerfse termine dans les parties molles de la joue.

Depuis le ganglion de Gasser, où il prend naissance, jusqu'au trou sous-orbitaire, où il fournit ses branches terminales, les rameaux sous-orbitaires ; le nerf maxillaire supérieur donne cinq branches collatérales, le rameau méningé moyen, le rameau orbitaire, les rameaux du ganglion sphéno-palatin, les rameaux dentaires postérieurs, le rameau dentaire antérieur. Nous nous occuperons de ces derniers rameaux qui seuls appartiennent à notre sujet.

Au nombre de deux ou trois,les rameaux dentaires postérieurs se séparent du nerf maxillaire supérieur au moment où celui-ci va s'engager dans la gouttière sous-obitraire. Se portanten bas et un peuen dehors, ils descendent sur la tubérosité du maxillaire, envoient quelques filets à la muqueuse buccale et aux gencives et s'engagent ensuite dans les conduits csseux situés sur la partie postérieure du maxiilaire à un centimètre environ du bord alvéolaire. Ils descendent ainsi dans l'épaisseur de l'os, jusqu'au voisinage des dents molaires. Là ils se divisent et s'anastomosent de façon à former une sorte de plexus d'où s'échappent quatre ordres de rameaux terminaux. Les uns, filets dentaires, pénètrent dans les racines des grosses et des petites molaires et se distribuent aux parties

sensibles des dents; les autres, filets alvéolaires, se rendent au péricement des alvéoles ; d'autres filets muqueux viennent se ramifier dans la muqueuse du sinus maxillaire; d'autres enfin se perdent dans Île maxillaire supérieur lui-même.

Le rameau dentaire antérieur naît du nerf maxillaire supérieur, à 8 ou 10 millimètres en arrière du trou sous-orbitaire. De là, il se dirige obliquement en bas vers les incisives par un conduit spécial. Dans son trajet, il fournit quelques filets recurrents qui s'anastomosent avec le plexus dentaire des rameaux postérieurs et forme lui-même un plexus qui, comme le précédent, se trouve dans l'épaisseur de l'os entre le plancher du sinus maxillaire et l'extrémité des racines des dents. Ce plexus donne quatre ordres de filets nerveux. Ce sont des filets nerveux qui se ren— dent à la muqueuse du canal nasal; des filets dentaires pour les racines de deux incisives et de la canine correspondante ; des filets alvéoiaires pour le ligament alvéolo-dentaire et la muqueuse gingivale, des filets osseux pour la portion du maxillaire qu'il traverse.

La mâchoire inférieure est formée d'un os unique le maxillaire inférieur ou mandibule. Rappelons que la face antérieure offre les deux trous mentonniers situés de part et d'autre à deux centimètres environ de la ligne médiane. Des deux bords, l'inférieur qui n’a d'intérêt que par les muscles qui s’y insèrent est relativement épais et rugueux ; le supérieur est le bord alvéolaire, sa largeur varie de 6 millimètres à un centimètre et il donne insertion

nu — aux 16 dents de l'adulte. Il est creusé d’alvéole uni ou multiradienlaires suivant les dents qui doivent s y loger.

L'innervation de la mâchoire inférieure est réalisée par l'intermédiaire du nerf dentaire inférieur, l’une des branches terminales du nerf maxillaire inférieur.

D'abord situé entre les deux muscles ptérygoidiens, puis entre le ptérygoïdien interne et: la branche montante du maxillaire inférieur, le nerf dentaire inférieur arrive à l'embouchure du canal dentaire, situé en arrière de l’épine de Spix, il s'y engage avec la veine et l'artère de même nom et le parcourt jusqu'au niveau du trou mentonnier où il se termine par le nerf incisif et le nerf mentonnier. Chemin faisant, il émet des collatérales qui vont aux racines des grosses et des petites molaires, des filets gingivaux pour la muqueuse, des filets osseux pour le ligament et pour l'os. Les incisives et la canine sont innervées par le nerf incisif. Entre temps, il affecte encore des rapports avec le lingual par un rameau anastomotique. Dans tout son trajet, le nerf parcourt son canal à peu près parallèlement au bord alvéolaire et à 14 ou 15 millimètres en dessous.

