‹ Contribution a L'étude des Hémoglobinuries du PaludismeChapitre 5 sur 14 · LIO · texte numérisé non relu

LIO

Nousavons eu l’occasion d'observer récemment le cas suivant :

Un malade qui avait eu des crises d’hémoglobinurie à la suite d’ingestion de quinine entre dans le service à l'hôpital Boucicaut. Après l'avoir étudié nous lui avons fait prendre en une seule fois, les trois grammes de quinine qui au cours d'accès déterminaient chez lui une hémoglobinurie. Celle-ci ne s’est pas produite. Nous montrerons les modifications sanguines qui ont résulté de cette ingestion de quinine et nous pensons que ce cas négatif peut apporter une contribution à l’étiologie des hémoglobinuries paludéennes.

OBSERVATION

M... Alfred, 30 ans. Célibataire.

Les antécédents de ce malade sont peu chargés. Quelques angines banales dans l'enfance, aurait eu la scarlatine à l’âge de 4 ans, pas d’albuminurie consécutive, pas de rougeole.

En 1or1il part au régiment, à Lunéville. Là, il fait une crise dysentérique typique avec douleurs, tenesme, selles mucosanglantes. Une série de piqûres d'émétine, renouvelée lors d’une deuxième crise amène la rétrocession rapide des accidents. Le malade ensuite voit son état s'améliorer complètement. Pendant la guerre, il fait la campagne de Salonique mais ne présente pendant son séjour en Orient aucun accès de paludisme. Ce séjour dure un an, il rentreen France le 8 octobre 1917.

Le jour de son débarquement, ilentre à l'hôpital de Mar-

seille où il fait un accès palustre typique avec les trois stades

de: frisson, chaleur, sueurs. On le traite par la quinine à haute dose.

Il est impossible de savoir quelle périodicité ont eu les accès et la quantité de quinine qui fut ingérée.

Ilsignale au cours de ces accès une sensation douloureuse au niveau des lombes, véritable coup de barre, accompagné de frissons et suivi après un délai de dix-huit à vingt-quatre heures d'une émission d'urine brunes, rougeâtres; puis tout disparaît au bout de trois ou quatre jours, après la dernière prise de quinine.

En 1918, le malade fait un deuxième accès typique pour lequel il prend deux cachets de quinine de o gr. 5o. Même tableau clinique que précédemment. Douleurs lombaires et urines brunes, le tout disparaissant en vingt-quatre heures.

En juin 1919, troisième accès et chose capitale, le malade s'étant aperçu que la quinine lui donnait des douleurs Jombaires et des urines brunes s’abstient d’en prendre et se traite cette fois avec de l’aspirine. Les douleurs lombaires et les

modifications urinaires ne se produisent pas.

Le 25 avril r92r, le malade fait son quatrième accès : frissons, tremblement, chaleur et sueurs.

Le malade pour couper cet accès intense prend en une

heure trois grammes de quinine entre 10 et 11 heures du matin.

Il a rapidement des sensations vertigineuses, du bourdonnement d'oreilles, et subitement vers 12 h. 30 il se sent plié en deux par une douleur lombaire atroce, véritable coup de barre, au point que courbé, et lui est impossible de se redresser. Cette douleur a persisté un certain temps, puis

les urines sont devenues foncées, noirâtres, (comme du café,

dit-il, et non comme du sang ». Cette coloration s'est main-

tenue assez longtemps, on la constatait encore lors de son

entrée à l'hôpital.

En présence de cette histoire si typique racontée par le malade, où à chaque accès traité par la quinine survenait une crise hémoglobinurique alors qu'au cours d’un actès traité par l’aspirine rien n’était survenu, nous avons cherché quel pouvait être le rôle de la quinine, en dehors de lout accès palustre. Pour ce faire nous avons examiné complètement le sang de notre malade avant toute ingestion, puis, après ingestion de 3 grammes de quinine nous avons cherché quelles modifications sRnEUIres pouvaient apparaître.

Nous nous sommes demandés également si le malade sut pris à Salonique des petites doses de

quinine à titre préventif, n'était pas sensibilisé et si

l’ingestion de ce médicament ne déterminait pas un bouleversement colloïdal, jugé par un choc hémoclasique, lequel pouvait être à l’origine du processus hémolytique, au même titre que le choc hémoclasique provoqué par le froid au cours de l'hémoglobinurie paroxystique a frigore tel que le fait a été démontré par MM. Widal, Abramiet Brissaud.

Examen du sang (1). — Le 4 mai, avant toute prise, nous avons pratiqué :

1. Nous tenons à remercier M. J. Hutinel, interne des hôpitaux, de toute son assistance pour ces divers examens, et des documents quil a bien voulu nous confier.

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