ACCOUPLEMENT
Les préliminaires à l’accouplement, s'ils sont fort bien connus chez certains Insectes, n'ont fait l’objet d'aucune recherche précise en ce qui concerne les Hémiptères aquatiques. Tout au plus a-t-on noté la position des conjoints. C'est ainsi que l’on sait depuis longtemps que les Notonectes et les P/ea se tiennent accouplés sur le côté et nagent de concert. Or, au cours dès nombreux élevages d'Hémiptéres aquatiques que j'ai faits, j'ai eu l'occasion d'observer certaines particularités afférentes à l’accouplement chez ces Insectes.
Déterminisme. — Chez les Hémiptères aquatiques l’accouplement est lié d’une façon très intime à la température : aussi, même si les conjoints sont aptes à s'accoupler, il n'a pas forcémént lieu tant que celle-ci est inférieure à 11°. Au contraire, les appariements deviennent fréquents lorsqué la température dépasse 12°. Ce fait avait déjà été rémarqué par Delcourt en cé qui concerne N. maculata.
Au printemps, après là période d’hivernage, il est facile dé remarquer que, chez certaines espèces, l’accouplèement peut précéder de beaucoup le début de la période de ponte. Ce fait se présente, éntre autres, pour Hygrotrechus najas, Nepa cinerea, les différentes espèces de Notonectes et beaucoup de Corixidæ. Chez ces Hémiptères l'accouplement peut avoir lieu, en effet, un mois à un mois et demi environ avant la ponte. Or, la dissection des conjoints permet de éonstater que, si Les mâles présentent des testicules bourrés de spermatozoïdes, les femelles ne possèdent que des ovaires rudimentaires ; mais
chez ces dernières, les réceptacles séminaux sont énormes. Aussi, comme j'ai pu vérifier qu'après un tel accouplement (Notonecta, Corixa), les spermatozoïdes contenus dans les réceptacles séminaux sont encore vivants 25 à 30 jours après l'acte, on est forcé d'admettre que les organes génitaux annexes de la femelle, sont aptes à recevoir les spermatozoïdes bien avant la maturité des ovaires. Par conséquent, pour qu'un accouplement puisse se produire il faut encore, le mâle étant sexuellement mûr, que la femelle possède au moins des réceptacles séminaux bien développés; dans le cas contraire cette dernière refuse de s’accoupler. Ce fait prouve en outre que, chez les Insectes, l’état de développement des glandes annexes de l'appareil génital n’est pas forcément solidaire de celui des glandes génitales proprement dites (ovaires dans le cas présent). Grassé (1922) (”) a fait une observation analogue chez un Orthoptère.
Particularités de l'accouplement suivant les espèces. — L'expérience m'a permis de constater qu'un même mâle peut féconder plusieurs femelles; c'est ainsi que j'ai vu un mâle de Gerris s'accoupler successivement avec trois femelles. De même, une femelle peut s’accoupler successivement avec plusieurs mâles.
Nepidæ. — Les représentants de cette famille ne montrent aucun préliminaire à l’accouplement ; celui-ci a lieu le plus souvent sous l’eau ; mais il peut aussi s'effectuer hors de l’eau. Le mâle saisit la femelle par le milieu du corps à l’aide de ses pattes antérieures; puis il rejette latéralement son abdomen à droite et en retourne complètement ses urites génitaux, afin de faire pénétrer son organe copulateur dans la région vulvaire. [Il y à d'abord accrochage des appendices styliformes du mâle avec les gonapophyses de la femelle. Dans cet acte l'extrémité de l’abdomen du mâle est si déformée (fig. 15, pl. V) que les deux valves de son siphon respiratoire sont très écartées l'une de l’autre et que ce dernier ne peut plus remplir son rôle. La femelle, au contraire, dresse son siphon vers la surface de l’eau et respire normalement. Mais le mâle, ainsi gèné dans sa respiration, ne peut demeurer longtemps aecouplé. Aussi, il y a une série d'accouplements successifs ; entre
(1) Bull, Biol. Fr. et Belq., t. LNI, fasc. #, p. 544,
chaque acte le mâle, tout en continuant de maintenir la femelle, réunit les valves de son siphon et respire. La brièveté relative de chaque accouplement semble bien être en rapport avec la curieuse disposition des pièces péniales. Il y a, en effet, projection intermittente des pièces (e) et (atfig. 13, pl 41), accompagnée à chaque fois de l'émission d’un paquet de spermatozoïdes. |
Naucoridæ. — L'accouplement est un peu comparable à ce qui vient d’être décrit. Les styles s’agrippent fortement, ainsi que le fourreau du pénis, dans les voies génitales femelles. Grâce à l’asymétrie de structure des pièces de l’armature génitale et de l'organe copulateur, les urites génitaux ne sont pas déformés et les stigmates terminaux demeurent fonctionnels. Aussi, les conjoints peuvent rester longtemps accouplés et nagent de concert. È
Corixidæ. — Ainsi que je viens de le signaler pour les Naucoridæ, grâce à l'asymétrie accentuée des urites génitaux et de leurs appendices, on n'observe pas de déformation de ces urites, lors de l’accouplement, chez les Corixidæ. Le canal éjaculateur (pénis proprement dit}, pénètre profondément dans le vagin où il se maintient à l’aide des nombreuses spinules récurrentes qui recouvrent sa paroi externe. Les conjoints peuvent demeurer longtemps accouplés ; le mâle se tenant sur le côté de la femelle.