Considérons maintenant la dent. Nous savons que c'est un organe dur qui garnit les maxillaires et qui est destiné à broyer, déchirer ou couper les substances alimentaires. Leur nombre chez l'adulte est de trente-deux qui se repartissent entre les deux maxillaires en nombres égaux. Comme le massif facial est parfaitement symétrique, il sufhra d’exa-

be miner un seul côté pour avoir une idée du tout. C'est ce que résume la formule dentaire :

3 C7 ae À CRE) - 46 MiPmiCili=ix<2=S

M étant les molaires, P m les prémolaires ou bicuspidées, C les canines, I les incisives. Les numérateurs représentant le maxillaire supérieur et le dénominateur représentant le maxillaire inférieur.

La formule de l'enfant n'est pas la même puisqu'il ne possède en tout que 20 dents, mais elle ne nous intéresse pas puisque nous n’opérons que chez des adultes.

Toutes les dents, à quelque classe qu'elles appartiennent, nous offrent à considérer extérieurement trois parties principales. Une couronne qui est là partie émergeante, une ou plusieurs racines et une région intermédiaire le collet. Sur une coupe longitudinale, l'examen macroscopique nous révèle déjà des différences de texture. On peut distinguer trois zones bien définies ; la plus externe qui est l'émail pour la couronne, le cément pour la racine, la couche sous-jacente qui est l'ivoire ou dentine et la troisième enfin, la plus centrale, la pulpe dentaire, constituée de nerfs et de vaisseaux au milieu d’un tissu conjonctif. Les plexus constitués par les rameaux nerveux des nerfs dentaires inférieurs et supérieurs émettent, nous l'avons vu, plusieurs ordres de fibres terminales. Parmi celles-ci les terminaisons radiculaires sont les plus importantes. Elles se portent vers l'extrémité de la racine ou apex et de là gagnent le canal dentaire pour s'épanouir, ainsi que les vais-

seaux, dans la chambre pulpaire dont nous avons parlé. Nous n'entrerons pas ici dans l'histologie détaillée des différentes régions de la dent, de nos jours bien connues et décrites dans les manuels classiques.

Mais l'anatomie de chaque dent en particulier a pour nous une plus grande importance, car il nous faudra réaliser dans la greffe dentaire la situation norinale de la dent dans le maxillaire.

Les incisives occupent la partie antérieure des maxillaires. Elles sont au nombre de huit en tout. Leur couronne est fortement taillée en biseau quant à leur extrémité libre. Leur racine, plus ou moins rectiligne, en forine de cône applati dans le sens transversal, permet d'y distinguer deux faces et deux bords; les deux faces étant latérales, et les bords étant postérieur et antérieur. L'antérieur est presque toujours épaissi et le postérieur plus ou moins aigu ce qui a laissé souvent considérer ces racines comme prismatiques triangulaires. Les incisives supérieures sont plus larges et plus longues que les inférieures. Elles se distinguent elles-mêmes en incisives centrales et incisives latérales, les centrales étant plus larges que les latérales. Les incisives inférieures sont plus étroites et plus courtes que les supérieures et ici, se sont les centrales qui sont plus petites que les latérales.

Les canines sont au nombre de quatre, se distinguant par leur couronne à sommet aigu, leur racine plus volumineuse faisant même saillie sous les maxil-

laires supérieurs, c'est la bosse canine.

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Les prémolaires ou bicuspidées sont situées en arrières des canines, au nombre de huit, quatre à chaque mâchoire. Leur couronne est cylindroïde à sommet plus ou moins plat muni de deux tubercules ou cuspides, séparés par un sillon médian. Les supérieures ont des racines plus ou moins bifides, la premières surtout et, possèdent de ce fait deux canaux ordinairement. Les inférieures sont lécèrement plus petites, leurs cuspides moins accusées et leur racine rarement bifides, mais simplement marquées d’un sillon sur leurs faces latérales.

Les grosses molaires ou multicuspidées sont au nombre de douze, six à chaque mâchoire. Elles ont une couronne de forme cubique, à sommet plus ou moins plan, surmonté de quatre ou cinq tubercules souvent difficiles à différencier. Elles possèdent plusieurs racines dont la disposition est très variable.

