‹ Contribution à l'étude des hémiptères aquatiquesChapitre 20 sur 42 · S24)SN0D] °T · texte numérisé non relu

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Les processus de la mue. — L'Hémiptère qui va muerne prend plus de nourriture et se tient plus ou moins immobile. On observe, en outre, en particulier chez les Gerridæ, que la temte des téguments s'assombrit. Ce moment est particulièrement eritique pour la larve ; beaucoup d'individus meurent à ce stade. L'étude de coupes histologiques d'une larve de Gerris, dont les téguments se sont ainsi obseurcis, montre les particularités suivantes : la couche cuticulaire s’est clivée de telle sorte qu'une mince zone de chitine hyaline (fig. 12, pl. V) reste en contact avec l'hypoderme, tandis qu'une autre zone beaucoup plus importante s'en est détachée (e) ; cette dernière représente l’exuvie. Ilse forme ainsi temporairement des cavités (/.) qui se remplissent d’un liquide hyalin (— liquide intercuticulaire) dont J'ai déjà parlé précédemment.

Le processus est un peu différent chez Nepa; j'ai fréquemment observé, en effet, que toute l’assise cuticulaire se détachait complètement de l'hypoderme (fig. IT, pl. V).

Au moment de la mue le thorax se bombe en arc de cercle et le gonflement de cette région est déterminé : 1° par l’afflux du sang ; 2 par la pression du liquide intereuticulaire ; 3 par la présence d'air dans l'estomac ("). Cette pression provoque la rupture de la vieille euticule suivant une ligne médio-dorsale thoracique, qui va en s'allongeant progressivement jusqu’à La région cervicale. Le liquide intercuticulaire facilite les phénomènes de glissement ; on le voit suinter à l'extérieur, au fur et à mesure de la marche du processus. Chez Gerris, la tête, le rostre, les antennes, se dégagent d’abord. Les pattes antérieures se libèrent ensuite, mais l’inseete les maintient soigneusement au-dessus de l'eau ; les pattes intermédiaires, les ailes (à la mue imaginale), puis les pattes postérieures et l'abdomen ne se dégagent qu'en dernier lieu, grâce à une série de petites secousses. L'ensemble du processus peut durer de 5 à 19 minutes. L'Insecte demeure ensuite immobile posé sur l'exuvie pendant un quart d'heure environ, pendant lequel la chitine des pattes se durcit; puis il se pose à Ja surface de l’eau.

La mue des Cryptocérates a lieu sous l'eau, sauf peut-être

( En ce qui concerne l'origine probable de cet air voir, entre autres, P. Porter (1911, p. 223) qui a étudié, à cet égard, les Odonates.

chez les Nepidæ où j'ai pu constater qu'elle peut avoir lieu hors de l’eau.

Après la mue, la pigmentation des téguments ne se fait que lentement. Chez une larve de Cryptocérate les phénomènes d'oxydation des substances pigmentaires contenues dans l’assise chitineuse, ne peuvent s’accomplir que lorsque la larve a gagné la surface et respiré. Aussi, une larve de Notonecte, par exemple, qui meurt à l’éclosion ou après une mue, sans avoir respiré l'air en nature, reste-t-elle presque incolore. Chez Notonecta, Gerris, ete. les caractères spécifiques de pigmentation ne sont acquis que de 6 à 10 jours environ, après la mue imaginale.

Croissance des larves. — En mesurant minutieusement des. larves au début et à la fin d’un même stade post-embryonnaire, j'ai pu constater un accroissement de taille très net. Cet accroissement est particulièrement facile à observer chez les Gerrideæ. Les fig. 17-18 (pl. VIIT) représentent une même larve de Velia currens, d'une part à l'éclosion, d'autre part à la fin du premier stade larvaire. De même, les fig. 19-20 (pl. VID) donnent l'aspect d’une larve de L. lacustris au début et à la fin du 5stade. Dans ces deux cas, la cuticule se montre donc suffisamment extensible entre deux mues pour permettre une croissance notable qui, chez les Gerridæ, intéresse surtout la région abdominale.

Cette croissance entre deux mues a déjà été constatée, entre autres, par J. Panrez (1898) sur le Thririon et par L. Bouxoure (1919) chez les Dytiscides. C’est un nouvel exemple montrant que le phénomène de la mue n’est pas lié, d’une façon fatale, à celui de l’augmentation de taille. Cependant, cet accroissement lent entre deux mues n'est pas seul à intervenir ; il est accompagné, chez les Hémiptères aquatiques, d’un accroissement brusque à chaque mue.

La mesure de l'accroissement brusque peut se faire de deux facons : 1° soit en mesurant une larve quelques minutes avant une mue et immédiatement après ; 2 soit en mesurant, d'une part la larve, et, d'autre part, l’exuvie qu'elle vient de quitter. Cette dernière méthode peut être appliquée chez les Neprdeæe dont l'enveloppe chitineuse exuviale offre une résistance suffisante pour ne pas se rétracter. C'est ainsi qu'une larve © de Nèpe (fig. 22, pl. VID, à la fin du 5° stade larvaire, mesurait

15 mm. de la pointe du rostre à l'extrémité de l'abdomen, et 18 mm. de la pointe du rostre à l'extrémité du siphon ; l'imago, par contre, (fig. 21, pl. VIID atteignait, pour ces deux dimensions : 21 mm. et 31 mm. Abstraction faite de l'allongement du siphon, le corps de l’'Hémiptère s’est done brusquement accru de 5 mm. 5. Ce phénomène, qui se produit à chaque mue larvaire, est rendu possible grâce aux plissements de la jeune cuticule et, aussi, à l’arrivée de l’air dans les trachées, aux contractions musculaires de l’Insecte, à l’afflux du sang dans les diverses régions du corps. Tous ces processus déterminent le déploiement et l'extension maxima de la cuticule encore molle.

Cet accroissement brusque au moment des mues n’a pas été observé par L. Bouxoure (1919) chez les Coléoptères (en particulier Dytiscides). Mais Przirau et Mecusar (1912) l'on constaté chez Sphodromantis bioculata Burm. Malheureusement les auteurs établissent uniquement leurs conclusions sur des mesures prises sur la larve après la mue et sur la peau chitineuse qu’elle quitte. Or, l’exuvie subit un ratatinement (Schrümpfung), de l’aveu même des auteurs et c’est précisément à ce ratatinement que L. Bouxoure attribue l’augmentation brusque de taille constatée chez Sphodromantis par PrziBram. Quoiqu'il en soit nous avons vu que cet accroissement brusque est indéniable chez certains Hémiptères aquatiques.

Afin de réunir un ensemble de résultats englobant les deux modes de croissance que je viens de signaler, chez les Hémiptères aquatiques, j'ai isolé, à l'éclosion, dans plusieurs petits cristallisoirs, des larves de L. lacustris. Chaque jour, matin et soir, et cela jusqu'à la mue imaginale, j'ai mesuré minutieusement ces larves et je suis ainsi parvenu à déterminer pour chaque individu : 1° la valeur numérique du développement lent entre chaque mue ; 2° la valeur numérique de l'accroissement brusque au moment même des différentes mues.

Les résultats de ces mensurations, pour un exemplaire donné de L. lacustris ©, sont relevés dans le’ tableau ci-dessous : (p. 201).

L'étude de ce tableau met deux faits en évidence : le développement entre deux mues est accusé dans les stades jeunes (0 mm. 9-0 mm. 8) tandis qu'il va en diminuant d'importance dans les stades âgés (0 mm. 6-0 mm. 5-0 mm. 6); l’accroisse-

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