OBSERVATION XXII
Présentation de l'épaule. — Version. — Hémorragie par
déchirure du col.
Malade multipare âgée de trente-neuf ans, repasseuse, entre à la Clinique le 17 août 1903.
À eu six grossesses antérieures qui se sont terminées par la naissance de deux enfants vivants et de quatre morts pendant le travail. Elle a cinq présentations vicieuses avec procidence du cordon.
La malade a marché à quinze mois, a toujours été bien portante, sauf une rougeole à l’âge de dix-sept ans.
Septième grossesse actuelle. Du rer au 5 décembre, dernières règles. |
À son entrée à la clinique, la malade est placée au dortoir du bas, car elle présente dans ses urines une grande quantité d’albumine.
À l’examen, œdème des jambes considérable, avec varices. OEdème sus-pubien.
La malade raconte qu'à toutes ses grossesses, elle a eu de l’albumine dans ses urines.
A l’examen, on constate une présentation de l'épaule élevée ; la tête est dans le flanc droit et le siège à gauche.
Au toucher, on atteint le promontoire ; mais le bassin n'est pas autrement touché.
On donne du lait à la malade et rien de particulier ne se passe jusqu'au 26 août.
Le 26, au matin, la malade ressent quelques petites douleurs
qui vont en augmentant surtout à partir de 4 heures du soir.
Après les soins ordinaires, la malade rentre à la salle de travail à 5 heures du soir.
À ce moment, à l'examen, on constate une présentation transversale, une dilatation de 3 centimètres et on sent nette— ment battre le cordon derrière les membranes qui sont heureusement très résistantes.
M. le chef de Clinique exécute la version céphalique par manœuvres externes et ramena la tête en bas, mais précédée d’un paquet de cordon: Malgré la pose de tampons d’ouate et d’une ceinture, la présentation primitive reparaît.
On enlève la ceinture et M. le chef de Clinique tente la version par manœuvres mixtes.
Il ramène le siège au niveau du détroit supérieur et le paquet de cordon semble moins volumineux que précédemment.
On pose à nouveau le bourrelet d’ouate et la ceinture.
On téléphone à M: Demelin qui conseille de poser les écarteurs pour hâter la dilatation.
Pendant que l'on fait bouillir l'instrument, les douleurs deviennent très violentes et très rapprochées.
Au moment de placer l’écarteur, M. le chef de Clinique constate que la dilatation est presque complète et que par conséquent l’écarteur n'aurait pas d'utilité.
Il décide de terminer l’accouchement, La femme est placée en travers, on lui donne du chloroforme. À l'examen du cœur, on constate un léger souffle au premier temps et un dédoublement du deuxième bruit à la base. La malade endormie, M. le chef de Clinique introduit deux doigts de la main droite et deux doigts de la main gauche et commence à dilater le col
suivant la méthode de Bonnaire. La dilatation complète est
— IOI —
rapidement obtenue, après l'introduction de trois et quatre
doigts de chaque main.
On rompt les membranes avec le perce-membrane et immédiatement s'écoule du liquide amniotique et une anse du cordon arrive à la vulve et on trouve de suite deux pieds. L’extraction a lieu facilement, les deux bras relevés sont rapidement abaissés. L'extraction de la tête présente quelques difficultés. Le col est revenu sur le cou de l'enfant. On se demande si c’est bien le col ou l'anneau de Bandl. On arrive cependant à extraire la tête. L'enfant pèse 2400 grammes et pousse bientôt son premier cri.
La femme est mise dans son lit et se réveille bientôt. La délivrance se fait normalement. Le placenta pesant 420 grammes est complet. Les membranes sont complètes. On a affaire à une insertion marginale du cordon. Ce dernier mesure 60 centimètres, Tout est terminé à 8 heures.
On fait une injection intra-utérine iodée,
Vers 9 heures moins le 1/4, la maladé se plaint brusquement d’un état de faiblesse particulier.
On constateà ce moment la disparition presque complète du pouls, la figure est pâle, On découvre la malade et on constate que l'ulérus est dur; mais il sort de la vulve un peu de sang en nappe, peu à /a fois mais continuellement.
On fait de suite une piqûre d’éther, de caféine, on fait respirer de l'oxygène et on donné une injection chaude. La. petite hémorragie tout d'abord arrélée, reparaît bientôt. On fait alors un {amponnement intra-cervical et vaginal très serré. Puis on injecte environ {oo grammes de sérum.
La malade se sent mieux. Le pouls devient perceptible et
toute crainte d'accident semble écartée.
De Lacoste 7
Le lendemain, 27 août, on retire le tamponnement tout imbibé de sang.
Depuis, l'hémorragie ne s’est pas reproduite. Très vraisemblablement cette hémorragie provenait d’une petite hémorragie du col.
La femme, aujourd’hui 30 août, est en bon état, mais l'albumine persiste, ainsi que les lésions cardiaques, ce qui doit.
faire penser à un mal de Bright.
OBSERVATION XXIIT
(Empruntée à Ja statistique de la Clinique d'accouchement
Tarnier, année 1902, par M. Ferret).
Hémorragie. — Mort.
S.., quarante-trois ans, Il-pare, entre à la clinique le 20 juin à 2 h. 1/2 du soir, ayant perdu les eaux ; on la met en observation au dortoir. Injection et tamponnement vaginal, température normale, urine normale.
La nuit du 21 au 22, elle dit souffnir, elle est examinée à > heures du matin, col diminué de longueur, perméable aux deux orifices.
À 6 h. 20, elle est examinée à nouveau : col effacé, dilatation x centimètre, on la monte à la salle de travail. Après lui avoir fait donner un bain, les contractions deviennent très énergiques, elle pousse à chaque contraction malgré les recommandations qu'on lui fait.
À 7 h. 15 du matin elle accouche spontanément d’une fille vivante, poids 2.600 grammes.
A 7h. 25, délivrance naturelle et complète.
À partir de ce moment, la malade perd du sang ci petile quantité, mais d'une façon continue, l'utérus est pourtant bien contracté, la main introduite dans l'utérus ne retire aucun caillot ; on remarque une légère déchirure du col, on fait à la malade une injection utérine très chaude de 4 litres. Mais le sang continue à couler. M. Perret fait un tamponnement vaginal, aussitôt les tampons imprégnés, le sang reparail, on fait à la malade une injection d’ergotine, de caféine et de sérum artificiel.
Le tamponnement est retiré et remplacé par un autre intrautérin et vaginal, au bout de quelques instants l’'hémorragie continue.
En écartant les lèvres, on s'aperçoit que l’hémorragie se produit en nappe, le sang s'écoule du col et du vagin. M. Macé aide M. Perret à mettre des clamps sur la déchirure du col, pendant ce temps on injecte du sérum à la malade qui a un pouls filiforme; plusieurs injections de caféine et d'éther lui sont faites ; injection intra-veineuse de sérum.
Enfin à 10 heures du malin, après avoir perdu depuis 7h. 20 d’une façon continue, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, elle meurt.
Aulopsie (résumée). — L'orifice externe du colest légèrement déchiré; les parois vaginales sont le siège d’une infiltration sanguine.
L'examen des autres organes ne révèle aucune lésion spéciale sinon une coloration pâle.
En résumé, dit M. Perret, cette autopsie ne révèle aucune altération capable d'expliquer la mort, si ce n'est toutefois la teinte pâle, exangue, de divers organes.
Causes de la mort : Hémorragie.