Les dents se disposent en deux arcades supérieure et inférieure qui s'engrènent l’une dans l’autre et nous verrons plus loin comment il convient d'en tenir compte quand on procédera à une greffe dentaire:

Après avoir décrit rapidement les principales parties constitutives des dents et des maxillaires, il convient d'envisager leurs moyens d'union. Cette question a un intérêt considérable, car avant de provoquer une reconstitution de ce moyen d'union, il faut savoir ce qu’il est normalement.

Les anciens anatomistes désignaient, sous le nom gomphose le mode de fixation des dents aux maxillaires. Ce mot semblait signifier que la dent était

implantée dans l'os comme un clou dans une planche. Fauchard, Hunter, Lecluse prétendeit en résumé, que la dent tient dans son alvéole pour ainsi dire à frottement dur. Ils parlent bien, du moins Hunter et Lecluse d'une membrane ou d’un périoste qui se trouve entre l'os et la dent, mais ils ne précisent rien et ne semblent pas reconnaître à cette membrane un rôle fixateur. L'hypothèse d'une rétention purement mécanique de la dent sans lien, et sans adhérence intime avec sa loge est évidemment inadmissible. Il suffit de débarasser une tête de ses parties molles par marcération ou ébullition pour voir que les dents alors libres dans leurs alvéoles tombent facilement si l'on retourne les maxillaires à l'envers. Seule les molaires restent parfois en place à cause de la disposition plus où moins divergente de leurs racines.

Toutes ces théories tendent à rapprocher l'implantation des dents de l'insertion des autres phanères. Les auteurs modernes, depuis les travaux de Malassez, de Ranvier lui-même, de Beltrami et de Collaud dans leur thèse, nous font entrevoir la question sous un jour tout autre. L'implantation des dents est une articulation véritable.

Un mot d’embryologie ne serait peut-être pas inutile pour faire comprendre ce qu'est en réalité le moyen d'union de la dent et du maxillaire. Il faut avant tout se rappeler que la dent a une double origine à la fois épithéliale et conjonctive. L'ébauche épithéliale primitive provient d'une evagination de l’épithélium gingival qui, vers le 40° jour de la vie

intra-utérine, s'enfonce dans le mésoderme sousjacent constituant une lame épithéliale qu'on appelle la lame dentaire. De loin en loin, cette lame donnera naissance, par son bord libre, à de petits bourgeons dont une partie va constituer les organes formateurs de l'émail sous le nom de membrane adamentine. Puis ces bourgeons se dépriment en un point où va se condenser le tissu mésodermique sousjacent : c'est le bulbe dentaire. À ce moment, le tissu du bulbe donne naissance à un amas cellulaire plus ou moins bien limité, c'est la papille dentaire ou organe formateur d'ivoire. Tout autour de la base de la papille dentaire se forme, par condensation toujours, un bourrelet circulaire qui arrive à envelopper complètement les deux organes de l’ivoire et de l'émail dans une sorte de sac ou follicule les isolant de la sorte de leur double matrice. Ce sac dentaire lui sera en grande partie l'organe formateur du cément. La dent, une fois constituée complètement, le sac ne disparaît pas totalement ; il se transforme petit à petit et va constituer ce tissu dé remplissage compris entre la dent et son alvéole et dont nous ne préjugerons pas du nom pour le moment.

Les diarthroses sont des articulations qui permettent aux pièces articulaires de jouer l'une sur l'autre avec de grands déplacements. Les amphiarthroses sont celles qui unissent deux pièces asseuses et qui ne leur permettent que des mouvements de faible amplitude. Les synarthroses représentent les articulations fixes,les pièces osseuses sont engrénéesles unes dans les autres sans interposition de parties molles.

Dans quelle classe devrons-nous ranger cette articulation alveolo-dentaire? On pourrait songer à en faire une diarthrose en la plaçant dans la catégorie des enarthroses. Elle possède une cavité articulaire : l'alvéole, un ligament plus ou moins capsulaire, le ligament alvéolo-dentaire qui s'insère sur l'ensemble de la racine, sans doute, mais avec deux extrémités libres, l’une pour laisser passage au collet de la dent, l’autre aux vaisseaux. Cependant il ne faut pas oublier que la dent est avant tout un organe fixe et il serait préférable de la considérer comme'une amphiarthrose ou peut-être dela ranger dansune classespécialeintermédiaire aux amphiarthroses et aux diarthro-amphiarthroses ; c'est à cet avis, du moins, que se range Beltrami dans sa thèse sur l'étude de l'articulation alvéolo-dentaire.

