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QUALITÉS TECHNIQUES DE L'HUILE D’ABRASIN

(ALEURITES MONTANA)

Au début de cette étude, nous avons indiqué que, jusqu'à présent, l’industrie européenne a utilisé presque exclusivement l’huile d’aleurites chinoise, extraite principalement de l’aleurites fordii.

Nous avons vu, en effet, que par suite du peu d'attention apportée jusqu'alors à l'exploitation de l’aleurites montana en Indo-Chine, l’huile produite était exportée en quantité infime; ses qualités étaient, d’ailleurs, méconnues.

Un des objectifs principaux de notre travail a été de contribuer à la connaissance de cette huile coloniale.

En même temps que nous, d’autres auteurs, en particulier Mile M. Th. François et M. E. Bouillat (101), Barry (102), fordan (103), Sward (104), ont étudié certaines propriétés comparées de l’huile de tung et de l'huile d’abrasin.

L'huile d’abrasin, nous l’avons vu, a une constitution chimique très voisine de celle de l’huile de tung ; elle renferme les mêmes constituants, mais sa teneur en élaeostéarine, d’après Ÿordan, est un peu moins élevée.

Sa densité, son indice de réfraction, son indice d’iode vrai, sont également un peu moins élevés que les constantes correspondantes de l’huile de tung (voir page 36).

Il en résulte que les propriétés de ces deux huiles sont extrêmement voisines.

Au cours de nos essais, exposés dans les chapitres précédents, l’huile d’abrasin s’est d’ailleurs toujours comportée d’une façon absolument analogue à l’huile de tung (action des halogènes, cristallisation, séchage, action de la chaleur). Sa gélification est moins rapide que celle de l’huile de tung en raison de sa teneur moindre en élaeostéarine.

Mais, pour renseigner les industriels français sur la possibilité d'utilisation de l’huile d’abrasin dans la fabrication des vernis, cette étude comparée était insuffisante, il était nécessaire de la compléter par une étude des qualités techniques de cette huile.

Cette étude a été effectuée avec de l’huile d’abrasin d’Indo-Chine extraite de graines d’aleu-

rites montana soigneusement triées, dont l'Office National des Recherches et Inventions a reçu, en 1933, 800 kgs répartis en trois lots (lots n° 27, 22,22)

Nous avons procédé aux essais suivants :

19 Essais de chauffage. — Les essais qui présentent l'importance pratique la plus grande pour les fabricants de vernis sont, malgré leur empirisme, les essais de chauffage, car ils donnent rapidement une indication sur la façon dont se comporteront les huiles au cours de la cuisson.

Nous avons utilisé deux techniques, celle de Browne (105) et celle de Worstall (106).

La technique de Browne consiste à chauffer jusqu’à gélification, dans un même bain dont la température est maintenue à 2829, un échantillon de l’huile à examiner et un échantillon de même volume d’huile connue, servant de témoin, placés dans des tubes à essais identiques. On note le temps nécessaire à la gélification de ces deux huiles. Les organismes officiels étrangers admettent, en général, que les huiles de tung convenant à la fabrication des vernis doivent se gélifier en 12 minutes, au maximum.

La technique de Worstall consiste à chauffer 150 gr. d'huile aussi rapidement que possible à 2829. On note le temps nécessaire pour atteindre cette température, qui ne doit pas dépasser 4 minutes et demie. On note l’intervalle de temps qui s'écoule entre le moment où l'huile atteint 2820 et celui auquel elle commence à se gélifier. On continue à chauffer pendant 45 secondes sans cesser l'agitation. Après refroidissement, on observe l'aspect du gel.

(101) Mile M. Th. François et M. E. BouILLAT, 65€ Congrès des Sociétés Savantes, 1932, p. 104, — Mlle M. Th. François. Ch. et Ind. 1933, t. 29, p. 1051S.

(102) Barry. Analyst. 1932, t. 57, p. 85.

(103) Jorpan. J. Soc. Chem. Ind., 1934, t. 53, p. 21 T.

(104) Swarp. Nat, Paint, Varn.,, Lacq. assoc, circ. 491, 1935, p. 258.

(105) BROWKE.

(106) WoRSTALL.

Re var

Pour une huile de tung convenant à la fabrication des vernis ce gel doit être ferme, ne collant pas aux doigts, se laissant couper franchement au couteau.

Les huiles d’abrasin examinées ont été comparées avec une huile de bois de Chine industrielle de qualité courante.

