APTE ES
hernie, je croyais d’abord qu'il s'agissait d’une hernie obturatrice ; mais je pouvais aussitôt constater que, des deux côtés, les anses intestinales voisines, très fortement tendues, se trouvaient au-dessus de la branche horizontale du pubis, tandis qu'au-dessous on pouvait palper aisément le canal obturateur. Il était fort douteux qu'il se fat agi là d’une hernie crurale étranglée parce qu’on ne sentaït pas de tumeur extérieurement ; je ne pouvais alors penser qu’à un pincement de la paroi intestinale ; je fermai la plaie abdominale, j'examinai les vaisseaux cruraux et je ne fus pas peu étonné de trouver l’anneau crural libre et ne contenant pas de hernie. Pensant que j'avais pu m'être trompé et qu'il aurait pu s'agir d'une hernie obturatrice, je pénétrai avec le doigt dans le canal obturateur entre le muscle pectiné et les adducteurs (ce que je réussis très facilement grâce à la grande complaisance du fascia lata qui était fort mince) ; et je le trouvai aussi libre que les premiers, la pulpe du doigt y pénétrant aisément. Pendant que, en faisant cet examen, je saisissais le muscle pectiné, je sentis, dans ce muscle, une tumeur et un épaississement irrégulier. Je fendis aussitôt le fascia pectineæ et je réussissais, à travers une couche musculaire superficielle, à tomber sur un sac herniaire, très gras, ayant à peu près les dimensions d’un œuf de poule ; ce sac avait environ 6 centimètres de long et s’étendait vers le bas, en arrière et en dehors, en suivant la direction longitudinale du muscle : il se laissait facilement énucléer du muscle. Si l’on soulève le sac, on voit qu'à l'endroit où il repo= sait sur le muscle celui-ci était creusé en puits. À son extrémité ia plus inférieure, le sac herniaire était fort aminci en
deux endroits et en point de la dimension d'une fève, il prés
Si à
sentait de la dégénérescence ‘kystique. En ouvrant l’un de ces petits kystes on donnait issue à une cuillerée à thé envi-. ron d’un liquide herniaire, jaunâtre, limpide. Dans le sac, on trouvait aussi une anse d'’intestin grêle, longue de 10 centimètres, légèrement gonflée, présentant une teinte violacée ‘très accentuée et étant fortement injectée. En plusieurs endroits. cette anse était étroitement adhérente avec le sac herniaire. Une de ces adhérences, située dans les parties les plus profondes du sac, était particulièrement large et épaisse; elle saignait beaucoup après sa section, au point que je fus obligé de lier le petit moignon qui restait fixé à l'intestin.
Le collet du sac reposait directement sur la branche horizontale du pubis ; le doigt pouvait en dilater facilement l’orifice ; et à travers cet orifice on voyait une anse intestinale ayant une teinte violacée, mais qui présentait encore un aspect satisfaisant, permettant de faire un pronostic favorable.Toutelois, si l'aspect de l’anse herniée était satisfaisant il existait aussi des phénomènes graves d’étranglement.
Cependant il ne semblait pas que cet étranglement relativement léger püût être la cause des phénomènes graves que j'avais observés. Voulant faire la cure radicale, je dénudai le sac ; mais en le tirant fortement en haut, je vis jaillir subi-, tement une grande quantité de liquide intestinal. Comme à l'examen de l’anse étranglée une plaie ou une rupture de cette anse me paraissait impossible, je pensai alors à un étranglement interne et j'étais décidé à le rechercher en ouvrant à nouveau la cavité abdominale. Mais je ne pus terminer l'opération parce que la malade tomba dans un état de faiblesse extrême ; son pouls devint imperceptible et l'on
courait grand risque de la voir mourir pendant l'opération.