SARA
Apphcations de la mesure d'indice d’iode vrai. — La mesure de l’indice d’iode vrai par la méthode au brome peut servir, d’une part à l’identification des huiles de tung et d’abrasin, d’autre part à l'étude des transformations produites par l’action de la chaleur.
La mesure de l'indice d’iode apparent par la méthode de Wijs ne permet pas de telles applications.
19 Jdentification des huiles. — Les huiles d’aleurites fordii et montana possèdent, en raison de leur constitution, les indices d’iode vrais les plus élevés parmi les huiles connues.
En effet, les indices d’iode des huiles non siccatives sont inférieurs à 100, ceux des huiles demisiccatives, compris entre 100 et 130, ceux des huiles siccatives (huile de lin exceptée) et de certaines huiles de poissons, entre 130 et 170, celui de l'huile de lin entre 170 et 185.
Il n’y a guère que l’huile de perilla, contenant une grande proportion de glycéride linolénique et les autres huiles contenant de l’élaeostéarine (aleurites cordata, aleurites trisperma), ainsi que l’huile d’oiticica, qui possèdent des indices d’iode vrais supérieurs à 200. Il est d’ailleurs assez peu propable que ces huiles constituent des adultérants des huiles de tung et d’abrasin.
Par conséquent, la mesure de l’indice d’iode vrai peut servir dans un grand nombre de cas à la recherche d’une adultération éventuelle.
On trouvera ci-dessous l'indice d’iode bromométrique de différents échantillons d’huiles d’aleurites que nous avons examinées. Ces échantillons avaient déjà été identifiés par leur indice de réfraction que nous indiquons en regard.
Numéro Fe es Indice de
du lot métrique [réfraction ne Huiles de tung 2 230 1,5169 d'origine garantie D 234 1,5203 Huiles d’abrasin 14 229 1,5144 d'origine garantie 19 228 1,5132 ; ; 24 232 1,5190 Huiles de bois 25 231 1,5190 . de Chine 26 231 1,5190 industrielles 27 232 1,5190 Huile d'abrasin 33 181 1,4956
présumée
Il semble, d’après ces résultats, que l'indice d’iode vrai soit d'autant plus élevé que l'indice
de réfraction est lui-même plus grand. Mais nous ne saurions ériger cette remarque en principe, car il ne faut pas oublier que l’erreur expérimentale possible dans la mesure de l’indice d’iode bromométrique est relativement grande par rapport aux différences observées.
Quoiqu'il en soit, on peut faire les constatations suivantes
19 Les indices d’iode vrai des huiles de tung et d’abrasin examinées sont assez élevés pour permettre de distinguer nettement une huile de tung ou d’abrasin pure d’une huile d’une autre espèce.
20 La mesure de l’indice de réfraction avait permis de reconnaître que les échantillons d’huile de bois de Chine de qualité industrielle courante
dite huile de Hankéou, indiqués ici, provenaient . . x CE ? .
de graines d’aleurites fordii pures ou tout au moins mélangées d’une quantité infime de graines étrangères. La mesure de l'indice d’iode bromométrique confirme cette assertion.
3° Enfin la mesure de l'indice de réfraction avait permis de reconnaître que l'huile n° 33, fournie par un exportateur de Haïphong sous le nom d’huile d’abrasin, contenait au moins 40 % d’une huile étrangère. La présence d’une grande proportion d’adultérant est confirmée par la mesure de l’indice d’iode bromométrique.
20 Etude des transformations produites par l’action de la chaleur. — Nous étudierons, au chapitre V, l’action de la chaleur sur les huiles d’aleurites, mais nous préférons indiquer dès maintenant l’application de la mesure d’indice d’iode bromométrique à cette étude.
On admet, en général, que sous l’action de la chaleur, il se produit une polymérisation des glycérides par saturation mutuelle des liaisons éthyléniques. Cette hypothèse a été le plus souvent suggérée par les mesures de masses moléculaires et les mesures d’indices d’iode par la méthode de Wijs.
Cette dernière mesure n’ayant aucune signification chimique précise, on pouvait se demander, s’il se produit réellement une saturation mutuelle des liaisons éthyléniques.
Nos mesures d’indices d’iode vrais sont venues confirmer cette hypothèse.
Nous avons étudié un lot d'huile de tung (n° 3) et un lot d’huile d’abrasin (n° 14). Des échantillons ont été chauffés dans le four électrique que nous décrirons plus loin. Chaque échantillon, pesant 10 gr. a été porté en 10 minutes à une température déterminée et retiré rapidement du four dès que cette température était atteinte. L’identification de l’échantillon d’huile cuite a été faite par la mesure de l'indice de réfraction.
Eos LL.
s ; ce Indice de réfraction Nature de l'huile Jp ne État de l'huile cuite one 20 de chauffage bromométrique 15 Huile crue — 234 1,5203 2140 fluide 225 41,5195 2289 idem. 225 1,5192 : : 2560 idem. 223 1,5166 Huile de tung (lot n° 3) 26405 | 200 15464 2740 de plus en plus visqueuse 180 1,5143 2890 | 175 1,5117 2940 très visqueuse, proche de 165 1,5103 gélification Huile crue — 229 1,5144 Huile d’abrasin (lot n° 14) 2760 visqueuse 185 1,5098 2969 très visqueuse, proche de 15 1,5060 gélification Ces résultats montrent que, par cuisson des à une absorption d’halogène particulièrement
huiles de tung et d’abrasin au voisinage de la gélification, il se produit une saturation partielle des liaisons éthyléniques correspondant à près du tiers. On peut donc envisager que pour une saturation complète, il se produirait la saturation de trois liaisons éthyléniques de la triélaeostéarine. Comme il est probable que chaque radical élaeostéarique du glycéride subit une transformation analogue, on peut supposer qu'il y a saturation d’une liaison éthylénique dans chaque radical.
Il est parfois difficile de différencier une huile de tung cuite d’une huile d’abrasin crue autrement que par une mesure de viscosité, leurs indices de réfraction pouvant être très voisins (voir tableau ci-dessus). La mesure d’indice d’iode bromométrique permet, au contraire de faire cette distinction. L'indice d’iode vrai d’une huile de tung transformée par la cuisson est nettement inférieur à celui d’une huile d’abrasin crue, ayant le même indice de réfraction.
Travaux récents sur la mesure de l'indice d’iode bromométrique
En même temps que nous, Rossmann (63) puis, plus tard Boeseken et Pols (64) ont appliqué la mesure d’indice d’iode par absorption de vapeur de brome aux huiles d’aleurites. Ces derniers auteurs ont utilisé une quantité d’huile de 7 à 13 mg. étalée dans de petits cristallisoirs de 1 cm. de diamètre que l’on place dans des boîtes de Petri, à l’obscurité. L’excès de brome est chassé par un courant d’azote.
Ce mode opératoire nécessite l’emploi d’une balance au millième de milligramme. L’épaisseur de la couche d’huile est plus grande que dans notre procédé. Elle atteint, en effet, une moyenne de o mm. I environ, alors qu’elle était d’environ o mm. 02 dans notre procédé.