LE DÉVELOPPEMENT POST-EMBRYONNAIRE
Auyot et Acpixer Servilce (1843) admettaient que la larve des Hémiptères muait trois fois « avant d'arriver à l’état parfait » ; l’Insecte « à ainsi quatre périodes dans son existence ». L'on sait que les recherches ultérieures ont montré que ces données ne sont pas toujours exactes. Cependant l’aecord est loin d'être fait sur le nombre réel des mues et des stades post-embryonnaires. C'est ainsi que Hacemaxx (1910) chez C. Geoffroyi, WereLscakin (1912) chez Plea, F. Buocuer (1916) chez Nepa, Dercourr (1909) chez Notonecta, observent cinq stades larvaires ; mais tandis que
F. Brocwer compte cinq mues au cours du développement larvaire de Nepa, Dreicourr en admet six chez Notonecta. De même E. Rousseau et O0. Lüxpscan (1921) (!) signalent cinq stades également chez Hydrometra stagnorum, tandis que W. BozrwEG (1915), que je cite d’après O. Lunpscan, en observe quatre seulement. De plus, W. Bozzwec déerit six stades larvaires chez V. currens et Hygrotrechus paluduin ; parfois même cet auteur en différencie jusqu'à sept. Enfin J. Péxeau (1914) (?) admet quatre stades larvaires seulement chez L. lacustris Toutes ces divergences d'opinions nécessitent, par conséquent, une revision et une mise au point des faits. L'étude de cette question m'a conduit à faire de nombreux élevages des diverses espèces d'Hémiptères aquatiques. Il nr'a été nécessaire tout d'abord de déterminer le régime de chacune de ces espèces. Aussi, je crois utile de décrire rapidement les méthodes d’élevages que j'ai pratiquées.
Méthodes d'élevages. — Les élevages ont ét6 faits dans des bacs ou de grands cristallisoirs dont l’eau était renouvelée de temps à autre. Ainsi que Bounoure l’a déjà constaté dans ses élevages de Dytiscides (1918), l’eau courante parait nettement nuisible aux Insectes aquatiques conservés au laboratoire.
J'ai rapidement reconnu que tous les Hémiptères aquatiques sont tous carnivores. C'est ainsi que les Sus-aquatiques capturent, suivant leur taille, soit de gros ou de petits Ptérygotes, soit des Collemboles aquatiques (Podura, Isotoma, Sminthurides), tandis que les Notonectidæ, Nepidx, Naucoridæ et Coriridæ s'attaquent de préférence aux larves aquatiques de Diptères (Chironomides) et parfois même aux jeunes alevins de Poissons ou aux jeunes tétards de Batraciens. C'est une erreur de croire que les Hydromètres se nourrissent de sucs végétaux (contra Auniner et AmyoT, p. 898) ; 11 me parait non moins invraisemblable que les larves de A. /ugubris sucent la chlorophylle d'une Confervacée (?) à thalle filamenteux, ainsi que Fa signalé J. Péneau (1921) (*). Ces faits étant établis j'at nourri les Cryptocérates avec des larves de Chironomes où de Moustiques et j'ai donné aux Gymnocérates aquatiques des Diptères,
(!) Æntomologik Tidsk Haft 2, p. 93, 1921.
() Bull. Soc. Se. Nat. Ouest, 3 série, t. VI, p. 19. ()Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest, & série, LL p. 43,
en ayant soin d’écraser quelque peu les proies pour les petites espèces (Microvelia, Mesovelia) ainsi que pour Hydrometra Les cadavres des proies doivent être soigneusement enlevés tous les jours afin d'éviter que l’eau ne se corrompe trop rapidement. Pour obvier à cet inconvénient, ou tout au moins pour le retarder, je recommande de placer des Limnées dans les bacs d’élevages. Ces Mollusques mangent toutes les petites particules animales susceptibles de se putréfier.
Mues larvaires. — Afin de déterminer exactement le nombre des mues larvaires j'ai isolé à plusieurs reprises, dans chaque espèce étudiée, une larve au moment même où elle venait d’éclore. J'ai ensuite observé cette larve, jour par jour, Jusqu'à la mue imaginale. J'ai pu ainsi constater que tous les Hémiptères aquatiques mnuent cinq fois et présentent cinq stades larvaires. Contrairement à ce que dit Dercourr, je ne crois pas que l’on puisse considérer comme une mue larvaire, la membrane embryonnaire dont la larve, se débarrasse à la sortie de l'œuf. Cette membrane, extrêmement mince dans certains genres (Nepa, Gerris), ne présente aucun des caractères d’une véritable exuvie ; c’est ainsi que l’on n’y observe pas /a présence de pouls.
La durée du développement larvaire n'est pas la même pour toutes les espèces. J'ai pu préciser cette durée pour quelques-unes ; je relève mes observations dans le tableau ci-dessous. Les chiffres que je donne (p. 197) doivent être interprétés comme des moyennes susceptibles de varier en fonction des facteurs température et nourriture.
L'étude de cg tableau permet de se rendre compte : 1° que le développement larvaire des Cryptocérates aquatiques est plus long que celui des Hémiptères sus-aquatiques ; 2 que, chez ces derniers, ce sont les formes aptères et brachyptères qui se développent le plus rapidement. J'aurai l’occasion de revenir sur ce fait ultérieurement.
J'ai pu constater, de plus, que l'élevage 4 Cryptocérates est beaucoup plus Ha que celui des Gymnocérates ; les larves des premiers étant beaucoup plus fragiles, en général, que celles des seconds. Enfin, les Cryptocérates sont tellement carnassiers que des larves d’une même espèce, élevées dansun même bac, s’entretuent fréquemment.
ÉMIPTÈRES AQUATIQUES
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