CONCLUSIONS
Nous allons résumer, pour terminer, les principaux résultats obtenus au cours de notre étude.
I. — Méthodes d'analyse. — Les méthodes actuellement utilisées pour la mesure de l’indice d’halogène des huiles d’aleurites déterminent un indice d’iode apparent, différent de l’indice réel. Nous avons vérifié que la mesure de l’indice d’halogène des huiles par absorption de brome en vapeur correspondait à l'indice réel. Nous avons appliqué cette mesure à la recherche des falsifications et à l'étude de la transformation des huiles d’aleurites sous l’action de la chaleur.
II. — Cristallisation. — La transformation, par isomérisation, de l” x élaeostéarine contenue dans les huiles de tung et d’abrasin, fraîchement extraites, en & élaeostéarine solide est attribuée, en général, à l’action de la lumière ou de certains catalyseurs. D’après des travaux récents, elle peut se produire spontanément avec les huiles extraites par épuisement.
Nous avons reconnu que l’isomérisation peut se produire à l’obscurité et en l’absence de substances étrangères. Cette transformation n’est pas spéciale aux huiles extraites par épuisement, mais peut se produire avec les huiles extraites par pression.
III. — Séchage. — Le rôle de la lumière et de l'humidité sur le séchage des huiles d’aleurites et, notamment, sur le plissement des pellicules (givrage) n’est pas mis nettement en évidence par les travaux antérieurs.
Nous nous sommes rendus compte que ces facteurs ne sont pas la cause déterminante du « givrage ». Les huiles de tung et d’abrasin sèchent à l’obscurité ou en atmosphère anhydre, mais beaucoup plus lentement. La surface de l'huile séchée est alors lisse, si l'épaisseur de la couche est suffisante.
Nous avons interprété ce phénomène en admettant que, dans ce cas, l'oxydation se propage régulièrement à travers l’épaisseur de l'huile et produit un durcissement progressif de celle-ci. On évite alors la formation d’une pellicule superficielle produisant, par ses déformations, l’aspect « givré ».
IV. — Action de la chaleur. — a) Lorsque l’on chauffe les huiles de tung et d’abrasin au voisinage
de leur point de gélification, comme c’est le cas dans la pratique industrielle, le seul changement sensible dans la composition élémentaire des huiles correspond au départ de l’humidité. Il est vraisemblable que la seule transformation s’opérant dans la structure des glycérides est une saturation mutuelle des liaisons éthyléniques affectant, pour l’élaeostéarine, 3 doubles liaisons sur 0.
Nous avons mis cette transformation en évidence, d’une part au moyen de l’analyse élémentaire complète des huiles, d’autre part au moyen de la mesure de l'indice d’iode vrai, de la réfraction spécifique et de l’indice d’acide.
b) Lorsque les huiles de tung et d’abrasin sont chauffées en présence de siccatifs, nous avons reconnu qu'il est possible d'éviter le phénomène dit de « givrage », d'autant plus facilement, pour une préparation déterminée, que la couche d’huile est plus épaisse et, par suite, le séchage plus lent.
La saturation mutuelle des liaisons éthyléniques de l’élaeostéarine est probablement la cause de la moins grande tendance au « givrage ». Mais, en outre, l’action catalytique des siccatifs favorise, à notre avis, une propagation régulière de l’oxydation de l'huile, à travers l’épaisseur de la couche et, par suite, son durcissement progressif, avant que la pellicule superficielle se soit formée. Si la couche d’huile est mince, cependant, la pellicule superficielle se formant rapidement, on obtiendra l’aspect « givré » caractéristique.
V. — Comparaison entre les huiles de tung et d’abrasin. — Les propriétés de ces deux huiles présentent entre elles une analogie très étroite. Il n'existe que de légères différences entre leurs caractéristiques, notamment la densité, l’indice de réfraction, l’indice d’iode vrai, la vitesse de transformation sous l’action de la chaleur. +
En raison de cette analogie, l'huile d’abrasin permet de préparer des vernis de bonne qualité, tout aussi bien que l’huile de tung. Toutefois, il faut tenir compte, lors de leur préparation, de la moins grande vitesse de transformation de cette huile sous l’action de la chaleur.
D'ailleurs, les qualités de l’huile d’abrasin d’Indo-Chine commencent à être appréciées par de nombreux industriels français et elle est actuellement très recherchée pour remplacer l'huile chinoise.
DEUXIEME THESE