‹ Contribution à l'étude des hémiptères aquatiquesChapitre 17 sur 42 · PONTE · texte numérisé non relu

PONTE

De même que l’accouplement, la ponte est en relation avec la température. D'une manière générale, une femelle s'arrête de pondre dès que la température devient inférieure à 9 où 10e, Aussi, les premiers froids d'automne arrêtent la ponte d’une facon irrémédiable chez les Gerridæ, Nepidæ, Naucoridæ et beaucoup de Corixidæ. Dans ce cas, chez Les individus femelles dont les ovaires sont encore pleins d'œufs, la rétention de ceux-ci détermine leur dégénérescence par histolyse lente. Les jeunes ovules, d'une couleur normalement jaunâtre, deviennent bientôt d’un rouge ocre. De nombreux leucocytes entourent les gaines ovariques. Les cellules folliculaires s’allongent et plongent quelque peu à l'intérieur de la masse vitelline ; le pôle profond de beaucoup de ces cellules renferme de fines enclaves. Après fixation par le liquide de Bouin, suivie d'une coloration par la méthode de Prenant, le cytoplasme d’un jeune ovule sain se colore presque entièrement en rose; au contraire, dans le cas d'un ovule en voie d’histolyse, le cytoplasme périphérique, en contact avec les cellules folliculaires, prend une teinte diffuse verdâtre, s'étendant plus où moins vers le centre de l’ovule qui, lui, se teinte pendant quelque temps encore en rose. À part ces faits, je n'ai pas constaté l’existence de processus phagocytaires aussi actifs de la part des éléments folliculaires, que ceux observés par Ch. Pérez (1903) (1) dans le cas de la résorption des ovules par les cellules follicu laires, sous l'influence du jeûne, chez le Triton.

En ce qui regarde Notonecta glauca, furcata, maculata, qui pondent pendant les mois d'hiver, la ponte suit Les variations de la température. Si le froid persiste trop longtemps il peut aussi déterminer, chez ces espèces, la dégénérescence des ovules.

D'autres causes sont encore susceptibles de produire la rétention des œufs. Si L'on empêche, par exemple, une femelle de Gerris, à maturité sexuelle, de s'accoupler, elle cesse bientôt de pondre. Dans ce cas il y a arrêt d'une fonction qui devrait normalement s'effectuer ; Les ovules ne dégénèrent pas ; ils conti-

(1) G. R. Soc. Biol., t. LV., p. 716, et Ann. Inst. Past., p. 617,

nuent de s'accroitre et leur rétention détermine la mort de l'Insecte.

La ponte, chez les jeunes imagos écloses dans l'année, commence à des périodes assez bien déterminées pour chaque espèce. J'ai relevé (R. Porssox 1923), dans le tableau ci-dessous et pour quelques espèces, la date approximative à laquelle s'observent les premières pontes dans le département du Calvados. Dans les diverses espèces, la ponte se poursuit pendant toute la saison chaude avec des alternatives d’accouplements.

Espèces

Notonecta maculata Fab.

» furcata Fab » glauca L.

» viridis Delc. Plen minutissima Fab.

Périodes

mi-septembre.

mi-décembre.

janvier.

mi-février.

mars-avril (1).

Naucoris cimicoides L. mars.

» maculatus Fab. mars-avril, Corisa Geoffroyi Leach. janvier.

| Arctocorisa striata L. »

» hieroglyphica Duf. mi-février, lugubris Fieb. »

| Velia currens Fab. mi-janvier.

| Hygrotrechus najas Geer. février-mars.

Limnotrechus thoracicus Sch.

costae H.S.

argentata Sch. avril.

odontogaster Zett.

lacustris L.

gibbifera Sch. mai.

Nepa cinerea L. mars-avril.

Ranatra linearis L. avril-mai,

Les Hémiptères aquatiques hivernent tous à l’état d'imagos ; des larves non transformées à l'automne ne tardent pas à mourir sous l'action des premiers froids. Mais, des œufs pondus à l’arrière-saison peuvent très bien subir les rigueurs de l'hiver et n’éclore qu'au printemps suivant. J'ai constaté ce fait dans les genres Noftonecta, Gerris, Velia.