Quoi qu'il en soit, quelles sont et que sont les parties constitutives de cette articulation? D'abord, nous trouvons deux surfaces articulaires, l’une représentée par la paroi alvéolaire, l’autre par la racine de la dent. Cette racine est recouverte à sa partie la plus externe par du cément qui offre la plus grande analogie avec l'os, au double point de vue histologique et chimique. Entre les deux surfaces articulaires se trouve un tissu de remplissage que nous allons étudier. Ce tissu a été pendant longtemps appelé périoste et considéré comme tel. La pathologie a presque consacré ce terme, puisqu'elle a créé la périostite alvéolo-dentaire. Magitot lui-même, pendant longtemps, a trouvé à ce tissu les caractères d'un périoste semblable au périoste ordinaire. Mais

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on est bien obligé de constater que ce périoste joue le rôle d'un ligament et cette observation ne satisfait point l'esprit.

A l'examen histologique, nous constatons que ce tissu intermédiaire est formé avant tout par des faisceaux fibreux qui possèdent trois directions principales longitudinales, circulaires et transversales ou en rayon par rapport à l'axe de l'organe. Les fibres transversales, sont les plus importantes, épai— ses et denses elles se portent obliquement de Îa paroi alvéolaire à la dent de haut en bas et de la périphérie vers le centre. En d'autres termessleur point d'insertion osseux est toujours plus élevé que leur point d'insertion radiculaire, sauf pour les fibres les plus inférieures qui sont d’abord horizontales püis obliques en sens inverse et enfin verticales du fond de l’alvéole à l’apex. La dent paraît de la sorte suspendue par son ligament à l’intérieur de son alvéole ; et l'effort de la mastication se porterait de la sorte non plus sur les parois alvéolaires directement mais par l'intermédiaire des ligaments. Comme le fait remarquer Collaud, l'insertion de la dent obéit encore aux grandes lois de la statique et de la répartition des forces qui régissent tous les phénomènes de l'organisme. Des examens de coupes que nous avons pu pratiquer au laboratoire de la Faculté, sous la judicieuse direction de M.ledocteur Dubreuil, professeur agrégé, nous ont permis de constater que les vaisseaux du ligament sont surtout abondants dans les régions voisines du collet et de l'apex. Nous avons constaté que ces vaisseaux qui, dans toute la

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hauteur du ligament pénètrent dans l'os alvéolaire ne pénètrent dans le cément qu’au niveau de l'apex. Dans toute la hauteur de la racine, le cément repré: sente une couche assez mince susceptible d'être nourrie par contiguité, à l'apex, son épaisseur devient considérable et on le voit nettement parcouru alors par des canalicules nombreux qui assurent sa nutrition. Les nerfs y sont rares ; du reste, comme le dit Collaud, ce serait pour eux une situation bien invraisemblable que de se trouver pris entre deux parois rigides constamment pressés où ils provoqueraient cértainement des phénomènes douloureux.

Nous avons vu comment ce tissu intermédiaire alvéolo-dentaire avait toutes les fonctions dévolues dans l'organisme aux ligaments. Nous somme obligés pourtant d'admettre que ce tissu possède bien à un moment donné du moins un rôle formateur. Nous avons vu qu'il était en effet le reliquat du sac follicullaire organe producteur du cément et c'est bien lui qui durant l'évolution de la dent va en achever l'édification. Aussi conviendrait-il de conclure que le tissu intra alvéolaire est à la fois constitué par unezone externe, qui à l'aspect d'un ligament et par une zone interne qui a Îles plus grandes analogies avec un périoste. À mesure que l'individu avance en âge, il est vraisemblable que la partie périostique tend à diminuer d'importance et que Îa portion ligamenteuse tend au contraire à se développer.

Nous avons décrit les caractères des articulations alvéolo-dentaire, leurs surfaces osseuses ieurs

ligaments, mais nous constatons qu'il leur manque un caractère essentiel pour être assimilées aux articulations ordinaires. Les synarthroses mises à part elles ne possèdent pas de cavité synoviale et nous sommes obligés deles mettre dans une classe d’articulation un peu spéciale. Le terme de « gomphose », repris par M. Testut et en tant que signifiant une articulation véritable peut bien être conservé.

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