‹ Contribution à l'étude des greffes dentairesChapitre 9 sur 21 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Abcès chronique avec fistule gingivale. — Extraction. Résection apicale. — Réimplantation. — Guérison.

Mlle M... L..., 26 ans, sans profession, est une bacillaire cavitaire avec un état géneral médiocre. Sa dentition est d'une façon générale assez défectueuse, plusieurs de ses molaires ont été extraites, et elle possède de nombreuses dents cariées. De ses 4 incisives du haut, l’une manque : la latérale droite. Les deux centrales et la latérale gauche ont des caries plus ou moins étendues sur leur bord distal; ce sont des 4° degrés avec de petits abcès fistuleux qui viennent poindre sous la gencive. Toute la région préalvéolaire du bloc incisif est emflammée et douloureuse depuis plusieurs mois, avec quelques rémissions cependant. Les pointes de feu et les traitements ordinaires n’ont donné aucun résultat. L'extraction semble être la seule indication; elle avait déjà, du reste, été conseillée par un dentiste, et comme il s'agissait de dents antérieures, la personne s’y était refusée.

C'est sur la dent incisive latérale gauche qui semble la plus mauvaise et la plus douloureuse que nous décidonsd’intervenir.

Le 29 janvier 1913, l'extraction de la dent est pratiquée.

Les

Au préalable, on fait un badigeonnage de la région à la teinture d'iode et une injection de novocaine à 0,02 cgr. La dent extraite nous présente une vaste carie sur son bord externe, qui échancre en partie la couronne; la dent est noirâtre, tout le trajet de son canal est visible par transparence, sous forme d'un trait sombre, qui va de la carie à l’apex, en traversant la chambre pulpaire. L'apex est complètement dénudé sur trois millimètres environ. Nous réséquons cette partie malade à la cisaille et nous nettoyons à l’aide d’un foret triangulaire le canal dentaire et à l’aide d'une fraise ronde la carie et la chambre pulpaire, jusqu'à ce qu'il ne nous reste que du tissu sain. Notre dent est ainsi transformée en un organe blanc, percé de part en part d'un conduit. Nous obturons avec les précautions habituelles et à l’aide du ciment de Harward. Le traitement dure une heure environ et la dent est prête à être réimplantée. L’alvéole est lavée au sérum, et l’organe est enfoncé dans sa cavité énergiquement. Faute d’une nouvelle injection de novocaïine, la réimplantation est très douloureuse, et les douleurs persistent sous forme de névralgies pendant trois ou quatre jours et d'une façon assez aiguë. Nous ligaturons notre dent aux dents voisines à l'aide d’un fil de soie que nous enroulons en décrivant des X successifs. La dent était assez longue et articulée fortement avec la dent antagoniste. La première nuit fut très pénible, car les moindres pressions étaient douloureuses. Les autres nuits, nous avons dû surélever l'articulation à l’aide d’un tampon de liège fixé sur la seconde molaire du bas, de façon à empêcher les dents antérieures de venir en contact. Jusqu'au soir du troisième jour. l'alimentation fut impossible autrement que par des liquides et les douleurs ne cédèrent qu’à l’aide de cachets d’aspirine et de pyramidon. Au quatrième jour, les phénomènes douloureux s’amendent légèrement, la région gingivale antérieure et postérieure reste très rouge et très enflammée. Nous changeons le fil de soie de la ligature qui était souillé. La dent est toujours branlante et douloureuse

au toucher. Durant les cinquième, sixième, septième et huitième jours, la zone inflammatoire seule persiste ; le neuvième jour nous piocédons à un nouveau changement de la ligature, la dent est un peu moins mobile. Le douzième jour, l’inflamimation a disparu et la dent commence à avoir une certaine fermeté dans son alvéole. Nous avons renouvelé les ligatures jusqu'au dix-huitième jour, tous les trois ou quatre jours. À ce moment, nous les supprimons définitivement, l'organe semblant suffisamment consolidé. Au vingtcinquième jour, la dent tient parfaitement en place, elle semble simplement un tout petit peu plus longue, et la malade ne peut s’en servir pour manger des aliments trop durs. Au trente-cinquième jour, de légères douleurs persistent encore aux fortes pressions (1).

Remarque : nous nous trouvons ici en présence d’une réimplantation qui s'offre à nous dans des conditions particulièrement défavorables. D'abord parce que nous agissons sur une bacillaire à nutrition certainement ralentie, ensuite parceque c’est notre premier essai Et enfin, parce que la dent traitée était une dent depuis trop longtemps malade.

Les fautes de notre technique proviennent principalement d’une instrumentation incomplète et de la trop grande hâte que nous avons cru devoir apporter à notre intervention. Nous avons constamment tenu la dent entre les doigts, au lieu de nous servir de la pince de Museux comme nous l'avons fait dans la suite. La dent n’a pas été humectée au sérum. et nous l'avons pressée trop fortement dans son alvéole au lieu de lui laisser prendre sa place d'elle-même. Enfin nos ligatures surtout répétées ont été particulièrement défavorables, car elles ont nécessairement provoqué l’éhranlement de la dent à chaque changement.

(1) Ce cas a été le sujet d’une nouvelle intervention, dont nous citerons l’observation plus loin en respectant l’ordre chronologique de nos expériences.

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