OBSERVATION XX
(Empruntée à la thèse du D: Bordas).
(Annales de médecine d'Anvers, 1861. — Van Hœsendouck).
Hémorragie vaginale suivie de mort.
Le 16 août 1858, on vint me prévenir de me rendre chez la femme Van N. N..., âgée de trente-six ans, d’un tempéramment lymphatique, d’une constitution délabrée, enceinte pour la quatrième fois. L'accouchement se fit assez régulièrement, toutefois l'expulsion du fœtus éprouva un assez long retard, à cause de la grosseur peu ordinaire de la tête de l'enfant. Cette circonstance m'engagea à soutenir le périnée et cette précaution m'autorisa à croire que cette partie n'avait pas été déchirée pendant la sortie de cette tête démesurée, On voudra bien ne pas perdre de vue que, dans la contrée que j'habite, on a l'habitude d’accoucher les femmes après les avoir placées convenablement sur un lit, tandis que, dans la plupart des maternités, on a recours à un fauteuil plus particulièrement destiné à cet usage. Ce procédé donne un avantage, que n'accorde pas le premier, celui de pouvoir constater les déchirures sans que celles-ci puissent laisser l’accoucheur dans le doute. Je me rappelle que les choses se passaient ainsi pendant mon séjour à Louvain. La délivrance se fit d’une manière prompte et facile. Comme le mari était absent, je fus obligé de prendre le nom de la mère et de l'enfant pour les donner à l'état civil. Entre temps la femme commença à se plaindre de faiblesses au point
qu’elle attira mon attention. Aussi ma surprise fut grande
quand je vis la pâleur de l’accouchée, lorsque je constatai la petitesse et l'absence presque complète du pouls, et que se présentèrent enfin tous les symptômes d'une hémorragie abondante. Je m’empressai de soumettre la femme à un examen sévère quime montra la matrice convenablement contractée, ce qui, toutefois, ne m'empêcha pas d'appliquer des compresses d’eau froide sur l'abdomen, d'exercer des frictions et une pression continue sur les parois du ventre, voulant, par l'emploi
méthodique de ces moyens, provoquer davantage encore lacon- . traction de l'utérus. N’obtenant aucun résultat favorable et les
mêmes symptômes continuant toujours avec la même gravité, j'introduisis la main dans le vagin pour exciter l'intérieur de la matrice. Cependant cet essai ne put réussir, la contraction de la matrice était si forte qu'il ne me fut pas possible d'y pénétrer. Pendant que j'eus recours à ces moyens pour parer à la gravité des accidents, la femme était devenue encore plus pâle, en même temps que la froideur avait augmenté.
Cette hémorragie opiniâtre eut lieu de m'étonner, d'autant plus que l'utérus était si bien contracté. Il fallait cependant chercher à me rendre compte de cette perte sanguine qui ne faisait que continuer. Il était indispensable de recourir à d’autres moyens d'investigation pour éclairer mon diagnostic. Une chandelle allumée me montra la présence d’une grande quan-tité de sang, et poussant plus loin mon examen vers la partie externe visible du vagin, jy découvris une petite déchirure dirigée obliquement et située à la partie gauche de la paroi postérieure. C'est par cette déchirure que la perte du sang ne discontinuait pas de se faire. Une compression exercée intérieu— rement par le pouce et extérieurement par l'index parvint à
arrêter l’hémorragie au bout d'à peu près un quart d’heure,
Entre temps, j'avais chargé une personne de chercher du vin ; une autre s'était rendue chez le ministre du culte, dont la grave situation de la malade réclamait les secours spirituels. La femme était dévorée d’une soif immodérée que rien ne put étancher. Je ne négligeai aucun des moyens dont je pouvais me servir pour conserver cette malheureuse. Hélas, sa situation s’aggrava d'un instant à l’autre. On apporta enfin le vin, qu’on avait dû aller chercher à une grande distance. L'intelligence s’abaissa à vue d’œil. La femme nese rendit plus compte de ce qui se passa autour d'elle. Elle se tourna tantôt à gauche, tantôt à droite, et les conseils qu'on lui donna de rester tranquille furent à peine écoutés. Elle se coucha enfin sur le dos, éprouva quelques légères contractions des muscles de la face, jeta la tête en arrière et expira. Deux heures s’écoulèrent à peine
entre le commencement de l’hémorragie et la mort de la
femme.