Certaines espèces à développement rapide peuvent présenter plusieurs générations par an. C'est le cas, par exemple, pour L. lacustris, argentata, odontogaster, A. striata, V. currens et, vraisemblablement, pour beaucoup d'autres espèces. Aussi, il

(‘) Lorsqu'il est fait mention de deux mois consécutifs, c’est que des pontes ont été observées dans la dernière semaine du premier.

ne faut pas être surpris d'observer des pontes de ces Insectes depuis le début du printemps jusqu'à l'automne.

Les modes de ponte sont assez variés, Les Gerridæ, Mesovelaide, Hydrometridæ, Veliide, déposent leurs œufs sur les plantes aquatiques flottant à la surface de l'eau, ou sur les pierres du bord (1). Contrairement à ce qu admettait Durour L., ces Hémiptères n'inumergent donc pas leurs œufs. Ces œufs adhèrent au substratum à l'aide d'une substance coagulante (ciment) qui brunit fortement à l'air, mais qui reste d’un blanc laiteux lorsque l'œuf est accidentellement immergé. J'ai vérifié

Fig. XIX. — OEufs de Vepa cinerea pondus dans un amas d'algues filamenteuses, situé sur une feuille flottante de Sagittaire.

maintes fois que l'immersion de l'œuf chez Gerris, Velia, etc, n'empêche pas le développement embryonnaire; mais la Jeune larve, à l'éclosion, éprouve beaucoup de mal à gagner la surface de l’eau et souvent meurt noyée.

Les Nepidæ déposent leurs œufs sur les herbes aquatiques surnageant à la surface ; mais tandis que les Nèpes les implantent le plus souvent dans les amas flottants et spongieux formés par des Algues filamenteuses (ÿ'aucheria, Spirogyra, ete. fig. XIX), les Ranatres les enfoncent dans les feuilles et les tiges des

() Les Æpophilus doivent coller leurs œufs anx parois des rochers, dans les cavités formant cloches à plongeur, où ils se retirent à marée haute; mais je n'ai pu encore vérifier çe fait,

plantes émergées (roseaux, jones) ; comme les gonapophyses, chez cette espèce, ne sont pas très résistantes, les femelles se servent de la lame sternale aiguë (fig. 11, 8 s, pl. I), qui protège leur armature génitale, pour creuser un avant trou, Il convient de remarquer, cependant, qu'en élevage les femelles de Ranatre déposent fréquemment leurs œufs çà et là sur les plantes aquatiques, mises à leur disposition, sans les y implanter.

Ainsi que pour les Gerridæ, ete., j'ai vérifié que l’immersion accidentelle de l'œuf des Nepidæ n'empêche pas le développement embryonnaire. La jeune larve, plus lourde que l’eau à l'éclosion, gagne la surface en grimpant le long des plantes aquatiques.

Les Notonectidæ présentent de même, suivant les espèces, différents modes de ponte. C’est ainsi que N. furcata, viridis, glauca, Plea minulissima, introduisent leurs œufs dans les tiges ou les feuilles des plantes immergées en forant une cavité à J’aide de leurs pièces vulvaires armées de fortes épines chitineuses. Quant à N. maculata, elle colle ses œufs à un support quelconque immergé (Dezcourrt); mais alors que la substance coagulante qui fixe l'œuf des Gerridæ demeure blanchâtre si l’œuf est immergé, chez N. maculata cette substance brunit rapidement après la ponte, en même temps que le chorion de l'œuf lui-même.

Les Coriridæ et les Naucoridæ collent également leurs œufs à un substratum immergé quelconque. Ceux des Corises sont fixés par l'intermédiaire d'un appareil se composant d’un disque adhésif pédonculé fonctionnant à la manière d'une ventouse (fig. 9, pl. VII ; ceux des Naucores sont directement collés au support (cf. N. maculata).

Page 1