Notonectidæ. -— Des mâles et des femelles, réunis à maturité sexuelle, manifestent une grande agitation. Le mâle saisit brusquement la femelle et si cette dernière présente des monvements des pièces vulvaires l’accouplement à lieu aussitôt ; sinon, l'appendice cerciforme du mâle fig. 2, c, pl. ID) vient frapper à petits coups sur deux appendices semblables que possède la femelle. Ces attouchements peuvent faire naître des mouvements des gonapophyses et les conjoints s'accouplent. Dans le cas contraire ils se séparent. Au cours de l'accouplement les lobes (9) jouent le rôle de pinces et Les styles (s) le rôle de crochets. L'’abdomen du mâle se trouve rejeté à droite et l'urite 10 se retourne complètement à gauche.
Gerridæ. — En ce qui regarde le groupe des Hémiptères sus-aquatiques, je n'ai observé de faits mtéressants dans l’accouplement que chez les Gerridæ. De Grer (1778) avait déjà
été frappé de l’ardeur manifestée par les mâles des Gerris. On observe, chez ces Hémiptères, des accouplements fréquents pendant toute la période de ponte qui comprend plusieurs mois.
En général le mâle des Gerris saisit la femelle à l’aide de ses pattes antérieures, de telle sorte que celles-ci s’acerochent sur les hanches intermédiaires desa conjointe. Les pattes intermédiaires du mâle sont alors rejetées en avant, parallèlement au corps de la femelle, et ses pattes postérieures s'appuient sur l’eau. On observe ensuite la dévagination de l’urite 10 bientôt accompagnée de celle de l'organe copulateur. À ce moment précis, les pattes intermédiaires du mâle sont animées de mouvements saccadés et viennent frapper, à petits coups, les antennes de la femelle. Cette manière de faire à évidemment pour but d’exciter cette dernière. En effet, une femelle qui refuse laccouplement couche ses antennes et ne présente pas de mouvements des pièces vulvaires. L’accouplement peut durer plusieurs heures. Quand il est terminé les conjoints se séparent. Hygrotrechus najas fait cependant exception à cette règle. Dans cette espèce le mâle, beaucoup plus petit que la femelle, reste cramponné sur le dos de celle-ci, même pendant les périodes de ponte. Si la femelle capture une proie le mâle, sans quitter Sa position, se rejette un peu sur le côté et la suce de concert avec sa compagne.
Il arrive parfois qu'une femelle de Gvrris veuille se débarrasser d'un mâle. Dans ce cas, pour lui faire lâcher prise, elle se dresse sur ses pattes postérieures puis se laisse ensuite retomber sur l’eau, soit sur le côté, soit sur Le dos. Aussi, pour éviter la noyade, le mâle est souvent obligé de cesser son étreinte.
Remarque générale. — Dans tous les cas qui viennent d’être examinés, la pénétration de l'organe copulateur dans les voies génitales femelles, ne peut avoir lieu que si les pièces vulvaires Sont animées de mouvement de pro et de rétraction; c’est grâce à ces mouvements que les épines et aspérités de l'organe copulateur et des divers appendices des deux armatures génitales, peuvent s'agripper les uns les autres.
ÉTUDE DES HÉMIPTÈRES AQUATIQUES fS5