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sensation en promenant la paume de sa main gantée de laine, sur une chaîne de montre. » (Lyon Médical, janvier 1902).
A quoi est due cette sensation particulière à laquelle nous ne pouvons que conserver le nom de bruit de chaînons, consacré par l'usage ? On à cru longtemps el l’on croit encore ajourd’hui que la cause immédiate du phénomène est le frottement des grains les uns contre les autres.
Telle n’est pas notre opinion el nous nous basons pour défendre celle que nous allons énoncer, sur l'examen aitentif des observations que nous avons recueillies, sur les expériences déjà anciennes de Michon, enfin, sur une observation de Lejars qui est absolument typique.
Bien loin d’être pathognomonique de l'existence de grains riziformes dans la poche d'un hygroma, le bruit de chainons n’a pour nous qu'une seule significa- Lion : c’est le meilleur signe extérieur que Fon puisse avoir d'une poche bi où multilobée, présentant un ou plusieurs rélrécissements.
Les expériences de Michon ont du reste démontré ce fait d'une facon péremptloire (Thèse de concours de Clinique Chirurgicale, 1851). Voici la technique qu'il avait suivie : « Une vessie est remplie d’eau tenant en suspension des grains de riz. L’exploration de cette vessie suivant ous les modes possibles, sa palpation, sa percussion, ne permettent d'obtenir aucun bruit de chaînons. Un lien circulaire comprime une partie de la vessie, qui, de tumeur sphérique devient une tumeur en bissac. La recherche de la fluctualion dans cette
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condition révèle avec une netteté parfaite la production du bruit de grains. Le bruit est produit par le frottement des grains contre l'anneau el par la vibra- Lion du liquide au travers du détroit. »
Celle expérience est concluante, voyons pourtant dans quelle mesure les données cliniques s'accordent avec elle. Nous avons procédé à l'analyse de nos observations, et laissant de côté quelques cas douteux où le signe n'avait pas été recherché ou n'était pas .net, voici les résullals que nous avons enregistrés. our les dix-neuf cas que nous avons examinés nous avons trouvé le bruit de chaiînons enregistré dix fois : dans chacun de ces cas, excepté dans celui de A. Robert qui fut traité par ponction et injection et dans lequel on n'eut par conséquent aucun renseignement sur la disposition anatomique de la poche, nous avons retrouvé formellement indiquée lexistence d’une bourse séreuse bilobée ou diverticulaire ; voici ces cas très résumés :
1° Observation de Regnault. Bourse prérotulienne présentant un diverticule bridé par le ligament rotulien : bruit de chainons ;
2 ()bservation de Quenu. Bourse au niveau de la patte d'oie et séparée en deux par les tendons qui la brident: bruit de chainons; = 30 Observation de Cabon. Bourse siégeant à la partie supero-externe de la cuisse el présentant un diverticule profond s’enfoncant vers la fesse. Bruit de chainons ;
4 Observation de Quenu (rapportée par Demars). Bourse au niveau de la patte d'oie et bridée par les tendons. Bruit de chainons ;
5 Observation de Campenon. Bourse sous-deltoï-
dienne se continuant d'une part avec la bourse sousacromiale, et présentant d'autre part un prolongement dirigé vers le long biceps. Bruit de chaînons;
Ge Observation de Rollet (rapportée par Duvernay). Deux bourses prérotuliennes réunies par un isthme étroit, et qui selon les dires du malade lui-même, ne sont entrées en communication que lentement. Bruit de chainons ;
7o Observation de M. Vialle (inédite). Bourse anormale au niveau de la malléole interne, formée de deux diverticules réunis par un isthme étroit. Bruit de chaïnons ;
8e Observation de M. Ruotte (inédite). Bourse sousquadricipitale rétrécie en son milieu par le tendon du quadriceps. Ge qu'il y a de particulièrement intéressant à noter dans ce cas, c'est que la recherche de la fluctuation de haut en bas, c'est-à-dire parallèlement à la bride fibreuse, donnait une simple sensation de flot, tandis que la même recherche pratiquée transversalement donnait la sensation typique du bruit de chaïînons.
Une telle observalion suffirait à elle seule à démontrer ce que nous avons avancé à propos du rôle du rétrécissement dans la production de la sensation de grains, nous pouvons cependant eiter encore quelques cas contraires, c’est-à-dire des exemples de poches unilobées ne donnant nullement la sensation caractéristique bien qu'élant remplies de grains riziformes. Citons parmi les plus typiques les observations de Sidney Jones, de Delorme, ebenfin celle de Gosselin : dans cette dernière, l'auteur rapporte que chez son malade
qui présentait un hygroma sous-delltoïdien à poche unique, la palpalion normale rendait compte de la mollesse el de la simple fluctuation de la tumeur, mais que si on venait à exercer sur là paroi une pression forte, on obtenait pendant le temps que durait cette pression la sensation de grain. C'était en quelque sorte répéter in vivo l'expérience de Michon et donner une preuve de plus du rôle des brides et des rétrécissements.
Enfin nous avons laissé entendre qu'il n’était pas besoin de grains dans le liquide d'une poche Kystique bilobée pour donner lieu à la sensation de chaïînons: Il existe à ce sujet une observation des plus démonstratives, rapportée par Lejars dans la Revue de la Tuberculose (1893) ; en voici le résumé: «Il s'agit d'un homme de 63 ans entré à la Pitié à la suite d’une fracture malléolaire consolidée vicieusement ; sur la face dorsale du pied, et au niveau des tendons extenseurs il’existe une tumeur formant une double bosselure divisée par une rigole profonde due au ligament annulaire antérieur, Les deux pochessonttendues mais bien fluctuantes. En exercantdes pressions alternatives sur l’une et sur l’autre, on obtient cette crépitation multiple, ce froissement spécial des kystes à grains. Ce bruit de chainon est d'une netteté parfaite. Une intervention est décidée: à l’incision de la poche il s'écoule un liquide pur, sans grains. La poche est alors extirpée. L'examen histologique fait ultérieurement montra une paroi fibreuse assez vasculaire sans trace de tuberculose. »
Ainsi tous les faits expérimentaux et cliniques s’ac-
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cordent bien à démontrer que la sensation de chainons est due beaucoup plus à la disposition anatomique de la poche kystique qu'à la qualité de son contenu el par conséquent qu’elle n'a pas toute la valeur pathognomonique que certains auteurs lui ont accordée.
Parmi les autres symptômes des hygromas à grains citons encore la douleur, signe infidèle et inconstant, tenant plutôt à la présence dela tumeur qu'à sanature, l'impotence fonctionnelle et la légère atrophie musculaire qui accompagnent de préférenceles bursites sousdelloïdiennes.
Tous ces signes cliniques se rapprochent en somme beaucoup dessymptômes communs àtoutesles tumeurs bénignes : dans quelques cas, ni le siège, niles signes, ni l'évolution de la lésion ne sont capables de permettre un diagnostic différentiel, et la présence d’une poche contenant des grains n’est qu'une découverte postopératoire comme dans le cas de Nicaise.
On peul dire d’une manière générale que plus la tumeur est superficielle, plus les signes cliniques sont nets el d’une interprétation aisée, mais que dans les cas de bourses séreuses profondément situées, le diagnostie est quelquefois impossible à établir et ne se vérifie que dans le cours de l'intervention.