Les résultats obtenus sont les suivants :

a) Essais de Browne. — Deux essais ont été faits pour chaque huile. Le temps de gélification dépend des conditions de chauffage qui ne peuvent être constamment identiques. Ces essais ont donc surtout une valeur comparative et on ne peut que rapprocher les résultats obtenus pour les deux huiles chauffées au cours du même essai.

D'ailleurs, en modifiant l’essai de Worstall de la manière suivante, pour un échantillon d’huile d’abrasin : température de 282° atteinte en 23 min. 30 sec., maintenue pendant 8 min. 30 sec. jusqu’au début de la gélification, puis encore pendant 2 min. 30 sec. (au lieu de 45 sec.) nous avons obtenu un gel ferme, ne collant pas aux doigts, analogue au gel d’huile de tung.

Par conséquent, on pouvait prévoir qu’en prolongeant la cuisson de l’huile d’abrasin, davantage que celle de l’huile de tung, on pourrait obtenir des vernis de qualité équivalente.

20 Préparation de vernis. — Nous avons préparé différents vernis avec l'huile d’abrasin du lot n° 21 (huile de première pression, filtrée deux fois),

Huile de bois

Essais n° ; PAR de Chine témoin

il id m, 3015.

2 1AHESMEUEIS Temps É ÉRERQ UE ce ‘ D 10m. 155$.

de gélification : ë 1 3 28920 4 9 m. 45 5.

6 dé,

On voit, par ce tableau, que la gélification des huiles d’abrasin examinées est de 1,5 à 2 fois moins rapide que celle de l’huile de bois de Chine industrielle, à 2820.

b) Essai de Worstall. — Nous avons noté successivement le temps t, nécessaire pour atteindre 2820, le temps de chauffage t, à cette température avant début de gélification, le temps supplémentaire de chauffage t, pendant la gélification et l’aspect du gel.

Huile de Huiles d’abrasin de bois l :

|| Chine Lot n° 21 Lot n° 22 | Lot n° 23 témoin ti 11m 90!s 1012 me 1m SOS MMM EULS 2 Sondes MMS OS: 9 m. 305. 8 m,.205s.

aspect ferme, colle colle colle du gel | non collant | légèrement | légèrement | légèrement |)

Les huiles d’abrasin examinées ne satisfont pas aux spécifications étrangères concernant l’huile de tung et, par suite, certains industriels seraient tentés de les rejeter.

Mais cela ne prouve pas que ces huiles soient assimilables, au point de vue de leur qualité, à de l'huile de tung falsifiée. Ce sont tout simplement des huiles d’une autre espèce dont la gélification est moins rapide. Il ne s’ensuit pas que ce soit un obstacle à leur emploi.

Huiles d’abrasin

Lot n° 21 Lot n° 22 Lot n° 23

et essayé plus particulièrement deux d’entre eux, lun préparé dans une usine de vernis, l’autre préparé par nous au laboratoire.

Le premier avait la composition suivante

Huile d’abrasin cuite à 265°......... 300 parties

Résine formo-phénolique modifiée (*). 100 —

ANMPISDIrIT: sine Fou TERRE CORRE

Siccatif aux linoléates de plomb et TMANBANESC Le rm ere OO

‘ Le second avait une composition très voisine : Huile @abrasin.. 1" JA. -k:00800 parties

Résine formo-phénolique modifiée (*).. 100 — Solution de linoléate de cobalt dans

l’essence de térébenthine, à 2 %

CIS Fee ec ea D'OR NMNILE SDITIE dire eee A Essence de térébenthine. = CAN Alcool butylique:. 1.212002 : 5 EST MONE

Les résines formo-phénoliques modifiées sont des résines artificielles produites par condensation de l’aldéhyde formique sur des phénols en présence d’acides de résines naturelles telles que la colophane (*).

L'alcool butylique introduit a pour effet de diminuer la tension superficielle du vernis et de faciliter ainsi son emploi.

L'huile d’abrasin a été chauffée à 3152 en 14 minutes 26 secondes, transvasée aussitôt pour la refroidir rapidement. Au cours du refroidissement,

(*) La résine employée a été la variété commerciale connue sous le nom d’ « albertol 111 L. extra-pâle ».

AOÛ

on a ajouté à 200° la résine, par petites portions, jusqu’à dissolution complète, puis, vers 150, le white spirit et l’essence de térébenthine, puis, à froid, le siccatif et l’alcool butylique.

