OBSERVATION II
(Morestin. — Rapport à la Société de chirurgie, séance du 19 mars 1902, par M. Legueu.)
Phlegmon gangréneux du scrotum par appendice herniaire. — Fistule stercorale persistante. — Intervention. — Guérison.
Il s’agit d’un homme de 62 ans, Alex. L..…, fumiste, entré le 21 juin à lhôpital Saint-Louis. Depuis plus de 10 ans, on avait constaté chez lui une hernie inguinale droite, réductible, pour laquelle il portait un bandage. Aucune remarque ne lui avait été faite et, selon loute vraisemblance, on crut toujours à une hernie banale. Lui-même avait toujours éprouvé un réel soulagement au port de son appareil. Un mois avant son entrée à l'hôpital, vers la fin mai, il se produit, sans cause apparente, un léger gonflement de la bourse droite. La région est douloureuse, mais modérément. L... met simplement de côté son bandage dont la pression est pénible et continue son travail. Les phénomènes inflammatoires semblent régresser au bout de quelques jours, mais une nouvelle poussée plus bruyante et plus grave se produit, L... continue cependant, son travail ét la veille de son entrée à l'hôpital s'occupe+encore. À son
PA TRES arrivée à Saint-Louis, l'état est des plus alarmants, la température est à 3%, le facies donne l'impression défavorable des grandes infections.
Le scrotum est gros comme une tête d'enfant d’un an, dans toute son étendue il est noirâtre. rouge sombre à sa partie supérieure. En divers points, la surface noirâtre est sillonnée de fissures dont les bords sont d’une teinte verdâtre ou gris sale d’où s'écoule un liquide sanieux d'odeur infecté; la pression est fort douloureuse dans la partie encore rouge presque insensible au niveau de la plaque noire mortifiée. Une crépitation fine indiquant la présence de gaz est perçue dans loute l'étendue du scrotum. Nous nous trouvons en somme en présence d’un phlegmon gangréneux gazeux et diffus des bourses.
Il est moins aisé d'en établir le point de départ. Pas de difficulté à la miction, le malade n'avait jamais rien eu du côté des voies urinaires, le périnée est souple et indolent, la verge n’est pas tuméfiée, il ne s'agissait donc pas d'une infection d'origine urinaire.
Le commémoratif hernie faisait plutôt songer à un phlegmon conséeulif à une gangrène herniaire ; cependant il n'y avait encore aucun signe d’étranglement, le malade expulsait par l'anus gaz et matières et n'avait pas vomi. Toutefois l'exploration de la région inguinale droite permettait de sentir une sorte d'empatement profond. Je fus alors amené à une des trois hypothèses suivantes : pincement latéral de Fintestin, hernie d'un diverticule Meckel, hernie de l’appendice, un quelconque de ces organes était étranglé, perforé et avait déterminé l'infection du tissu cellulaire scrotal. Je m'arrêtai plus volontiers à l'idée d’une hernie de l’appendice. Séance tenante je fis d'énormes et multiples incisions surle scrotum de facon à obtenir des tranches limitées par des
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sections méridiennes. Par toutes ces brèches s'écoulèrent du pus infect, un liquide roussâtre et s'échappèrent des gaz que l'on voyait sourdre de partout sous Îles nappes liquides. Au milieu des tissus sphacélés Je ne reconnus pas l’appendice que d'ailleurs je ne cherchai pas plus longuement. Le patient n'avait pas été anesthésié, il n'éprouva pour ainsi dire aucune souffrance et nous laissä faire.
A la suite de cette intervention la fièvre tombe, l'état général s'améliore graduellement et la plaie se déterge. On peut alors constater en haut et en dehors, au milheu de bourgeons charnus, un petit mamelon rouge plus vif, déprimé en son centre, couvert d'un mucus glaireux. On reconnaît sans hésitation dans celte éminence la muqueuse intestinale éversée. Un stylet s'v ‘enfonce en haut et en dehors de dix centimètres, pénétrant dans le canal inguinal. On voit sourdre de temps en temps de cet orifice des matières fécales. La saillie muqueuse visible à l'extérieur nous parut devoir êlre considérée comme le moignon d'un appendice dont l'extrémité libre se serait sphacélée et éliminée.
Le 16 août une INTERVENTION est faite.
Le mamelon est détaché par une incision circulaire et reconnu pour être un moighon d'appendice. Un des premiers" coups de bistouri ouvre le sac dans lequel l’'appendiee est contenu. Le sac descendait jusqu’au testicule. Le trajet inguinal incisé, on suit l'appendice Jusqu'au cæcum. Ilest long de douze centimètres sans préjudice du bout qui s'est éliminé et du retroussis resté adhérent aux ligaments. Il est gros comme le petit doigt, réuni sur toute sa longueur à la face postérieure du sac et à la fosse iliaque par un court mésa. ‘L'appendice est
réséqué el le moignon enfoui ; la section avait porté sur son insertion cæcale.
Les suites furent très simples, ni fièvre, ni douleurs abdominales, ni accident de suture, Pas le moindre accident ni du côté du cæcum ni du côté de la paroi ; le malade se lève vers le 20° jour et sort complètement guéri quelque temps après.