CHAPITRE :1V
Technique
Nous allons reproduire ici la technique que nous avons adoptée dans nos dernières observations et qui nous semble avoir donné les meilleurs résultats. Il n'existe pas du reste dans la littérature de description technique bien complète de la greffe dentaire.
L'instrumentation, dont nous allons parler en premier lieu, est relativement peu compliquée. Elle comporte naturellement les daviers à extraction appropriés à chaque dent. Les élévateurs et autres leviers, souvent utilisés dans l’avulsion des dents, devront être exclus le plus possible de ces interventions à cause des délabrements trop considérables et des lésions traumatiques qu'ils peuvent occasionner et qui pourraient nuire à la reprise. Nous avons employé également une pince du type de Museux qui nous sert à maintenir solidement la dent en évitant: le contact des doigts. Pour le ruginage et le curetage
des canaux et cavités cariés de la dent, on se servira d'un tour de dentiste électrique ou à pied muni des fraises et forets habituels. Une poire à air chaud, une pince coupante pour réséquer les parties malades, et quelques meules complèteront cette instrumentation. Dans nos observations, nous avons toujours utilisé le sérum physiologique à l’aide duquel on humecte l'organe pendant le traitement hors de la bouche pour éviter la dessication du ligament. Comme antiseptique, celu' qui paraît réunir pour nous le plus de qualités est sans contredit l'eau oxygénée rigoureusement neutre que l'on peut employer à des taux variables jusqu'à 12 ou 15 volumes maximum. Du reste,après avoir fait agir l'eau oxygénée,il convient toujours de laver à nouveau au sérum ordinaire.
La technique présentant des points particuliers à chaque mode de greffes dentaires, nous traiterons chacun de ces modes en allant du simple au composé.
I) Technique des greffes par restitution. — Rappelons que cette greffe consiste à réimplanter dans son alvéole une dent extraite soit par un traumatisme, soit dans un but thérapeutique.
A la suite d’un traumatisme, la dent arrachée sera d’abord débarassée des débris organiques et de la terre qui peut la souiller. On l’'immergera ensuite dans une solution antiseptique qui sera le plus souvent l’eau oxygénée à 12 volumes. Le docteur Pont, que nousavons déjà cité,a même plongé la dent après l’eau oxygénée dans de l'acide chlorydrique étendu,
eue non sans avoir protégé la couronne par de la cire. Ou s'occupera également de l’alvéole qui sera débarassé de ses caillots et dont on vérifiera l'intégrité. Puis la dent subira Île traitement que nous faisons subir à toute dent réimplantée, c'est-à-dire l'extraction de la pulpe radiculaire et coronaire par l'apex et elle sera rétmplantée dans sa loge alvéolaire. Nous décrirons bientôt le détail de ces temps opératoires.
Dans un but thérapeutique, nous pratiquons l'extraction d’une dent qui, ayant des lésions radiculaires ou pulpaires,ne peut être ni conservée nitraitée sur place. Nous pourrons ici distinguer dans notre intervention trois temps principaux que nous étudierons successivement.
a) Le premier temps est l'extraction.—On commencera d’abord par préparer la région avec grand soin. La dent sera nettoyée et brossée, débarassée de son tartre à la curetre s’il y a lieu. Elle sera lavée à l'alcool et à la teinture d'iode ainsi que la région périgingivale qui lui fait suite.On l'isolera ensuite de la paroi labiale ou jugale à l'aide d’un rouleau de coton placé dans le vestibule maxillo-labial. L'anesthésie de la région se fera à la novocaine. C'est l'injection sous périostique à 0,02 centigr. pour 1 Cm * que nous utilisons. Au bout de 6 minutes, l'extraction peut se pratiquer sans douleur. À laide d'une lancette,on décolle la gencive soigneusement tout autour de la dent et cela le plus haut possible de façon à ce que le davier puisse pénétrer assez avant sous la muqueuse sans la meurtrir. Un davier bien approprié
saisit alors la dent entre ses deux mors et, sans secousse, après l'avoir luxée par des mouvements de latéralité légers, ou de torsion sur l’axe l'amène hors de sa cavité. La dent ainsi extraite est placée immédiatement sur une compresse de gaze stérilisée, humectée au sérum physiologique et l'on s'occupe de l’alvéole, qui est lavé puis tamponné à l’aide d’une mèche de gaze pendant toute la durée du second temps de l'intervention : la préparation et le traitement de la dent.
b) Préparatiou et traitement de la dent. Toutes nos observations portent sur des dents uniradiculaires,incisives,canines ou prémolaires.Ce sont celles qui sont le plus souvent justiciables du traitement de la greffe. Mais il ne semble pas beaucoup plus dificile de traiter de la sorte des molaires à plusieurs racines et ia chose du reste a été tentée, du moins pour ce qui concerne la greffe par restitution.