Les deux vernis ainsi préparés sèchent en cinq heures environ, en formant une pellicule lisse.

Nous avons soumis ces deux vernis à quelques essais analogues à ceux décrits par le Bureau of Standards des États-Unis (107).

a) Couleur. Les vernis sont moins colorés qu’une solution à 3 % de bichromate de potassium dans l’acide sulfurique à 660.

b) Prise hors-poussières et temps de séchage. — Les vernis sont hors poussières en 1 heure et secs en 5 heures.

c) Qualité d'emploi. — Ils s’étalent facilement à la brosse.

d) Sécurité d'emploi. — En envoyant un violent

courant d’air sur les vernis immédiatement après l’application et pendant cinq heures consécutives, ceux-ci restent lisses.

e) Souplesse. — On observe, non pas la souplesse du vernis lui-même, mais d’un vernis dont l’élasticité est diminuée par l’addition de résine dure.

On distille de la gomme kauri jusqu’à ce qu’elle ait perdu le quart de son poids. Le résidu est dissous dans un poids double d’essence de térébenthine, dans des conditions bien déterminées.

On ajoute cette solution à chacun des vernis, à raison de 50 % par rapport au poids des matières fixes de ces vernis ; on obtient ainsi des vernis modifiés qui, séchés une heure à l'air libre, puis cinq heures à l’étuve à 952-1000, ne se craquèlent pas par pliage sur une tige de 3 mm. de diamètre.

f) Essai aux gaz. — Le principe de cet essai repose sur l’influence des gaz de combustion sur le séchage des huiles d’aleurites.

De tels gaz ont pour effet de favoriser le plissement des pellicules de vernis contenant des huiles d’aleurites en trop forte proportion ou insuffisamment cuites.

Cet essai consiste à placer dans une cloche de verre fermée, où l’on allume une lampe à essence, des plaquettes métalliques recouvertes du vernis à essayer, à différents stades de séchage, mais non encore hors-poussières.

La lampe s’éteint presque immédiatement, en raison de l’atmosphère confinée, mais cette atmosphère est suffisamment modifiée pour influencer le séchage des vernis.

On admet que les vernis de bonne qualité doivent donner une pellicule lisse. Nous avons vérifié qu’il en était bien ainsi avec plusieurs vernis commerciaux à base d’huile de bois de Chine.

Par contre le vernis à l’huile d’abrasin préparé dans l’industrie a donné une surface sillonnée de petits plissements.

Le vernis à l’huile d’abrasin préparé au laboratoire a donné, au cours de plusieurs essais, une surface lisse.

Cette différence de comportement des deux vernis peut, sans doute, être attribuée aux degrés de cuisson différents de l’huile dans les deux cas. Dans le premier cas, en effet, l’huile n’avait été chauffée qu’à 2659, tandis que dans le second cas, élleia été portée 4.315.

On peut donc penser que l’on obtiendra avec l’huile d’abrasin, des vernis comparables à ceux préparés avec l’huile de bois de Chine, à condition de chauffer la première plus longtemps et à une température plus élevée que la seconde.

3° Préparation de peintures. — I] n’y a pas lieu de décrire ici les essais de peintures à l’huile d’abrasin effectués par l’Office National des Recherches et Inventions, car nous n’avons fait que d'y collaborer.

Qu'il nous suffise de dire que le pouvoir, protecteur de ces peintures vis-à-vis de l’acier, s’est révélé aussi bon que celui de nombreuses peintures industrielles à base d’huile de bois de Chine.

Conclusion. — Les essais que nous avons effectué ont permis de montrer que l’huile d’abrasin pouvait être employée dans la fabrication des vernis aussi bien que l’huile de tung, à condition de tenir compte de sa moins grande rapidité de transformation sous l’action de la chaleur.

On ne pourra obtenir des vernis comparables qu’en la chauffant plus longtemps que l’huile de tung, ou à une température plus élevée.

La moins grande rapidité de gélification de l'huile d’abrasin présente, d’ailleurs, un certain intérêt, car elle permet de réaliser le chauffage avec plus de souplesse, en évitant le danger de gélification.

C’est d’ailleurs à une conclusion analogue qu'ont abouti les recherches effectuées en même temps que les nôtres par Jordan (103) en Angleterre et Sward (104), aux États-Unis.

(107) U. S. Bureau of Standards, circ. 103, 1927. (103) JoRDAN, loc. cit.

(104) SwaRD, loc. cit.

Ne

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