Nous commençons par saisir la dent dans les mors de la pince de Museux, dont elle ne sortira qu’une fois prête à la réimplantation. Puis systématiquement et quelque soit l'étendue de la lésion radiculaire, nous faisons la résection de l'apex, sur une hauteur variable suivant les cas, en général de 2 à 4 millimètres. Cette résection se fait à l’aide d'une pince coupante, elle répond à un double but, d’abord elle débarasse à coup sûr la racine de sa lésion qui est toujours apicale au début ; puis elle nous permet de trouver sans hésitation, Île canal dentaire que nous pourrons aborder de suite sans crainte de
Se faire un faux-canal, avec la fraise. L'opérateur devra prendre le plus grand soin du ligament en évitant les chocs et les éraflures et en ie maintenant constamment humecté. Il convient alors de s'occuper de la couronne. Dans la plupart des cas, elle est fortement endommagée puisque c’est là qu'on doit chercher le point de départ de la lésion radiculaire le plus souvent. Mais, est-elle suffisante pour être conservée ?
Si oui, l'opérateur commencera par faire un curetage soigneux de la carie à l'aide de fraises et de curettes, puis il descendra dansle canal au moyen d'un foret triangulaire, qu'il passera tantôt par une extrémité, tantôt par l’autre, jusqu’à ce que ce dernier soit devenu parfaitement net et qu'il ne contienne plus de débris nécrosés. On possède de la sorte un conduit large de 1 millimètre de diamètre environ et creusé dans l’ivoire sain. La cavité de la couronne est munie alors de rétentions sous forme de points ou de stries creusés dans les parois. Un séchage soisneux à l'alcool et à l'air chaud est ensuite pratiqué et il ne reste qu’à obturer la cavité de la couronne,de la chambre pulpaire et du canal. L'obturation peut se faire avec tous les ciments en usages chez les dentistes. Nous avons employé des pâtes au silicate et au triphosphate avec succès. L'emploi de la gutta percha, dans des cas analogues, pratiqué par quelques auteurs ne nous paraît pas devoir être généralisé. Les métaux, sous forme de feuilles pressées dans la cavité, doivent également donner de bons résultats, mais ils représentent toujours
TTL tes une opération pluslongue.Enfin les amalgames au mercure sont à proscrire dans ces interventions.
Mais il arrive fréquemment que la couronne ne peut être conservée. La carie est trop avancée pour que l'on puisse reconstituer à l’aide d'une obturation les parties errodées. Parfois même, il ne reste de cette couronne que quelques arêtes tranchantes et aiguës. Dans ce cas,on commence par faire table rase. La pince coupante et la meule détruisent ces débris inutilisables et on obtient une surface plane et bien nette qui représente la section de la dent au niveau de son collet.On rugine le canal comme précédemment et plus facilement encore,puisquel'onn a plus à ménager des bords coronaires. Cette racine est ainsi transformée enun tronc de cône ouvert à chacune de ses deux extrémités et parcouru par un conduit. On ajustera alors, sur cette surface plane du collet, une couronne artificielle en porcelaine qui sera maintenue à l’aide d'un pivot sur le canal de la dent par l'intermédiaire d’un ciment à prise rapide ; et l’on aura de la sorte reconstitué l'organe tout entier. Il ne restera plus qu’à la remettre en place. Une des principales difficultés de l’ajustage de cette couronne est le manque de repère. Il faut biense garder, en effet, de mettre la face postérieure de la couronne artificielle sur la face antérieure de la dent et vice-versa ou même de la dévier sur son axe. La chose est souvent mal aisée pour les racines parfaitement coniques. Mais en général, il suffira de se souvenir que le bord antérieur des dents uniradiculaires esttoujoursle plusépais; etentouscas,on peuttrèsbien